‹ Le chemin de fer du CongoChapitre 14 sur 27 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

LE BÉTllL. — LE CLDIAT. — ÉTAT POLITIQUE DU PAYS.

Le bétail.

On a entendu aftîrmer, à diverses reprises, que l'élevage du bélail était, au Congo, un rôve irréalisable; que les pâturages nécessaires à la race bovine ne se trouvaient pas dans le bassin du fleuve et que, par conséquent, bœufs et vaches ne se rencontreraient jamais, au Congo, qu'exceptionnellement.

C'est encore là une de ces aftirmalions lancées dans la circulation par quelques voyageure malintentionnés, comme l'œuvre du Congo en a vu naître quelques-uns.

Le bétail vit fort bien au Congo; il s'y reproduit et rien n'empêche do prédire que, d'ici à peu de temps, chaque station et factorerie sera à la tète d'un troupeau de vaches et de bœufs.

Voici, sur l'état actuel de la question, les renseignements que nous avons réunis.

Depuis de longues années déjà, bon nombre de factoreries du bas Congo possèdent des troupeaux importants. Nous tenons de M. Delcommune qu'il y a environ six semaines, la maison Valle et Azevédo avait, à Borna, un troupeau d'au moins 200 tètes. Ce troupeau date d'au moins dix ans; la plupart des botes sont nées à Boma.

A la factorerie hollandaise, il y a SO bètes et autant à la station de l'État. Comme en Europe, il y a parfois en Afrique, des épidémies. Ainsi, il y a quelques années, le troupeau de la maison hollandaise a été décimé; par contre, à la maison portugaise il n'y a jamais eu de maladie.

A Banana, à Noki et ailleurs, il y a également du bétail. Les indigènes du Zoumbo semblent également se livrer, depuis quelques temps, à l'élevage, puisqu'ils viennent parfois offrir des bêtes à Noki.

On a introduit, ou l'on est sur le point d'introduire, le bétail à Léopold ville.

Sur le Kassaï, où le bœuf jusqu'ici était un animal absolument inconnu, on trouve maintenant des troupeaux de vingt, trente et quarante têtes, de Fespèce de l'Angola, introduite par les traficants portugais ou indigènes et, plus récemment, par l'expédition Wissmann. Celle-ci a amené à sa suite environ soixante têtes de bétail qui ont trouvé, sur les bords du Kassaï, de la Louloua et de leurs affluents, de manifiques pâturages toujours verts, où l'acclimatement et la reproduction se font et se poursuivent avec succès.

Actuellement, Kaléma-Moukengé, le chef indigène de la station de Loulouabourg, possède déjà un tmupeau d'une trentaine de bêtes, et presque chaque village des environs a son bétail.

Sur le conseil du D"" Wolf et pour favoriser la reproduction, Moukengé a prévenu les sous-chefs, ses vassaux que, contrairement à ce qu'il faisait auparavant, il ne prélèverait plus de tribut en bétail, chez les chefs où il trouverait, à la fois, taureau et vache. Aussi, il faut voir combien chacun s'empresse de se procurer la vache ou le taureau qui lui manque.

Ajoutons que le taureau angolais constitue une excellente bête de selle, très supérieure, pour ces contrées, au cheval. Les membres de l'expédition Wissmann avaient chacun leur taureau de selle. Le D"" Wolf a voyagé pendant cinq mois consécutifs sur le sien, et plus tard, à Loulouabourg, la bête a continué à lui servir de monture, chaque fois qu'il allait en excursion ou en promenade.

La race bovine que l'on rencontre, tant au bas Congo qu'au Kassaï, est celle des possessions portugaises. Il en est autrement de celle que les Arabes ont am^ée sur le haut Congo : elle provient des provinces de l'Afrique orientale. On en trouve des troupeaux nombreux à Kassongo et à Nyangoué, ainsi que quelques spécimens aux Stanley-Falls.

Quant aux régions situées dans l'angle nord-est des possessions de l'État, il y a là une race superbe, dont, le D"" Schweinfurth a vu des types chez Mounza, qui les avait reçus d'un chef de ses amis, dont le territoire était situé au sud-est.

La question se présente de la même manière dans la région du Centre, où, non seulement il existe d'immenses et excellents pâturages, mais où l'on trouve, comme chez les Mombouttous, une race indigène, à l'état sauvage, il

est vrai, mais qui pourrait facilement ôtre domestiquée. MM. Liebrechts, Van Kerchoven, von François Wosmark, etc., en ont observé d'immenses trou|)eaux dans les plaines voisines de Bolobo ou de la Bounga.

Ainsi, que Ton se tourne vers le bas ou le haut Congo, vers le Kassaî ou TOuellé, partout on trouve la preuve de l'existence de races bovines et l'on acquiert, ainsi, l'assurance que Toccupalion du pays par les Européens amènera sans difficulté, dans les centres principaux, le prochain développement ou l'introduction et l'élevage d'immenses troupeaux de bétail.

Le climat.

Nous n'entendons pas discuter ici, à fond, cette question capitale. Nous nous bornerons à reproduire l'opinion émise sur le climat du Congo par un voyageur allemand qui a séjourné pendant dix-huit mois dans le bas Congo, la partie du fleuve réputée la plus malsaine : M. le D^ Zintgraff, actuellement adjoint au gouverneur général de la colonie allemande des Cameroons,

« La première question, dit-il, qu'on pose généralement au voyageur revenu de ces contrées, est celle relative au climat.

« Je crois pouvoir dire à ce propos, que tout Européen au Congo doit être considéré comme étant infecté des germes de la fièvre, mais que le moment, plus ou moins éloigné, où la fièvre se déclare dépend de la constitution du sujet et du confort dans lequel il vit. Plus la constitution est robuste et saine et plus le confort est grand, plus est fondé Tespoir de pouvoir vivre dans ce pays dans un état de santé relativement bon.

« C'est là la raison pour laquelle, au Congo, dans les endroits où les Européens jouissent d un confort suffisant, les cas de décès de toute nature, résultant soit de la fièvre, soit d'accidents, peuvent être évalués à 2 et même à 1 1/2 p. c. , — en tant, bien entendu, que sous ce rapport il puisse èti^ question d'une évaluation quelconque. Pour ces évaluations, je me base sur les déclarations qui m'ont été faites à la maison hollandaise, ainsi que par le médecin français de Landana.

« Ces chiffres, par eux-mêmes, n'autorisent certes pas à

dire que le climat est meurtrier. D'autre part, on commet aussi Terreur de se placer souvent, à propos du climat du Congo, à un point de vue trop exclusif pour porter un jugement sur cet objet. De nombreux cas de décès se présentent, en effet, en tout temps, mais Ton perd de vue que les victimes sont, en grande partie, des explorateurs et des missionnaires. Or, cette catégorie de personnes se trouvent dans des conditions exceptionnelles et, dans la plupart des cas, ne vivent nullement dans les conditions imposées aux Européens par la nature du pays, les travaux auxquels ils se livrent les empêchant de prendre beaucoup de repos et d'avoir leurs aisés. ))

État politique du pays.

Quelques écrivains, discutant la possibilité de la construction du chemin de fer du Congo, craignent qu'un soulèvement des populations contre les Européens ne rende, un jour, cette entreprise bien chanceuse? Voyez la peine, ontils dit, que les Français ont à se faire admettre au Tonkin, à Madagascar, au Sénégal ; considérez la révolte du Soudan égyptien ; pensez à la situation des Anglais en Birmanie... »

La Compagnie du Congo n'a pas à craindre de voir ses travaux compromis par un soulèvement religieux comme en Egypte : le fanatisme est inconnu chez les indigènes du Congo, dont toute la religion n'est que de la confiance en quelques fétiches.

Quant à la possibilité d'un soulèvement causé par l'esprit politique, voici comment l'a réfutée, dans une conférence donnée à Londres, sir Francis de Winton, ancien administrateur général, qui connaît le pays pour y avoir séjourné pendant deux ans :

'« L'on peut dire, en règle générale que, quels que soient les avantages naturels d'un pays, il sera toujours difficile au monde ci\ilisé d'en jouir en toute sécurité si les habitants de ce pays sont une race vigoureuse, guerrière et se souciant peu d'établir des rapports avec le monde extérieur. C'est pourquoi, bien que je me sois efforcé de vous décrire les profils généraux, tels que nous les connaissons aujourd'hui, ainsi que les avantages physiques du bassin du Congo, tous mes arguments seraient inutiles si je ne pouvais vous démontrer en même temps que ces peuplades ne se trouvent pas à même, par la nature des circonstances

d'offrir la moindre résistance à rwcupation de ces région? par les forces réunies de la civilisation et du commerce.

« Je résumerai brièvement l'opinion que mon expérience m'a permis de formuler sur ces peuplades. Après avoir séjourné pendant deux ans au milieu d'elles, période pendant laquelle j'eus le loisir d'étudier leurs lois, loui's mœure et leurs coutumes, je puis dire que j'ai été favorablement impressionné, et je ne crois pas que la sécurité du nouvel Etat puisse jamais êti^ menacée par ses sujets noirs.

*i Mon opinion est basée sur deux raisons : le cai'actère de ces peuples, d'abord, leur formation en tribus, ensuite. Si l'on me demandait de définir leur caractère général Je répondrais que je les considère comme une race nulle, car ils n'ont pas ce que nous nommons les qualités ou les vertus supérieures. Ils ne possèdent ni reconnaissance, ni affection, ni courage. Par contre, ils ne sont pas naturellement cruels, vicieux ou perfides, et ne conservent pas de rancune, s'ils sont punis justement. Comme toutes les races noires, ils ont un naturel soupçonneux, mais une fois que l'homme blanc a su gagner leur confiance, leurs soupçons disparaissent facilement.

ti Mon séjour au Congo a duré deux ans, et pendant cette période je n'ai jamais eu de démêlés avec eux. Pour les gouverner, il faut s'attirer leur respect. Si un indigène ne vous craint pas, il en conclut immédiatement que vous le craignez. M. Stanley a su se faire respecter; j'ai continué sa politique et, tout en m'efforçant de me faire respecter d'eux, je respectais, pour ma part, leurs coutumes et leurs habitudes, et en infligeant des punitions, je me conformais, autant que possible, à leurs propres lois.

« Bien qu'en les gouvernant do la sorte l'on ne puisse s'attirer leur reconnaissance ou leur affection, car ce sont là des qualités qu'ils ne possèdent pas, l'on obtient leur confiance et leur respect, et, ce point acquis, il est aussi facile de gouverner un million de ces gens, que d'en gouverner mille.

« Quant à ma seconde raison, elle exige un mot d'explication. Vous comprendrez facilement qu'un pays formé de petites communautés, où quelques villages composent un royaume, où l'autonomie est la loi générale, acceptera de bonne grâce un gouvernement fixe et établi selon les principes européens. A mon avis, ce fait et l'instinct commercial indigène sont les deux plus importants facteurs dans l'avenir du nouvel Etat. L'un est une garantie de sécurité, l'autie invite au commerce, et je ne crois pas que dans aucune partie du monde non civilisé il existe un territoire offrant des avantages aussi considérables, sous ce rapport, que le bassin du Congo. «

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