SUR LE SAINT-MAURICE
Le Saint-Maurice est une région âpre, d’abord difficile, peu communicative, qui ne fait au colon ni avances ni promesses, ne montre à personne un visage accueillant, mais qui offre à l'industriel des ressources illimitées, les plus paissants moyens d'action et des forces inépuisables. Le jour où l’on aura suffisamment approfondi le lit de la rivière St-Maurice, entre les Grandes-Piles et La Tuque, la région qu’il arrose devindra Fun des grands foyers industriels du continent américain, Les nombreux rapides, les cascades et les chutes, distribués sur Le cours du Saint- Maurice et de ses affluents, constituent un ensemble incomparable de pouvoirs hydrauliques, en même temps que les forêts d'érable, de merisier, de cyprès, de bouleau,
dépinette et de pin, qui couvrent encore la plus grande
du Lac Saint-ŸFean O1 partie du sol, pourront approvisionner de combustible, pendant une longue succession d'années, les manufactures
ou les usines qu'on y aura construites,
Le Saint-Maurice est un des trois où quatre grands tributaires du Saint-Laurent. Il prend sa source dans le voisinage de celles de l'Outaouais et de la Gatineau, entre le 48e et le 49e degré de latitude nord. Il coule immédiatement de l’ouest à l’est, sur une longueur d'environ 250 milles, jusqu’à ce qu'il arrive en ligne droite avec le lac Saint-Pierre, au confluent de la rivière Croche ; de à, il descend à peu près perpendiculairement jusqu'au fleuve, qu'il atteint à l'endroit où s'élève la merveilleuse ville de Trois-Rivières.
Le Saint-Maurice n’est guère À lorigine qu'un timide ruisseau qui s'exerce à couler entre des rives indécises ; il est pauvrement nourri et, n'étaient les savanes et les marécages au sein desquels il se glisse, il mourrait d’inanition. Maisil ne tarde pas à rencontrer d’autres ruisseaux comme lui qui viennent grossir ses flancs ; plus loin, ce sont des rivières ; enfin, il n’est pas plus tôt arrivé à la hauteur de La Tuque, six ou sept milles plus bas que la rivière Croche, que déjà il est devenu un cours audacieux. Il roule des lors des eaux qui ne connaîtront plus d’obs-
tacles, qui se précipiteront furieuses du haut des monts,
à travers de gigantesques rochers,
perceront un passage et après mainte chute et cascade, viendront s’abattre en une large et majestueuse nappe, apportant à notre grand fleuve le tribut de cent vingt lieues d’un parcours ali-
menté par des afliuents de toutes les dimensions.
Le Saint-Maurice porte en algonquin le nom de Métapélodine, ce qui veut dire décharge au vent”, sans doute pour exprimer que là où la rivière débouche dans le fleuve est un endroit exposé et que les vents y ont le champ
libre. Nous sommes enchanté de cette explication.
Dès les premiers temps de notre histoire le Kaint- Maurice a eu un nom et à joué un rôle considérable comme une des grandes artères fluviales qu'utilisait le commerce des pelleteries, en ce temps-là le commerce principal de la Nouvelle-France. Les Indiens du nord, Montagnais, Algonquins, Attikamègues le descendaient,
aargés des produits énormes de leurs chasses, et se rendaient jusqu'à Trois-Rivières ; aujourd’hui, ils continuent encore à apporter leurs pelleteries, mais ils ne vont pas plus loin que Montachingue et Coucoucache, postes établis par la compagnie de la Baie d’Ifudson”, quelques lieues
plus haut que La Tuque.
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Le territoire arrosé par la rivière Saint-Maurice et ses afluents comprend quatorze millions d'acres ; déduction faite desrivières, des lues et des montagnes, il reste envirou trois millions d’acres de terre propres à la culture ; on les trouve uniquement le long des rivières où autour des lacs, où ils forment des étendues variables, la plupart fertiles autant que les campagnes du Saint-Laurent, mais passufisantes pour qu'on y établisse une suite de paroisses reliées entre elles par des communications assurées, Néanmoins, il y a place pour des colonies fort importantes, le long des rivières Mékinae, Mattawin, Vermillon, et surtout le long dela rivière Croche, d'où il est facile d’atteindre le bassin du lac Saint-Jean, en deux ou trois jours
seulement de marche et de navigation canotière,
A son embouchure, le Saint-Maurice se divise en trois branches qui apportent au fleuve des eaux sensiblement colorées par les terrains ferrugineux qu'elles ont traversés ; mais ces eaux n’en sont que plus saines et plus piquantes au goût ; elles sont particulièrement agréables À la petite morue qui remonte le Saint-Laurent en hiver, entre dans l’eau douce et vient déposer son frai en haut des îles qui forment le delta de la rivière. Notons en passant une particularité importante ; c’est qu'il n’y a jamais à redouter de débâcle au printemps sur le Saint-Maurice ; en voici
la raison donnée par mousieur labbé Caron, dans un
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ouvrage assez récent : % Le Saint-Laurent coule du sudouest au nord-est, et reçoit dans son cours un grand nombre de rivières dont les eaux viennent du midi ; il se gonfle done au printemps plusieurs jours avant que les glaces et les neiges du Nord commencent à fondre. Son niveau devient supérieur à celui du Saint-Maurice, et alors, jusqu'à plusieurs milles en remontant cette dernière rivière, il n’y a plus de courant ; la glace y reste immobile et se fond d'abord par la chaleur du soleil, et ensuite par le rayonnement des terres sur le rivage. D'un autre côté, les glaces du nord ne bronchent pas pour venir pousser celles de Pembouchure, parce que la température est encore trop froide là où elles sont, Et quand ces glaces ont entin commencé à se fondre, quand elles pourraient venir faire des ravages, elles sont broyées dans les chutes de La Tuque et de Grand’Mère,dans la cataracte de Shaw enegane et dans les nombreux rapides échelonnés à courte distance
sur tout le Saint-Maurice.”
Cette rivière n’est pas navigable, si ce n’est par interalles inégaux et, cela encore, dans des conditions particulières seulement. Depuis son embouchure jusqu'aux Grandes Piles, dix lieues plus haut, les chutes de Shawenegan, des Grès, de la Grand’'Mère et des Piles forment des obstacles insurmontables. A partir des Piles jusqu’à La Tuque, distance de 70 milles, on ne rencontre que quelques rapides, comme ceux de Manigonse, de la Cuisse, ete., qui gênent la navigation sans linterrompre,
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et que l’on peut aisément remonter dans des chalands ou des batelets À vapeur.
Avec les chutes de Ta Tuque commence une nouvelle succession de rapides violents qui interdisent la navigation sur une longueur de 44 milles, jusqu'à l'endroit appelé Grand-Détour, De ce dernier point jusqu'à Weymontachingue le Saint: Maurice devient encore navigable sur un parcours de 46 milles. Ici, nouvelle interruption de 30 inilles, puis nouvelle étendue navigable d'environ 80
milles, ce qui fait un total navigable de deux cents milles en chiffres ronds.