‹ Le chemin de fer du Lac Saint Jean [microforme]Chapitre 45 sur 47 · ETABIAISSEVENES ET CEMONEES SUR LE ARS AURA · texte numérisé non relu

ETABIAISSEVENES ET CEMONEES SUR LE ARS AURA

Voici d'abord Le village des Grandes Fun, qui est l'entrepôt de toute la région, qui ut lu tête do la navigation et de l'embranchement du cena de fer qui conduit

à Tros-Riviores,

Ce village, qui a Sur CON pal enehanterent avec la construction du chemin dé &e, nee une population‘ d'environ trois cent cinquwcle mes, On y remarque limportante scierie de Wilium Ritchie, qui expédie quotidiennement à Tran Hivières de fortes quan-

tités de bois de construction.

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du Lac Saint-Fean 103 Les Piles sont bâties en amphithéâtre et présentent un aspect jittoresque et sauvage à la fois qui a un double attrait pour le visiteur. A deux cents pas du village la cascade bondit à travers les rochers taillés en pilastres qui ont donné à l’endroit le nom qu’il porte aujourd’hui. Près de la tête de la chute ont été élevées d’immenses estacades, destinées à retenir les bois qui sont flottés sur le Saint-Maurice et qui, auparavant, étaient exposés à se perdre en grande partie dans leur difficile trajet jusqu’au fleuve Saint-Laurent.

Le village des Grandes-Piles est eomme un vaste entrepôt où se réunissent tous les boïs faits sur le Saint- Maurice et ses tributaires, pour être dirigés ensuite sur leurs diverses destinations, soit par chemin de fer, soit par eau. On comprend que cette position de tête de commerce du bois assure aux liles, dans un avenir prochain, l’établissement de grandes scieries et autres établissements pour la fabrication du bois qui, une fois mis en forme, peut être expédié immédiatement dans les différents centres commerciaux que traversent le chemin de fer des Piles et celui du Pacifique.

À Partir des Piles, il n’y a plus de communication par terre avec le haut Saint-Maurice ; les chemins manquent complètement. Il faut prendre la voie fluviale et remonter, soit en canot ou en barge, soit dans les batelets À vapeur de M. John Ritchie, pour se rendre aux divers

établissements coloniaux et aux fermes des marchands de bois qui se trouvent échelonnées le long de la rivière. La première de ces colonies embryonnaires que l’on trouve sur sa route est celle de Saint-Joseph de Mékinac. 1

LA MÉkiINac

Cette colonie naissante compte près de quarante familles ; elle est établie sur la rivière Mékinac qui se jette dans le Saint-Maurice, à environ douze milles en amont des Piles, et qui forme une vallée de terrains d’alluvion couverte d’admirables forêts de bois franc ; elle offre à la colonisation un champ qui n’a pas d’étendue, il est vrai, mais qui, néanmoins, grâce à la richesse du sol et au voisinage d’un pouvoir hydraulique de premier ordre, possède des avantages attrayants et décisifs. Une paroisse importante pourrait s’y former en bien peu de temps, surtout si l’on ouvrait un chemin entre la Mékinac et la paroisse de Saint-Tite, qui est la tête du chemin de fer des Basses-Laurentides. Ce chemin, qui se fera sans doute avant longtemps, aura trois lieues de long et passera à travers un pays plat et fertile, dont il est déplorable de voir l’état encore absolument inculte, quand il pourrait aider si largement à l’alimentation de la ligne et au développement général de la région !

1—Les Grandes-Piles ont été érigées en paroisse le 28 avril, 1885, sous le vocable de Saint-Jacques.

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La colonie de la Mékinac ne date que de quelques années. Le premier qui s’y porta fut un riche cultivateur de Trois-Rivières, nommé Joseph Gagnon, qui cherchait à établir ses enfants sur des terres nouvelles. Son exemple fut promptement suivi par d’autres, et bientôt il y eut une quarantaine de lots mis en culture. Peu de temps après un autre citoyen, nommé Doucet, érigeait une scierie au pied d’une cascade de deux cent cinquante pieds de hauteur, distribuée sur un parcours d’un demi-mille, que forme la rivière à la Truite, en débouchant dans la Mékinac. Les colons de la Mékinac et de tout le haut Saint-Maurice ne furent plus dès lors obligés de se rendre jusqu'aux Piles pour se procurer leur bois de construction.

Le pouvoir hydraulique formé par la cascade de la rivière à la Truite est un des plus puissants qu'il y ait dans cette partie de la province ;‘il pourrait actionner aisément une vingtaine de manufactures de toute sorte, sans frais de barrages ni de digues ; il n’y aurait qu’à les échelonner sur les larges gradins qui bordent la cascade de chaque côté. Aujourd’hui il suftit, pour mettre en mouvement la scierie Doucet, d’une simple dalle, de cinquante pieds de long, qui prend l’eau de la cascade et la conduit sur les turbines. Celles-ci reçoivent de la sorte, et pour ainsi dire gratuitement, une force motrice illimitée.

Afin de faire un extrême plaisir au lecteur donnonslui, avant de quitter la Mékinac, l’étymologie de ce nom. Il vient d’un mot algonquin qui veut dire “ tortue ”,

et 1] a été donné à cause d’une vague ressemblance avec cet animal que possède une grosse montagne du voisinage.

Le rivage a ici un aspect particulièrement farouche et rébarbatif. A quelque distance des Piles, nous avons laissé derrière nous la montagne des “ Maurice ”, la plus haute de toute la rivière, montagne qui n’a pas l’air de plaisanter, qui se dresse tout d’un jet À mille pieds de hauteur, avec des protubérances formidables, et tombe presque à pic dans la rivière qui glisse, avec mille respectueux détours, entre ses énormes pieds.

Nous avons remonté en outre le rapide du “ Français ”, nom donné en l’honneur d’un français de Normandie qui est venu s'établir en cet endroit, il y a trente-deux ans. C’est là qu’il a vécu bien des années solitaire, n’ayant rien pourse distraire que la contemplation de la rivière Mékinac, qui vient déboucher dans le Saint-Maurice, un peu audessus du rapide. Ce français s'appelait Louis Vaujeois, nom que la postérité lui conservera, très-heureuse de faire sa connaissance.

La MaATAWIN

Le rapide du ‘ Français ” franchi, après avoir quitté Mékinac, nous tombons bientôt dans celui de Manigonse, qui est le plus difficile et le plus long de tous les rapides entre les Piles et la Tuque. Manigonse est un nom sauvage, contraction de Ménahigonse, qui veut dire ‘ épinette blanche”. Plus loin, nous remontons le rapide

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de La Cuisse et nous atteignons l’émbouchure de la Matawin, après un trajet d’une douzaine de milles, depuis la première étape.

La Matawin est l’aluent le plus considérable du Saint- Maurice ; elle prend sa source au delà du lac des Pins, à l’ouest, et coule parallèlement au fleuve Saint-Laurent. Le spectacle offert par les rives escarpées et abrutes du Saint-Maurice, entre la Mékinac et la Matawin, est extrêmement saisissant. Cette dernière rivière débouche dans le voisinage de coteaux élevés, d’une physionomie sauvage et dure ; mais ne vous laissez pas tromper par ces apparences ; franchissez les coteaux et suivez les bords de larivière : vous y trouverez un terrain plat, très fertile et très favorable à la culture, jusqu’à une grande distance, sur lequel pourraient s'établir plusieurs paroisses en succession. Tout ce pays est couvert de bois magnifiques ; il est coupé de petites rivières cet de lacs où le poisson abonde. Dans les vallons et dans les plaines il y a place pour de larges groupes de colons. On prétend que la vallée de la Matawin est en très-grande partie formée de terre aussi riche, aussi avantageuse à la colonisation que cellelà même du bassin du lac Saint-Jean. Les cantons Brassard et Provost, entre autres, s’y sont rapidement développés. On peut dire que jusqu’au lac des Pins, à soixante et quelques milles de son embouchure, la Matawin et ses nombreux affluents présentent, dâns toutes les directions, des lisières de terre longues de vingt-cinq, trente et même quarante milles, où l’on peut rassembler

des colonies considérables ; au delà de ces limites, vers le sud-oucst, on touche au lac Nominingue ; à l’ouest et au nord, sont les grandes plaines des rivières du Milieu et du Lièvre, vers lesquelles la colonisation s’avance aujourd’hui avec l’allure progressive qu’on a vrainement cherché à lui imprimer pendant de longues années de

tâtonnements.

La mission de la Matawin ne renferme qu’une centaine d’âmes environ, mais elle est destinée à un agrandisse-

ment rapide.

La GRANDE- ANSE

La troisième étape est la Grande-Anse, large expansion, en forme de demi-cercle, que prend le Saint-Maurice, une douzaine de milles plus haut que la Mattawin. Toi, la physionomie de la rivière change complètement, et l’on se croirait transporté sur les rives du fleuve, Le Saint- Maurice a ici une largeur d’au moins un demi-mille ; sur chacune de ses rives les défrichements s'étendent à plusieurs milles au loin. Du côté de la mission, sur la rive est, il y a place pour une grande et belle paroisse ; on y trouve, à l’heure actuelle, une trentaine de colons installés comme dans les. anciennes paroisses et jouissant d’un confort inusité dans ce pays primitif, De l’autre côté, sont les magnifiques fermes des MM. Hall, où l’on aperçoit de vastes prairies et des pâturages s'étendant au

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delà de l’espace que la vue peut embrasser. Tout cela donne comme une impression de soulagement et offre au regard un aspect doux et aimable dont il est avide, après avoir contemplé, pendant une longue succession de milles, des rivages inhospitaliers, barbares, où ne se voient que quelques habitations isolées, ct, çà et là, des huttes faites de troncs d'arbres, avec un toit écrasé, recouvert d’écorce et percé au centre pour laisser s’échapper la fumée du gîte.

A la Grande-Anse on à passé la partie montagneuse du Saint-Maurice,celle qui a la physionomie la plus tranchée et la plus formidable. On a dépassé, entre autres, le mont Caribou, drapé dans ses énormes masses de granit qui ne laissent echapper que de maigres broussailles à travers leurs fissures ; on a dépassé aussi et surtout le mont L’Oiseau, mont aussi haut que celui des Maurice, mais encore plus droit, semblable à un géant de pierre dressé dans toute sa hauteur. De grands arbres le couronnent et répandent une ombre menaçante sur ses flancs. Il est plein de mystères et de redoutables légendes. On n’ose se reposer À ses pieds, de peur d'entendre des cris d'angoisse et des froissements de chaînes. La tradition rapporte qu’il s’y fit jadis un grand massacre, dans les temps très reculés ; de là les gémissements des victimes que l’on entend encore, et, les airs mystérieux dont s’enveloppe à plaisir ce mont où, sans doute, les oiscaux de nuit seuls se rencontrent et se réunissent, pour concerter d’affreux complots contre la race humaine amoureuse des légendes, ou,

du moins, interdire l’accès de lenr donjeon, en semant l’épouvante avec leurs cris de petits démons en querelle.

La RIvViÈRE-AUx-RaATS

En montant de la Grande-Anse à la Rivière-aux-Rats, qui est l’étape suivante, on passe devant la petite rivière Batiscan, sur les bords de laquelle se trouvent également de bonnes terres. Elle à été jadis le théâtre de nombreuses rencontres entre les Iroquois et les Alwonquins, d’où son nom charmant, aussi concis que sauvage, de ‘“ Innétopalé- Vianangue ”, qui veut dire ‘ rivière des combats ?”.

La mission de la Rivière-aux-Rats renferme environ une vingtaine de familles, dont le tiers à peu près se livre à la culture. La rivière prend sa source dans un lac, non loin de la Vermillon; elle a trente-six lieues de longueur et une soixantaine de pieds de largeur. L’accumulation du sable, à son embouchure, la rend innavigable, même pour des canots. De là vient la quantité de sable qui encombre le lit du Saint-Maurice, jusqu’à une certaine distance de là, et qui forme de petits îlots sur lesquels croissent des groupes de plantes sauvages.

La rivière aux Rats débouche sur la rive ouest du Saint-Maurice, en face de la mission, qui est éfablie sur la rive est. À quelques arpents seulemont de son embouchure débouche la rivière Weissonneau ; ces deux affluents du Saint-Maurice traversent de larges terrains

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d’alluvion, au millieu desquels s'élève la magnifique ferme de M. Jobn Baptist. Cette ferme est l’une des plus renommées et des plus belles de tout le pays. Ses nombreux bâtiments, entretenus avec un soin extrême, lui donnent l'apparence d’un petit village. M. Alexander Adams, qui en a l’administration, tient sous ses ordres une quinzaine d'hommes attachés aux travaux de la ferme, dont ils retirent un rendement énorme d’avoine, et jusqu’à 36,000 bottes de foin, produits qui sont consommés dans les importants ‘ chantiers ” pour la coupe du bois que la maison Baptist entretient dans cette partie du Saint- Maurice.

Depuis nombre d’années les commerçants de bois ont prissur les bords delarivièreaux Rats et dela Weissonneau des quantités incalculables de billots de pin et d’épinette, et cependant, ces deux vallées sont loin d’être épuisées encore.

La mission de la Rivière-aux-Rats est considérée comme le poste le plus important du haut Saint-Maurice. On y trouve, dans un cadre restreint, la physionomie des anciennes campagnes canadiennes. Les colons qui y demeurent s'occupent, pendant l'hiver, de faire la chasse et d'exploiter le bois: l’été, environ le tiers d’entre eux s’'adonnent à la culture. On trouve d’aussi belles moissons sur les bords de la rivière aux Rats que sur les terres qui bordent le Saint-Laurent. Il en est de même des bords de la Weissonneau. Jusqu’à une grande distance,

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le long de ces deux rivières, il y a place pour une nombreuse population agricole,

Il devrait s’y former en peu de temps une paroisse considérable ; mais labsence de communications, ici comme dans bien d’autres endroits avantageux de la province, a été le plus grand obstacle au développement normal et facile de la colonisation.

DERNIÈRE ÉTAPE—LA TuQuE

Cinq à six milles plus haut que la Rivière-aux-Rats on franchit le rapide Croche, qui tire son nom de sa forme. On aperçoit à sa droite la chute de la petite Bostonnais, cours d’eau qui se jette dans le Saint-Maurice, d’une hauteur de deux cents pieds, à l’origine dela chute, après avoir descendu une pente graduelle de trois cents pieds de plus, à partir du lac Wayaguamac, qui se trouve à cinq milles seulement de distance. La petite Bostonnais sert de décharge à ce lac qui n’a pas moins de quinze milles de longueur et baigne des paysages de la plus originale beauté. À cet endroit de son cours, le Saint-Maurice a un niveau de 440 pieds au-dessus de celui du Saint- Laurent ; le niveau du lac Wayaguamac est de 946 pieds au-dessus de celui du fleuve, ce qui fait done une différence de cinq cents pieds dans un espace de terrain qui ne mesure pas plus de cinq milles. On peut aisément se représenter tout ce que l’industrie humaine pourrait tirer

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