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Le chemin de fer [microforme]

Quelques jours après avoir prononcé mon discours en Chambre, on me demanda de le transcrire au long, vu que les journaux n’en avaient reproduit qu’une partie.

Pour satisfaire à la demande de mes amis, j'ai dû me mettre à le rédiger, au milieu de tout l'ouvrage de la session, des séances des comités et de la Chambre, ete., etc.

J'espère donc que, l’on me pardonnera si je n'ai pas le style de l'écrivain soigneux dans son étude paisible. Je me suis appliqué à ressaisir à la hâte chacun de mes arguments: c’est là tout ce que je me suis proposé de faire ; tout ce que je pouvais faire.

Avec ces quelques remarques, M. le Rédacteur, j'entre de suite en matière.

Votre tout dévoué serviteur,

Louis BEAUBIEN.

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Monsieur l'Orateur,

J'ai l'honneur de proposer, secondé par M. Bellingham, que le Comité sur les Chemins de Fer soit prié de s'enquérir des meilleures mesures à adopter pour assurer à la Province de Québec une:communication avantageuse et directe avec la branche du chemin de fer du Pacifique à être construite bientôt entre la Baie Georgienne e£ le Lac Nipissing, et de faire rap

port à la Chambre au plus tôt.

Si l’on recherche la raison pour laquelle les chemins des Compagnies de la Rive Nord et de Colonisation du Nord de Montréal ont été préférés—si je puis parler de la sorte—aux autres compagnies réclamant de l’aide, dans le même moment, de la Province; si l’on sé demande pourquoi ces deux chemins ont eu la préférence sur le chemin de Kennebee, par exemple, qui est appelé à faire la prospérité de la ville de Québec, ce vieux berceau de notre population ; si l’on se demande pourquoi ces compagnies ont en la préférence sur les importants chemins de fer des Townships de l'Est, qui sont appelés à nous mettre en communication avec les villes importantes du littoral américain, on trouve la réponse à cette question dans le discours sur le budget, prononcé par l’Hon. Trésorier de la Province, lors de la dernière session. :

“ Il est de la plais haute importance pour la prospérité de notre Province,dit l’Honble. Trésorier, qu'elle soit traversée jusqu'au littoral de l'Océan à Québec, par la section orientale du Chemin de fer du Pacifique. Pour nous assurer cet avantage nous devons faire ouvrir aussitôt que possible la partie de ce: chemin qui passe à travers notre Province, Si nous attendons que le Chemin de fer du Pacifique soit construit, pour établir une ligne de correspondance entre le terminus oriental de cette grande ligne et le terminus occidental de notre Grand-Tronc du Nord, nous serons supplantés, nous pouvons le tenir pour cer-

tain, par des compagnies qui établiront des lignes de correspondance dans la Provinces d'Ontario, nos efforts tardifs ne produiront alors aucun résuitat ; d’autres voies de communication pour le commerce et le transport s'ouvrant, le commerce sera attiré ailleurs, prendra un autre direction, et nous resterons dans l'ombre, au point de vue des avantages qui résulteront de la construction du Chemin de fer du Pacifique. Si nous ne construisons maintenant les lignes qui doivent être la continuation du Chemin du Pacifique, nous ne les £onstruirons jamais ; du moins nous perdrons l'avantage d’avoir la principale ligne de correspondance avec les régions dé l’ouest et du nord, et cela pour toujours.”

L'Hon. Trésorier comprenait qu’il était temps, our Ia Province de Québec, d'emboîter le pas dans cette course au commerce de l'Ouest dans laquelle toutes les villes de l'Atlantique s'engagent présentement.

L'on voit ces villes redresser leurs lignes vers l'Ouest, percer les montagnes, établir, en un mot, la ligne droite entre elles, villes expéditrices des produits vers l'Europe et les vastes régions productives des céréales, devant fournir le pain au monde entier.

Nous avons donc eu la préférence parce que nous étions appélés à amener les produits de l'Ouest, par la route la plus courte possible, vers la Province de Québec. Voilà notre titre à la préférence marquée qui nous a été donnée, préférence qui aurait été une injustice criante envers les autres compagnies si nous n'avions pas eu pour l’excuser ce grand but de l'Ouest ; et je ne crains pas de le répéter, quoique je me sois intéressé à ces lignes assez pour m'en être occupé depuis de longues années, si je croyais que nous ne pouvons pas amener Ce commerce de l'Ouest que l'on attend de nous, je serais prêt à déclarer que nous n'avons pas droit à l'octroi préférentiel que nous avors obtenu.

Je suis donc parfaitement jnstifiable, M.l'Orateur, de mettre cette question de nos rapports avec l'Ouest devant cette honorable chambre. 11 s’agit pour nous, dans ce moment, -de retirer les profits des placements que nous avons faits,

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de toucher les résaltats que nous nous proposions d’atteindro, en un mot, d'arriver au but qu'on nous a indiqué, Je demande non seulement le concours de cette honorable chambre, mais, au moment où nous allons voir se réunir la législature fédérale, j'ose appeler aussi l'attention des honorables membres qui représentent cette province dans cette législature, sur le sujet que nous allons débattre maintenant. Je ne puis choisir un meilleur lieu, pour mettre ia question devant le pays.

Une des principales questions que l’on débattra, lors de la prochaine session fédérale, sera cette même question de décider comment et par quelles lignes l’on se propose de relier le chemin du Pacique avec les réseaux de chemins de fer établis dans les provinces d’Ontario et de Québec.

Afin de s'occuper de cette question si importante pour toutes deux, les compagnies de la Rive Nord et de la Colonisation du Nord se sont réunies en assemblée conjointe ; et,après avoir longuement discuté la question, en sont venues à s’accorder sur tous les points et à nommer une délégation devant se rendre à Ottawa pour présenter à l’hon. Premier-Ministre de la Puissance le mémoire qui a déjà été publié, mémoire contenant leurs vues communes.

Je dois dire, M. l'Orateur, qu'il a tout d’abord été question à cette assemblée conjointe, d'accordez au chemin de la Rive Nord sur le chemin de Colonisation du N ord de Montréal, et réeiproquement au chemin de Colonisation du Nord sur le chemin de la Rive Nord, des arrangements (running arrangements) pouvant permettre le passage de tousles convois.) Les deux compagnies, se sont parfaitement entendues là-dessus et je crois que le pays, qui était en droit de s'attendre à un pareil résultat, apprendra cela avec plaisir.

La première demande que la députatiou avait à faire à l’hon Premier-Ministre, était à l'effet de faire explorer et localiser la ligne dont ilse proposait de construire une partie, depuis a rivière des Français jusqu’au lac N ipissing et dont il se proposait de subventionner l’autre partie, depuis le lac Nipissing jusqu'à Renfrew. La députation, appuyée sur les données de

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ses ingénieurs, soutenait que Ia route par la Matawanu était de beaucoup préférable, au point de ve économique et commercial comme plus courte de fait, vu la facilité des rampes, que celle préférée par le gouvernemént ; et que, par conséquent,il ne serait que juste que les deux lignes fussent explorées de manière à pouvoir porter sur elle an jugement raisonté et basé sur des faits, L’hon. Premier-Ministre, indiqrant du. doigt la carte, répondit à la députation que ce que Montréal et la Province de Québec devaient d’abord rechercher, c'était la ligne droite entre un point situé sur la baie Georgienne, à l'embouchure de la Rivière des Française, et la ligne déja cons-

truite dans la vallée de l'Ottawa. Nulle autre que la ligne

directe ne satisfora jamais, dit-il, la ville de Montréal et, si tout autre ligne était adoptée, cette dernière se verrait avant longtemps supplantée par la voie directe, ainsi qu'on peut le constater aux Etats-Unis, ou, par exemple, à des frais énormes, on perce le Hoossac Tunnel. Tout cela pour raccourcir de quelques milles seulement la route vers l'Ouest.

Mais, M. l'Orateur, pendant que l'Hon. Premier Ministre soutenait ainsi, armé de ce principe de la ligne droite, la route de son choix, il nous était bien permis à nous d'anticiper un peu la construction de cette ligne et de voir dans l'avenir tous les résultats qu'elle devait produire ; il nous était bien loisible de voir surgir, grandir ét se développer;le long de cette route, des groupes de population, des villages, des villes, en un mot, tout le vaste back country d'Ontario, ce back country peuplé et servant à augmenter encore la prépondérance déjà acquise à Ontario par la densité de sa population occupant les bords du fleuve. Il nous était bien permis d’entrevoir Ontario assumant ainsi, au moyen de dépenses faites par la Puissance, une prépondérance contre laquelle tout le reste de la Puissance aurait en vain essayé de lutter.

Nous voyions l'Hon. Premier fonder tout son raisonnement, tout son habile plaidoyer sur ce qu'il avait pour lui Ia ligne droite sur la carte, et nous nous disions: si nous pouvons prouver que la ligne qui nous est présentée comine directe n’est pas de fait la plus courte, mais que c'est bien la nôtre par la

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Matawan qui a cet avantage ; tous les grands résultats que nous prévoyions {il y a un moment, deviendraient l'apanage de notre Province. La Puissance tout entière n'en serait pas pour cela plus mal servie.

Et nous entreprimes de prouver que nous avions pour nous la ligne la plus favorable et de fait la plus courie.

Je m'aperçois, M. l’Orateur, qu'après avoir consulté la carte, l'on me regarde avec quelqu'étonnement. J'admets que mon assertion a besoin de quelques développements, mais elle n'en sortira que plus triomphante.

Avec la carte seule devant lui, l'argument de l'Hon. Premier est invincible. Sur cette carte, M. l'Orateur, règne en souverain maître le principe géométrique que la ligne droite est le plus court chemin d’un point à 1n autre. Mais cette ligne droite peut cesser de l’être non pas seulement par des divergences latérales qui paraîtront sur la carte, mais aussi par des divergences verticales qui n’apparaîtront pes sur la carte et que l’on ne peut découvrir qu'en faisant le profil, de la route. Tout éloignement de la ligne droite, soit par une divergence latérale, soit par une divergence verticale, doit allonger la route: que l’on se rappelle ce principe. La divergence latérale se mesure par la chaîne de l'arpenteur, la divergence verticale ou de bas en haut se mesure par le niveau de l'ingénieur.

Nous allens prouver par le rapport de M. Legge, que je vais citer, que la divergence verticale que l’on trouve en suivant la route préférée parM. McKenzie, est beaucoup plus considérable que la divergence latérale que nous sommes obligés de subir par la Matawan. Nous aurons donc par là mème prouvé que notre route est la plus courte.

En fait de génie civil, l'expérience a prouvé que vingt pieds d'élévation, à cause du surcroit de traction nécessaire pour soulever tout le trafic à cette hauteur, équivalait à un mille de distance parcouru sur une surface plane. On pourra donc diviser la somme totale de pieds de divergence verticale ou de niveau par le chiffre vingt, et l'on aura comme produit le

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nombre de miles qu'il faudra ajouter à telle ligne quand on voudre la comparer en fait de longueur avec une autre construite sur un terrain plan.

C'esten mettant en Jeu ce principe contesté par personne, par ‘aucun ingénieur, que nous nous trouvons en. position de pouvoir affirmer,sans crainte de contradiction,que la route par la Matawan est de fait la plus courte. Prouvons que nous avons les plus ban niveaux. Mais avant je dois vous dire, M. l'Orateur, que lorsque j'ai été témoin de l'assurance avec laquolle l'Hon. Premier Ministre rejetait les assertions de notre ingénieur et l’ai entendu déclarer que la route de Renfrew au lac Nipissingue était parfaitement facile et ne présentait rien l'extraordinaire, ne possédait pas les niveaux élevés qu'on voulait bien lui rprocher, que j'ai été quelque peu ébranle dans mes convictions, et que, au sortir de l’entrevue, je me suis empressé de demander à notre ingénieur, si, après des assertions semblables, il persistait dans son opinion. La réponse, M. l'Orateur, ne se fit pas longtemps attendre, et je la vois Consignée dans un rapport fait à notre bureau de direction, sur cette entrevue mème de la députation avec l'Hon. Premier. M. Legge fonde son opinion sur les rapports de MM. Shanley et Clarke, lors de leurs explorations pour la

construction d’un canal à travers la Vallée d'Ottawa, et sur les

explorations scientifiques de Sir William Logan, Si l’on veut metre en doute la réputation de ces spécialistes distingues, dont les données sont en notre faveur, nous pouvons dire que de l’autre côté et pour soutenir la ligne rivale, celle proposée par le gouvernement, nous n'avons que le rapport d'un ingénieur, qui, sans instruments et sans prendre de nivaux, a parcouru à pieds, autant qu'il a pu le faire, la ligne proposée entre la baie (reorgienne et Renfrew. Il me semble M. l'Orateur, qu'il n'aurait pas été difficile pour cet ingénie r d'apporter avec lui un instrument, ce qui n'aurait guère retardé sa marche, avec lequel il aurait pu, de distance en distance, prerdre les niveaux, ce à quoi, il me semble, il était beaucoup plus tenu, pour faire son rapport, que ne l'était Sir William Logan, pour faire le sien.

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Dans leurs explorations pour la confection du canal de l'Outaouais, MM. Shanley et Clarke placent le niveau du lac, à la Truite,—reliant ie Lac Nipissingue à la Matawan, et situé

sur la ligne que nous préférons, à 655 picds au-dessus du niveau de la mer,

Ce lac à la Truite est situé sur la hauteur des terres, et voit à son extrémité ouest ses eaux se diriger vers la baie Georgienne, tandis que de l’aut:e côté, à l’est, les eaux 8e dirigent vers l’'Oùtaouais. Nous avons donc là, comme point de com-

paraison entre les deux lignes, le point le plus élevé situé sur la nôtre.

Sur la ligne pré.érée par l’hon. premier ministre et paraillement située sur la hauteur des terres, se trouvent deux lacs considerables, l’un le lac Burnt Island, et l’autre le lac Otter; l’un décharge ses eaux dans la Muskoka, et l’autre dans une rivière 8e déchargeant dans l’Outaoauis.

Nous connaissons les niveaux de ces deux lacs, qui nous ont été donnés par Sir William Lcgan dans ses rapports pour les années 1853 et 1856. Nous trouvons le niveau de ces lacs porté à une hauteur de 1,405 pieds. Maintenant, M. 1 Orateur, nous connaissons par des personnes qui ont exploré cette partie de la Province d'Ontario, que les berges de ces lacs ont parait-il jusqu’à trois cents pieds d’élévation ; or, comme les chemins de fer projetés devront nécessairement passer à la hauteur des. terres environnantes, nous serions presque justifiés d'ajouter la hauteur de ces berges mêmes à celle atteinte par le niveau du lac, ce qui nous donnerait à peu près mille pieds d'élévation : mille pieds de plus d'élévation sur la ligne tombant à Renfrew !

Cinquante mille à ajouter à cette route, si l’on tient compte des berges mentionnées plus haut! Mais sans parler de »s rives escarpées, du moins pouren tenir compte M. Legge dit dans son premier rapport :

“ Je sais que l'hon. Premier Ministre est sons l'impression qu'il r'y a aucune différence d’élévation à l'endroit où les lignes traversent, sans dote d’après des renseignements obtenus d’autres autorités qu’il croit compétentes,

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