LIGNE DES COMTÉS DU SUD
Sur motion de M. Faucher de Saint-Maurice, il est émis un ordre de la Chambre, pour copie de la correspondance échangée entre le Révérend M. Boulet, curé de St-Magloire, M. F'aucher de Saint-Maurice, M. P. P. et plus'eurs autres personnes et le gouvernement de Québec, au sujet d'une voie ferrée qui passerait à travers les terres qui s'étendent sur les confins de Porchester, de Bellechasse, de Montmagny, de l'Islet et de Kamouraska.
M, Faucher de Saint-Maurice propose aussi que, le 2 juin 18$4, la résolution suivante a été acceptée unanimement par l'Assemblée Législative :
Aésolu, Que la frontière sud des comtés de Beauce, Dorchester, “ Bellechasse, Montmagny, L'Islet et Kamouraska, se prête à la con- ‘* struction d'une voie ferrée, allant se raccorder x FEdmunston au che- “min de fer du Nouveau-Brunswick,
“ Que, d'après les renseignements donnés officiellement, il est impos- * sible de trouver ailleurs de meilleures terres pour la culture.
“Qu'il faudrait peu d'efforts pour diriger ia colonisation vers cette
“ région fertile et l'ouvrir à l'industrie et à l'agriculture. “ Que des paroisses pourraient s'ouvrir sur la frontière sud des comtés ‘* de Beauce, Dorchester, Bellechasse, Montmagny, L'Islet et Kamou- “ raska, où des milliers de nos compatriotes trouveraient, sinon l’abon- “ dance, au moins l’existance fière, honnête et indépendante.
‘ Que la Province de Québec faciliterait ainsi le repatriement de nos
‘ compatriotes actuellement aux Etats-Unis et empêcherait une émigra- “tion qui est une cause d’affaiblissement.
“ Qu'il est de l'intérêt de la Province de Québec d'ouvrir au com- “ merce et à l'agriculture la frontière sud des comtés de Beauce, Dor- ‘ chester, Bellechasse, Montmagny, L'Islet et Kamouraska, et que le “ meilleur moyen d'y parvenir serait la construction d’une voie ferrée, “ allant se raccorder à Edmunston, au chemin de fer du Nouvean- “ Brunswick.
‘ Que l’Assemblée Législative présente une adresse à Son Honneur ‘le Lieutenant-Gouverneur l’assurant que cette construction est d’une importance vitale pour le développement commercial et agricole de la frontière sud des comtes de Beauce, Dorchester, Bellechasse, Montmagny, l’Islet et Kamouraska.
Que le discours du trône renferme le paragraphe suivant :
“ Un projet de loi vous sera présenté pour permettre au gouverne- ‘ ment de faciliter la construction plus prompte de certaines voies ‘ ferrées destinées à donner une grande impulsion à la colonisation, à “ l'agriculture et au commerce dans les régions qu’elles devront parcou- “ rir, et cela sans augmenter les responsabilités ou obligations de la ‘ Province.”
Que l'Assemblée Législative de la Province de Québec à admis unanimement le 2 juin 1884, qu’il était de l'intérêt de la Province de Québec d'ouvrir au commerce et à l'agriculture la frontière sud des comtés de Beauce, Dorchester, Bellechasse, Montmagny, L’Islet et Kamouraska et que le meilleur moyeh d'y parvenir serait la construction d’une voie ferrée.
Qu'un ordre de la chambre a été voté unanimement le 12 avril courant demandant,‘ copie de la correspondance échangée entre M. “ Henry O’Sullivan, ingénieur et arpenteur provincial, et le dépar- ‘“ tement des chemins de fer de la province de Québec, à propos de ‘ l'inspection d'une route plus avantageuse que celle déjà inspectée “ pour relier le réseau des chemins de fer du Nouveau-Brunswick aux ‘“ chemins de fer de l’Intercolonial, le Grand-Tronc, le Pacifique Cana- “ dien, à Québec.”
Qu'il soit résolu :- Qu'un comité spécial soit nommé pour s’enquérir de tous les faits sc rapportant au projet d’une ligne courte de chemin de fer passant par un ou par les comtés mentionnés dans la résolution voté unanimement le 2 juin 1884 par l’Assemblée Législative de la Province
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de Québec avec mandat et pouvoir d'envoyer quérir personnes, papiers et documents ou rapports se rapportant aux études faites par divers arpenteurs et spécialistes sur une ligne courte passant à travers le ow les comtés mentionnés dans les résolutions acceptées unanimement par l’Assemblée Législative le 2 juin 1884 ; que le comité fasse un rapport complet des témoignages entendus et de la procédure sur le référé et que MM. Audet, Bernatchez, Marcotte, Gagnon, Deschènes, Asselin et le moteur composent ce comité, ”
M. FAUCHER DE SAINT-MAURICE.- En faisant ces deux propositions je n'ai pas la prétention de découvrir à l'Assemblée Législative un pays nouveau. Non : la zône fertile qui s'étend eu irière de Dorchester, de Bellechasse, de Montmagny, de l'Islet, de Kamouraska est connue maintenant du public, grâce aux rapports des spécialistes et des arpenteurs.
L'un d'eux disait :
‘ Au sud du fleuve Saint-Laurent, en avant de Québec, depuis læ Rivière du Sud jusqu'à la Rivière du Loup, le long du chemin de fer Intercolonial, l’étendu des terrains cultivables est très limitée.
‘ On peut dire que sur tout ce parcours, il y a des rangées de montagnes de 500 à 1000 pieds de hauteur qui courrent parallèlement au fleuve Saint-Laurent et n’en sont éloignées que de deux à six milles.
‘ On trouve ici et là des rochers escarpés, séparés par des vallées unies, mais, en général, les rangées de montagnes ne sont interrompues que par les lits profonds des cours d’eau qui coulent pour la plus grande partie au nord et au sud et n’offrent aucun accès facile à la région de l'intérieur.
‘“ Ces rangées de collines et de montagnes sont pour la plupart rocheuses, incultivables, et on les garde comme terres à bois pour les habitants des vieux: établissements qui bordent le fleuve Saint-Laurent.
“ En arrière et au sud de ces montagnes, il y a une région fertile qui s'étend vers la frontière des Etats-Unis et qui traverse le chemin Taché à une distance de 20 à 25 milles du Saint-Jaurent.
‘ On a ouvert en partie cinq ou six routes qui font communiquer ce chemin avec le Saint-Laurent ; mais, en dépit des sommes considérables dépensées par le gouvernement sur ces chemins, la grande difficulté de les entretenir en bon état de réparation, ou même passables, à travers les rangées de montagnes plus hautes décrites, a toujours été et sera toujours un obstacle sérieux à la colonisation des terres fertiles de cette région, & moins quon ne leur donne des facilités de communication a
moyen d'un chemin de fer passant dans les vallées de la rivière du Sud et de la rivière Noire, plus haut décrites.
‘“ Des colons se sont rendus dans cette région à maintes et maintes reprises depuis une vingtaine d'années, mais à raison des difficultés d'accès exposées plus haut, il n'y a été établ que quatre paroisses : Armagh, Saint-Magloire, Saint-Paul et Saint-Pamphile.
“ Je suis informé de bonnes source qu'au bout du chemin de l'Islet, il y a quarante-six érablières d’établies. Le long du chemin Taché, à portée de cette endroit et allant vers l'ouest jusqu’à Saint-Paul, il ÿ a un bon nombre de colons qui parlent dans les termes les plus encourageants du sol et du climat Ge cette région. Quelques-uns des colons, les plus anciens et les plus dignes de foi, m'ont assuré qu’ils ont fait successivement sans fumure, jusqu’à quinze, seize et dix-sept recoltes payante dans le même terrain.
“ Le terrain est indubitablement rocheux en beaucoups d’endroits ; mais il n’y a que très peu de gros cailloux et d’effleurements de roc solide : les hautes futaies d’épinettes blanches, de merisiers, d’érables, etc. indiquent un sol sèche. Il y a du cèdre en abondance dans Îles terrains bas, ainsi que du frêne et de l’orme le long des cours d’eau. Le plus beau bois de pin a été enlevé, mais il y a en abondance de l’épinette propre à faire des billots de sciage et du bois de construction. Ze bois nécessaire à la construction d'un chemin de fer se troute en quantité le long de la ligne.
‘ Sur le lot numéro 6 du canton de Patton, à une distance d’un mille et demi,—et à une élévation d'environ 300 pied au-dessus des terrains environnants—du plus haut sommet de la ligne de partage des eaux coulant vers le Saint-Laurent et la baie de Fundy, un nommé Michel Bernier m'affirme qu’il a récolté 76 minots d’orge de.la semence de 4% minots et que sur le même lot il a fait d'excellentes récoltes d’avoine, de blé, de foin, de pommes de terre, etc.
“ Le 24 février, j'ai mesuré l'épaisseur de la neige et j'ai trouvé 18 pouces dans les forêts de bois mou, et 2 pieds dans les forêts de bois dur. ”
Voilà ce que disent les rapports d’'arpenteurs. Est-ce qu’à son tour, l'an dernier, le curé Boulet—et cet apôtre est pour
la colonisation du sud de Bellechasse, ce que le curé Labelle de St- Jérôme est pour le nord—est-ce que le curé Boulet en m'écrivait pas la
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lettre suivante que j'ai eu, dans le temps, l'honneur de communiquer à la chambre ?
En la lisant je la faisais précéder des remarques suivantes :
Un pays riche, connu que des missionnaires, des trappeurs et des bucherons, s'étend en arrière des comtés de Beauce, de Dorchester, de Bellechasse, de Montmagny, de l'Tilet, de Rimouski. Tous les rapports officiels que nous possédons s'accordent sur la fertilité du sol, sur la richesses des essences forestières. On y a trouvé des gisements minéraux de la plus grande richesse, entr’autres des indices de cinabre.
Puis je lisais aux applaudissements de la chambre cette lettre du curé Boulet. Elle disait :
St-Magloire, ro Mars 1884.
Monsieur,
Je vois par les journaux que vous travaillez vous et vos amis, à la future construction d'un chemin de fer qui devrait passer sur la frontière sud des comtés de Beauce, Dorchester, Bellechasse, Montmagny, l’Islet ct Kamouraska. C’est une belle œuvre patriotique, une heureuse idée qui aurait dû trouver sa réalisation depuis des années.
Et voici pourquoi :
En arrière des comtés nommés plus haut, il y a une vallée magnifique qui se prête admirablement à la construction d’une voie ferrée ; il n’y a ni côtes, ni rochers. Partant de Metgermette en descendant vers Edmunstone, on trouve toujours la plaine unie et fertile. La compagnie qui voudrait y construire un chemin de fer trouverait tous les matériaux sur les lieux. Partout, il y a des beaux cèdres, de l’épinette rouge.
Il est impossible de trouver ailleurs de plus belles terres ; je suis certain d’après ce que j'ai vu moi-même ct ce que j'ai pu visiter avec l'intention d'y diriger la colonisation, qu’il n’y a pas de différence entre cette belle vallée de Daaquam et celle de la Beauce. Partout on trouve des rivières et des lacs, partout on rencontre de beaux pouvoirs d’eau pour manufactures et moulins. Il faudrait bien peu d’efforts, il me semble, pour diriger la colonisation vers cette zône fertile.
Partout sur les bords des rivières et dans la plaine j'ai vu de magnifiques terres. On peut en juger par les essences frutières qui y croisent en abondance. Partout on cueille la gadelle sauvage ; la groseille, la cerise, les rosiers et la vigne sauvage réusissent c:: abondance. On dirait d’un jardin. Le foin bleu y abonde, et quelques colons vont le couper et l’enlever pour leur utilité.
Si on laisse le bord des rivières pour s’enfoncer de un ou deux milles dans la forêt, on y rencontre les plus beaux bois. L’érable, le merisier, le frène, l’orme, le bouleau, l’épinette rouge et blanche, un peu de pins beaucoup de beaux cèdres, tout cela est en abondance. On ne rencontre pas de montagnes, seulement au milieu de la vallée il y a une légère élévation de terrain. (
Pourquoi ros gouvernants ne dirigeraient-ils pas la colonisation de ce côté-à ? Nous pouvons y établir de magnifiques paroisses, ou des milliers de Canadiens-Français trouveraient sinon l'abondance, du moins l'existence aisée et confortable.
Le sol se prête très bien à toute espèce de culture. ‘Tous le grains y viendraient à merveille, et le foin s’y récolterait en abondance. Le climat est plus doux que celui du Nord et du Saguer ay. Nous n’aurions pas à redouter les vents froids qui désolent ces regions. De partout surgissent des points de vue admirables ; la chasse et la pêche y sont inépuisables.
Le gouvernement devrait, avant tout, encourager la compagnie de chemin de fer qui voudrait passer par ce pays, qui est une des plus belles parties, sinon la plus belle et la plus fertile de la province de Québec.
Pourquoi par exemple, ne pas faire relever les lignes des cantons de ces régions, surtout celui de Daaquam, et cela au printemps ? Pourquoi ne pas mettre quelques milliers de piastres, cet été, à la construction d’une route qui traverserait le centre de ce canton ct permetrait aux colons de s’y établir de suite ? Que le gouvernement se rende à ce désir : tous les curés voisins ont promis d'envoyer des colons dans ce mer veilleux pays.
Dans quelques années d'ici, on verrait de ce côté, de belles et riches paroisses canadiennes-françaises. Il ne reste plus qu’une voie de salut pour le Canada français, s’il tient à conserver sa religion, sa langue et sa nationalité ; c’est la colonisation. Qu'on s'engage hardiment dans cette voie, et vous verrez bientôt notre chère patrie prendre du prestige et garder sa force.
Partout ailleurs, on voit des étangers s'emparer de notre pays, et nous, les enfants du sol, nous resterions inactifs ? Non. Aidons aux nôtres dans leurs travaux : ouvrons leur des chemins, et vous verrez bientôt des milliers de bras travailler pour l'agrandissement de la patrie et veiller à sa défense et à son honneur.
Mon cher monsieur, voici à peu près tous les renseignements que je
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puis vous donner sur cette partie du pays, que vous représentez. Travaillez fortement en notre faveur, et Dieu fera le reste.
Servez-vous de ces notes si elles peuvent vous aider en quelque chose et excusez ce qu’elles peuvent avoir de défectueux ; je suis loin d’être un écrivain.
Les plus sincères amitiés de votre dévoué, J. B. G. Bourer, Ptre
Après la lecture de cette lettre si belle, si patriotique, si touchante, les commentaires sont superflus. Elle résume en peu de mets toutes les ressources agricoles, minérales et forestières que Québec pourrait retirer de ce pays laissé à lui-même, de cette #7ra iacognita.
Emparons-nous du sol ! ‘T'elle était la devise de nos pères ; telle doit être la nôtre.——Un homme distingué avec qui je causais dernièrement de la colonisation canadienne, M. Achintre, du Monde, faisait à ce propos des remarques fort logiques. Entr'autres choses, il disait, en parlant de nos pères et des temps reculés de la colonie : ‘ Pour qui ‘ connaît aujourd’hui la topographie des lieux, la nature du pays, les ‘ dangers à prévenir, les ennemis à combattre, les établissements à créer, “ tous les obstacles qu’il fallait vaincre en ce Canada alors inconnu, ‘“ lequel de ceux-là oserait mettre en doute les qualités des colons, “ l'aptitude de la race, l’habileté de l'administration française à cette ‘‘ époque.
‘ Que l’on jette un coup d'œil sur la carte du Bas-Canada, et que “ l'on y suive, depuis l’origine jusqu’à nos jours, le développement de “ l'idée qui présida à la création des groupes, au choix des localités, des ‘ premiers villages, à cette disposition savante de lignes d’établisse- ‘ ments, courant parallèlement au fleuve et gagnant les profondeurs par ‘€ série de rangs, disposés en échelons, comme les régiments d’un corps ‘# d'armée à la veille d’une grande bataille.
‘ Assurer ses derrières et ses ailes, et prendre le fleuve comme base “ d'opération ! telle fut l'idée de jadis.-—Elle reste encore de nos jours, “ Ja meilleure des tactiques, soit au point de vue dela guerre ou à “ celui de la colonisation.—-
Cette tactique, notre devoir est de la continuer en étendant la colonisation des rives du Saint-Laurent à la frontière du Maine.—-Représentant du Sud, je fais mon devoir en attirant l’attention du gouvernement
sur cette belle partie de la province. Une voie ferrée suffirait pour donner à l’agriculture, au commerce, à l'industrie une région merveilleuse où le climat est plus doux qu’au Nord et au Saguenay. En préconisant le Sud, je suis loin de vouloir nuir aux efforts fait pour coloniser la Lièvre, la Rouge, la Matawan, le Nord, le lac ‘lémiscamingue et le lac Saint-Jean. Non, dans notre beau pays, il y a place pour tous.
La province de Québec a une superficie de 120,764,651 acres. Sur ce grand total il y a 12,625,877 acres de terrains occupés ; 6,410,264 acres de terrains améliorés: 4,144,984 acres de terrains cultivés : 2,207,422 en paturages et 54,858 en jardins. Reste comme grand total 108,138,774 âcres de terres qui sont inexploitées !
En face de ces richesses latentes que nous avons sous la main, il est bien permis de se demander avec Doudan :
‘ La terre se repose terriblement chez nous. Reste à savoir si quelque moisson gigantesque sortira de ce grand loisir. ”
Ces moissons gigantesques, le (Gouvernement peut les faire germer et il peut les forcer à pousser hors du sol..-—-Qu'il encourage la construc tion d’une voie ferree en arrière des comtés de Dorchester, de Bellechasse, de Montmagny, de l’Islet, de Kamouraska, et Dieu et la race canadienne-française feront le reste.
Le jour où l’Assemblée Législative acceptait unanimement ma résolution, je lui donnais aussi communication de cette importante lettre du L'r. LeSage, député de Dorchester aux Communes du Canada.
‘ Vos résolutions de chemins de fer, m'écrivait-il, expriment un désir ‘ qu’entretenaient depuis longtemps ceux qui réellement ont à cœur * l'avancement de la colonisation de nos belles terres situées dans ces ‘* vallées admirables et malheureusement si peu connues.
“ Vous faites bien de les soumettre à l’Assemblée Législative, dès ‘* cette session. Il y a urgence : il faut attirer l’attention des gouverne- ‘ ments fédéraux et locaux sur la localisation de cette ligne courte par la ‘ voie que vous indiquez, viàâ Québec aux provinces maritimes.
‘ "Joutes nos ressources financières, notre crédit même sont engagés ‘au parachèvement du Pacifique, à son passage à Québec et à sa cons- “ truction entière sur le territoire canadien.
‘ Voici d’après mot, le tracé que devrait suivre cette ligne projetée, ‘ pour atteindre ces résultats. Vous pouvez d'ailleurs suivre facilement ‘ ce tracé sur la carte des chemins de fer et en arriver à mes conclu- “ sions.
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“ De Jévis vous suivez la rivière Etchemln, puis faisant sud-est, le “chemin de fer projeté poursuivrait sa course le long de la rivière “ Famine, de là ilerejoindrait la rivière Daaquam, atteindrait bientôt la “ rivière Saint-Jean qu'il suivrait constamment jusqu'à Saint-Jean du “ Nouveau-Brunswick, traversant ainsi dans sa course les comtés de ‘ Beauce, Dorchester, Bellechasse, Montmagny, l'Islct, Kamouraska, & Témiscouata, où il se soudrait au chemin d'Edmunston à Saint-Jean.
“ La distance calculée est d'environ 340 milles en tout. Sur ce, il y & aurait à déduire les chemins déjà construits, tant ici que dans le Nou- ‘ veau-Brunswick.
“ En acceptant ce projet, nous aurions le Pacifique entièrement sur “ Je sol canadien. 11 passerait à travers de superbes terres qu'il ouvrirait “ à Ja colonisation : ilnous donnerait ainsi la ligne la plus courte pour gagner l'Atlantique ct il assurerait en tout temps le commerce de cette ‘ immense voie ferrée à Québec.
“ La ligne que nous indiquons tous deux est la première qui ait été “ explorée il y a cinquante ans, et c'était réellement la direction que & l’Intercolonial aurait du suivre. Elle est la plus avantageuse. On voit & encore les vestiges des explorations faites par les ingénieux royaux à ‘‘ cette époque.
& Vos résolutions comportent un but patriotique. Mon cher Faucher &“ de Saint-Maurice, vous ne serez pas isolé dans ce mouvement géné- “ reux et bien pensé. Le mouvement que vous provoquez à une actua- & lité plus qu'ordinaire. Vous devez l’agiter non comme question locale, &“ mais bien comme question d'intérêt général. Il faudrait des explora- ‘ tions. Comptez sur mon Concours,
“ Votre ami dévoué,
6 Dr. C. LE SAGE, M. P
Avec cette lettre je donnais communication à l’Assemblée Législative
de la dépêche suivante :
DEPARTEMENT DES CHEMINS DE FER DE LA PROVINCE DE QUEBEC. Bureau des Ingénieurs, Québec, 7 juin 1884.
M. FAUCHER DE SAINT-MAURICE, M, P, P;, Québec.
Cher Monsieur,
“ J'ai lu avec beaucoup d'intérêt vos résolutions concernant votre “ chemin de fer de colonisation, et je les approuve sous tous les rap- ‘< ports.
‘“ On peut construire une ligne excellente sur le parcours général que
# vous indiquez, à partir de la station de la jonction de la Chaudière,
“ sur la voie du chemin de fer du Grand ‘Tronc, vià la rivière et le lac “ Etchemin jusqu’à la frontière, ce qui fera en tout une distance d'à ‘ peu près cent milles.
Malheureusement, à cet endroit, la ligne atteindrait le territoire amé- “ ricain et se prolongerait au nord de la rivière Saint-Jean, sur un par-
:“ cours d'à peu près vingt milles, et la longerait sur une distance de 70
‘ milles, comme vous le constatez en consultant la carte.
“ Il est possible de construire une ligne dans les limites du territoire
< canadien, mais comme les cours d’eaux semblent tous prendre naissance
“ dans cette direction, je crois que le pays est montagneux. Onne “ pourra, du reste, s'assurer de ce fait qu’en faisant un examen du ‘ terrain.
“ Je suis tout à fait de votre avis, quand vous dites qu’on peut cons- “ truire un chemin de fer praticable en passant sur le territoire canadien, “ ce qui serait d'un grand avantage pour les comtés dont vous parlez “ dans votre lettre.
J'ai l'honneur d'être etc.