M. FAUCHER DE SAINT-MAURICE DÉPUTÉ DE BELLECHASSE
Pour satisfaire au désir que nous ont exprimé bon nombre des électeurs de la ville,
de Bellechasse et des comtés du sud, nous reproduisons ici le discours prononcé par M. Faucher de Saint-Maurice, député de Bellechasse, sur la motion présentée par l'honorable M. P. Cameron, touchant l'exécution de la sentence de mort prononcée, dans les territoires du Nord-Ouest, contre Louis Riel, accusé du crime de haute trahison.
M. l'orateur, j'ai été le premier qui ait envoyé à Ottawa un télégramme en faveur de Louis Riel. J'ai été un de ceux qui ont le plus protesté. Jai écrit sous ma signature et sous ma responsabilité des articles dénon. çant cette exécution.
Pour moi, Louis Riel ne saurait être entouré du nimbe d'un martyr. Je l'ai vu fou dans une asile d’aliéné. Cet homme pour moi n'a jamais été qu'un malheureux, dont l'intelligence à été touchée par la main de Dieu. Cela a toujours été ma conviction et je ne suis pas le seul à la partager.
J'ai vu Louis Riel, je le répète, fou à l'asile de Beauport, et depuis, lorsque je songe à cet homme, sa figure ne se représente plus à mon imagination que comme eelle d’un halluciné. Est-ce que les docteurs Lachapelle, Clarke, Désaulniers n’ont pas émis cette idée ?
Et Mgr. ‘laché n'at il pas dit :
‘# ['infortuné chef métis était en proie à une wégalomanie et à une
nier moment.”
Lorsque le 16 novembre 1883 s'est dressé léchafaud de Régina, j'étais de ceux qui pensaient comme l'honorable deputé de Saint-Hyacinthe. Ne vient-l pas de nous dire ?
Libéraux et conservateurs s2 donnaient affectueusement la main. Is avaient des larmes dans les yeux,”
Oui, je croyais que le temps se prêtait à une coalition. Le chef de l'opposition lui-même montrait l'exemple. Ne tendait-il pas la main, en ces temps là, à l'honorable M. Chapleau, à celui qui, d'après les éner-
giques paroles du Dr. Cameron, député libéral de Huutingdon, il avait traité de scoundrel ? Ne lui offrait-il pas de se faire alors un piédestal du cadavre de Riel ? Ne le tentait-il pas sur le haut de la montagne en lui montrant toutes les richesses imaginaires, tout le prestige réel du pouvoir ? Lui son ennemi, ne lui disait-il pas ? soyez le premier : je serai votre marche pied. Ah! oui, en ces temps-là, nous les patriotes, nous croyions à ces larmes, à ces manifestations. Nous croyions qu’un parti national pouvait se former, lorsque tout-à: coup deux hommes qui ne partagent pas toutes nos idées politiques, mais deux hommes qui ont laissé dans cette chambre deux vides difficiles à remplir, sont venus sonner le glas d'alarme.
L'un, l'honorable M. Joly, député de Lotbinière disait :
Je suis d'opinion que les Canadiens-français ont la libre jouissance de leurs droits. S'ils n’en ont pas tiré un meilleur parti, ils ne doivent s'en prendre qu’à eux-mêmes. /e ve rois pas en quoi la formation d'un nouveau parti, le Parti National, pourrait améliorer leur position, maïs je crois voir comment elle pourrait la rendre plus mauvaise et comment elle pourrait compromettre l'avenir de la Confédération.”
L'autre un sous-chef celui-là, M. Watts, député de Drummond et Arthabaska, le même qui a vu sa résignation qualifié de défection par l'Zlecteur, organe de son parti, assurait à son tour :
“ Jai dit et je répète que 7e n'ai pas confiance dans la sincérité des conservateurs-nationaux et que je ne r'oulais pas m'associer atec eux. Mes amis les croient sincères, qu'ils en fassent l’expérience. Je souhaite qu’ils ne soient pas trompés. Pour ma part pour ne pas entraver l'action de mes amis libéraux, j'ai préféré m'effacer.”
Voilà comment ces chefs libéraux appréciaient le mouvement qu’encourageaient les députés de Saint-Hyacinthe, d'Hochelaga et du comté de Québec.
Si je n'avais consulté alors que mon intérêt personnel j'aurais pu me retirer de la vie publique, de cette vie où nous n'avons guère d'autre consolation que celle du devoir accompli. Lors de la mort du regretté M. Oscar Dunn, est-ce que les députés de ‘l'errebonne, de Rimouski, de Laval, du comté de Québec, de FIslet, Bagot, Clamplain, Saguenay et Chicoutimi, Joliette, Chambly, Bonaventure, Saint-Maurice, Charlevoix- Beauharnois, l’Assomption, Montmorency, Soulanges, des Deux Mon, tagnes, Nicolet, Laprairie, Dorchester, Maskinongé, Compton, Vaudreuil, Stanstead, Montcalm, Argenteuil, Québec-centre, Pontiac, Richelieu, Richmond et Wolfe, est-ce que ces députés ne m'ont pas sollicité pour
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accepter du gouvernement la position de secrétaire de l’Instruction Publique ? Ils sont ici présents. Vous même M. le président, député d'Yamaska, ne m'avez-vous pas demandé de me rendre à la conclusion de mes collègues ? N'ai-je pas répondu ?
Messieurs et chers collègues,
“ J'ai donné ma parole à mes électeurs d’être pendant cinq ans leur député. Cette parole est sacrée: je n'y manquerai pas, surtout au moment où mon collègue le député fédéral est en service de guerre au Nord-Ouest. fe suis investi presque du double mandat du comté de Bellechasse. Honoré de cette consigne, je tâcherai de l'accomplir, si mes forces ne me font pas défaut.”
Cette parole je l’ai tenue au détriment de ma famille et de mes intérêts, mais je l’espère à l'honneur de Bellechasse. Le député de Saint. Hyacinthe le sait mieux que personne. Dans cette circonstance tout en restant loyal à mes commettants de Bellechasse, je m'effaçais devant le beau-frère du chef de l’opposition.
Ces choses là, je les dis non pas pour m'arrêter au déplaisir qu'eites peuvent causer à telles ou à telles personnes, mais parce qu’elle sont l'expression de ma conscience, Je ne veux pas que la haute position de député qui m'a été confiée par mes électeurs ne me coûte plus tard ni une tristesse, ni un remords.
Ainsi que l’a dit le député de Jacques-Cartier, il ne faut pas avoir une manière de parler à ses électeurs et une autre de parler à la Chambre. Pour l’Assemblée législative de Québec, ma conduite sera celle que j'ai tenue à l'assemblée de St-Charles de Bellechasse, lorsque mes électeurs s'étaient donné rendez-vous dans cette belle paroisse pour protester contre l'exécution de Louis Riel.
in ce jour de deuil je leur disais :
— Les résolutions vont vous être soumises. Comme député local je sai rien à y voir : elles ne concernent que ie mandat fédéral, mais c’est mon droit de vous dire : en les discutant soyez calmes : soyez sans colère : soyez soucieux de votre dignité. Efforcez-vous d’être justes, car vous allez vous ériger en tribunal. Vous allez exercer vos prérogatives sur les affaires fédérales. Je n'ai pas à empiéter sur le mandat que vous avez donné au colonel Amyot. Vous avez confiance en lui et c’est un homme.”
Voilà ce que je disais alors à la face d mon comté. Ai-je été contredit en ce jour-là ? Ai-je le droit de tenir à la chambre un autre langage que celui que j'ai tenu à mes électeurs ?
Non messieurs.
Il y a quelques jours, lorsqu'on a discuté dans cette Assemblée Lé gislative l'opportunité de télégraphier au premier ministre d'Angleterre pour le féliciter sur la position énergique qu'il prend sur la question irlandaise, n'ai-je pas proclamé que l’idée pouvait être excellente, mais qu'elle n'était pas relevante de notre législature ? Je vis au milieu des Irlandais, et plus que personne je puis les apprécier, En disant que le Home Rule ne nous regardait pas, je voulais rester logique avec moi. même, logique avec les attributions que la constitution donne à cette Assemblée Législative.
Nous ne devons pas oublier que la Province de Québec n'est pas seule dans la Confédération du Canada. Avant d'affirmer d'une manière aussi autoritaire son ascendant sur le pouvoir fédéral, elle doit se préoccuper de l'accueil qui serait fait à cette doctrine nouvelle par les autres provinces auxquelles lattache les liens de la Confédération. D'ailleurs si nous avons le droit de blâmer ainsi, pourquoi n'aurions-nous pas aussi le droit de nommer une commission d'enquête pour connaitre bien la folie de Riel, enquête qui serait chargée de savoir si Riel et ses partisans, avaient bien le droit de prendre les armes? Pour êtes justes, pour être logiques il nous faudrait suivre cette procédure parlementaire, qui n’est pas de notre ressort, du moins c’est mon humble avis.
Si nous assummions cette responsabilité nous en paierions la façon. Je ne suis pas député de Bellechasse au local pour juger Pouis Kiel et toutes les conséquences qu’entrainent sa carrière. Je suis député de Bellechasse à l'Assemblée Législative pour faire voter les sommes de la colonisation. A chacun son mandat. Je reste député local et responsable du mandat que Bellechasse m'a confié, ia
Ma position sera donc la même ce soir en chambre, que eclle que j'ai prise à St-Charles de Bellechasse. Si la chambre déclare que l'exé- 4 cution de Riel est de sa compétence, je ne serai pas le dernier à dire # que la place de cet homme était dans un asile d’aliénés, au lieu d'avoir 1 été poussé violemment dans l’histoire du haut des dégrés d’un échafaud.
L'Assemblée Législative va se prononcer. Qu'elle n'oublie pas ces parole que Mgr ‘Taché, lapôtre du Nord-Ouest, à écrit à propos de Louis Riel.
— Le gouvernement, a-t-il dit, a laissé faire l'exécution. Il endosse
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sur d'autres qu'on s'est bien gardé de consulter à ce sujet. (Apyplaudissement).
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