LETTRE XXIV
Oui, c'est cela , je suis son paradoxe ; il a son paradoxe comme J.-J. Rousseau aTait le sien. Le paradoxe de Rousseau, le citoyen de Genève , c'était la haine de toute la société ; le paradoxe de mon oncle le baron , c'est de prouver ce que je valais à cette comtesse , à ce colonel et à cetévéque, qui m'ont maltraité si fort. Il est arrivé à mon oncle ce qui est arrivé à Jean-Jacques Rousseau ; son paradoxe commencé en riant il l'a pris au sérieux. Il a babillé son paradoxe qui était nu ; il l'a trouvé au dessous de la foule , il l'a mis au niveau de la foule, puis il l'a mis au-dessus de la foule ; il a voulu que son paradoxe devint grand seigneur , il Ta fait grand sei-» gneur ; il a voulu qu'il se battit en duel , il s'e^t battu en duel ; c'est cela , j'y suis ; je suis un jeu de l'espnt de
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M. le baron ; je suis son caprice d*un jour , <a fantaisie d*un moment, rien de plus. Il m*aime comme sa création ; il me trouve beau comme on trouve beau le premier tableau qu*on a foit. Je suis son prix de l'académie de Dijon , moi , rien de plus ! Voilà tout. J*ai tort de m*effk'ayer. D'ailleurs , le prix de Tacadémie de Dijon n*a-t-il pas enfanté plus tard VÉmUe, VEéloïte et le Conirui Social ?
En fait d'amilié, Christophe , je ne connais que ton amitié ; avec elle seule je suis à Taise , par toi seul je me baisse aimer , de toi seul je n*ai pas peur. O mon frère , si Tamitié de mon oncle est un paradoxe , la tienne est une vérité.
Bonjour. Hélas! je donnerais dix ans de ma vie pour embrasser ma mère ^ et ^embrasser !
LETTRE XXY.
Il a toujours à me faire quelque surprise nouvelle , des surprises inouïes et qui tiennent du prodige pour moi pauvre et abandonné enfant ! Toutes les fèis qu'il me donne quelque chose , ce don nouveau me fait mal , et cependant je Taccepte parce qu*en acceptant les premiers présents , je me suis taciiement engagé à recevoir tous les autres. Et puis par ce moyen il agrandit son paradoxe !
Donc il m*a dit au moment où Je le quittais, après déjeuner : Savez-vous monter à cheval ?
— Mais , mon oncle , j*ai souvent monté les chevaux les plus fbugueux ; j*ai suivi les chasses au long courre et je suis tombé de cheval bien -des fois.
— En ce cas , m'a-t-il dit , si vous êtes souvent tombé