‹ Le chemin de traverse (volume 3)Chapitre 28 sur 37 · LETTRE XXVI · texte numérisé non relu

LETTRE XXVI

Nous soinme$ dans le fourrage, dans les harnois , dans les voitures jusqu'aux oreilles ; Téquitation a remplacé rescrinie* Mon maUre ne m^a pas envoyé au manège plus qu*il ne m'avait envoyé à racadémie. — La meilleure manière de tomber d-un cheval , a-t-il dit , c'est d'apprendre à le monter. L'équitation, c'est comme l'escrime; seulement , au lieu de se battre avec un homme , on se bat avec un cheval. 11 fout à peu près le même sang-froid, le même courage et la même habileté ; il faut avoir la main aussi légère pour dompter l'un que pour tuer l'autre. Je t'ai appris deux ou trois coups d'épée qui sont sûrs , Je n'ai pas autre chose à l'apprendre pour ton cheval : tiens-le des genoux avec vigueur, làche-lui la main; que sa tète soit libre et son flanc captif ; surtout pas plus

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de ménagement pour le cheval qae pour Thomme ; une fois en garde , frappe de Tépée et en avant ! une fois à cheval , frappe de Téperon et en avant !

Sauf , quand Tépée est dans le fourreau et le cheval dans récurie , à prodiguer les salutations et Tavoine ; Tavoine encore plus que les salutations ; car un cheval qu^on nourrit bien ne croit jamais qu*on s'humilie devant lui.

Notre première sortie à cheval n*a pas été malheureuse; Il m'a laissé le plus beau des deux ; il a monté le cheval à deux fins ; il a tf ouvé que j*étais bien en selle , il m'a dit de porter les jambes plus en dessous , et de bien présenter le corps ; c'est ce que j'ai fait. Il m'a dit qu*ll fallait être plus à son aise que je ne l'étais ; qu'il fallait parler et rire comme si on était dans un fauteuil , et ne pas se tenir immobile entre les deux oreilles de son cheval , comme si Ton était au manège Franconi ; j'ai obéi. Après les premières ruades , j'ai été le' maître de naon cheval ; je l'ai mis aU pas ta&t que j'ai totilu ; pifis je lui ai rendu la main , et nous avons été au petit galop. C'était un samedi.;, au bois dn Boulogne... la flromenade était arrosée... l'air étaRfrafs... le beau monde était dehors... Avant d'être à cheval et sur mon cheval, je n*avais jamais vu le monde de niveau ; je l^avais toujours vu de bas en haut , m'arrètant aux armoiries de la calèche , et ne voyant jamais ce qui était dans la calèche : tantôt une femme seule ^ à demi couchée dans sa voiture , et Tœil entr'ouvert dans l'attitude du recueillement ; tantôt toute une famille , le père et la mère , les deux enfants , et , sur le devant , la nourrice qui tient le troisième en« fant , tantôt la femme de théâtre qui revient quand les

auMesfpavtent^i et ^i'se faite paro»<qiie son HHevacoiiH unneerf tanlôtite miobtre ^«i Taî an ^top pour fmû mke qu'il a besoin d'ar Hvers; lADlôt 4'hdmaie (T^jliie qui 86 mêle à ces joies rooadMnes \ tantôt ki priaoest^ qui passe et son enfant qui salue ; tout le gouyernement de la France se promène dans ceUe allées tous les noms puissants de la France , tooClfs les giraâdes fortunes , toutes les gloires consacrées , c^est-à-dire toutes les gloires qui vont en Voitare !'c*est ùn'>l}eftii'nonde m ainsi ! Oo ti*a pas le tetnpis de l'analyser , ilpaifailet il s'en va ; il montre sa grâce , et il fait comme GalatJbée qui t'en* fuit dans les saules quand on Ta vue ; il passe et il repasse , ce monde de pouvoir et de luxe , et il n*a que le temps de sourire en silence , le muet qu'il est ! il ne peut se livrer ni à ses calomnies , ni à ses haines ; il est charmant , il est séduisant ; il est si innocent , vu de loin ! Vu de loin , rtmagination est pour beaucoup. dans cet enchantement d'une heure ! c'est le monde tout au rebours de ce qu'il est d'habitude. On craint de se heurter au bois de Boulogne ; on se fait place l'un Vautre ; on s'avertit du moindre cahot ; si Tun des promeneurs vient à tomber , c'est à qui lui tendra la main pour l'aider à se relever ; si une voiture se brise , mille voitures volent à son secours ; on dirait un peuple de frères. Mais, pour acheter droit de bourgeoisie dans ce peuple , il faut acheter un cheval ; mais pour bien le voir , ce peuple à part , et pour le suivre , il faut être monté sur un cheval. Mon oncle avait bien raison , le cheval , c*est la grande supériorité parisienne. Voyez comme ces jetfnes gens se saluent et s'admirent ; voyez comme les femmes ont le sourire gracieux et facile ! La foule qui passe dans

Hô LB Cnnil DB TBATBBtB.

Icnr poussière , et qui se Mtne lentement à pM dent leur sillon , n*aperçdt ni ces grâces , ni ces sonrîres f Mol , èciicYalJe yois tout cela , je domine tout cela , f ai des ailes comme les antres.

Et album

Je suis mieux placé do haut de mon chetnl, pour TOir Paris , la grande yllle , dans sa calèche , ^e n^^tail placé Asmodée lui-même au sommet des toits.

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