‹ Le chemin de traverse (volume 5)Chapitre 2 sur 26 · LETTRE II · texte numérisé non relu

LETTRE II

Dieu soit loué ! j'ai pleuré; je nie suis seuti sou latjé un peu, et pourtant je suis aussi malheureux aujourd'hui que je Tétais hier. Je te disais donc, hier, comment j'étais parti , et peut-être comment j'étais arrivé à Paris. Je crois que mon arrivée à Paris m'a fait autant de mal que mon départ. Figuretoi qu'après quatrejours de fatigues «'I d'insomnies,

\ous vous trouvez tout d'un coup entre quatre murailles, c'est là Pans. La machine qui vous a traînés là s'arrête tout d'un coup ; et , sans savoir où j'étais, et à peine qui jetais, je restai tout seul au milieu de cette grande cour, mon paquet sur les genoux ; moi , sans aine , sans volonté , sans résignation , sans espoir, sans toi !

Alors je me mis à envier les malheureux chevaux qui avaient traîné cette machine : ils avaient un asile et des hommes empressés qui en prenaient soin. Et moi!

Alors je regrettai même cette horrible voiture et ce mouvement, et ce bruit, et ce quelque chose qu'on partage avec d'autres hommes, et ce cahot qui vous fait heurter des hommes. Je regrettai tout cela; car jetais si malheureux et si seul, que je n'en étais plus à te regretter, mon ami.

Peu à peu , le jour qui était à sa fin s'en alla tout à coup ; il s'éteignit, comme s'éteint une lampe sous !e souille d une vieille femme qui se met au lit. Le jour s'en alla sans aucune de ces teintes variées qui se marient aux teintes si chaudes de la campagne. À Paris loui est brusque , la nuit et le jour, le si-

leneeetle bruit. A Paris, vois-tu , il n'y a pas de transition entre l'enfance et la jeunesse, l'âgé mûr cl la vieillesse. On est tout de suite jeune homme, tout (le suite vieillard. De môme qu'il n'y a aucun milieu entre la richesse et la misère, entre le vice et la vertu ; c'est une ville toute en saccades ou en soubresauts; on est laquais ou grand seigneur, grande dame ou servante, athée ou fanatique. Le jour s'en va , on allume les réverbères , et tout est dit. Le jour viendra demain , on soufflera sur le réverbère, et tout sera dit. C'est une horrible ville pour s'endormir le soir et pour dormir la nuit, et pour se réveiller le malin. Le silence tombe tout à coup sur le bruit, et vous diriez que la ville est morte. Six heures après, c'est le bruit qui tombe tout a coup sur le silence; on croirait que la ville est prise d'assaut. Tu ne saurais croire comment cela se fait, Christophe : tu as vu quelquefois dans la terme un pauvre mendiant tomber du haut mal : à certaines heures du jour, il s'arrête, il grince des dents, il écume, il se tord les bras et les mains; après quoi, ii se lève tranquillement , il reprend tranquillement sou bâton noueux et son cha-

— I8â — peau troué; il leml sa main à l'aumône : quand il sera bien repu, il dormira d'un bon sommeil! Le vieillard épileptique , c'est le peuple de Paris. Ainsi, personne ne songeait à moi dans celte grande a i lie. J'étais moins que rien, un homme de plus dans la foule. La nuit me lira de mon apathie et me lit songer à chercher un gîte. Chercher un gîte! moi qui , jusqu'à vingt ans, le soir venu, grimpais «i lestement l'escalier qui conduit à ma chambre. Ma mère disait souvent qu'elle croyait voir un jeune ehat, tant j'étais vif et leste. Quelle fatigue dans la journée, mais aussi quel doux sommeil ! En un t-lin d'œil , j'étais déshabillé; je me jetais à genoux au pied de mon lit, et je faisais ma prière tout haut, pour que ma mère m'entendît prier, et vînt médire bonsoir ; après quoi, je m'endormais sous le regard bienveillant de ma mère , et , jusqu'au lendemain , je reposais ; et elle s'en allait sans fermer la porte de ma chambre qui donnait dans la sienne ; et, le lendemain j'avais peur, à mon tour, de réveiller ma mère. C'était là un sommeil ! C'était là une chambre digne d'un roi! C'était un lit plein de calme et de repos! Comme nos murs étaient blanchis à la

chaux vive 1 Comme nous avions pour nos ablutions du matin cette grande mare où nous barbottions avec les canards ! quelle joie ! et quel festin , le soir ! et quel festin à mon réveil! et quelle oisiveté sans but et sans place ! et quelles chansons de tous côtés 1 l'âne qui chante tout haut, la poule qui glousse, le coq qui salue le soleil , le porc familier qui dit -.j'ai faim ! en grognant ; le chien qui aboie , le petit chat, l'œil à demi-ouvert, qui cherche sa mère; le moineau qui piaule, l'alouette qui pousse son petit cri en rasant le ruisseau , le pigeon qui se balance sur la girouette criarde, que sais-je ? La pie familière qui parle dans sa cage, accrochée à la fenêtre; le geai goguenard qui menace l'arbre fruitier ; celait là une appétissante musique , un jovial murmure plein de \ie et d'harmonie, et de grâces parfaites, pleind'avenir. Enfant, enfant que j'étais! jeme laissais aller à ces rêves, tout éveillé, sans me douter que c étaient là des rêves ! Et toi, mon frère, que tu étais heureux de mon bonheur ! Pauvres jumeaux, on nous a séparés , hélas ! Ma vingtième année est venue brusquement les briser, ces liens de Heurs! Pins (h1 basse-cour, plus de sommeil, plus

de joies matinales, plus d'air embaumé le soir, plus ton sourire, mon bon Christophe, plus rien que Paris , le triste Paris , le Paris , qui n'a pas un salut amical pour le pauvre enfant , étranger clans ses murs.

Le portefaix , à qui je demandai ma route , me conduisit dans une hôtellerie , rue Pierre-Lescaut. Avant de me conduire, il interrogea mes habits avec soin ; et me voyant vêtu de gris et un grossier chapeau, et mon paquet sous le bras, il fit choix pour moi de la maison où je suis. C'est une maison dune apparence équivoque : vous entrez par une chambre , commune à tous les étrangers , où l'on dine toujours. Comme je n'avais rien mangé du tout de la journée , je priai qu'on me fit servir à dîner.

Une femme qui était là me dit : — Comment voulez-vous dîner, monsieur?

— Mais comme tout le monde, répondis-je à cette femme.

Alors elle prit la peine de m'expliquer qu'il y avait une espèce de dîner pour chaque homme en ce mon.!»' : un dînera vingt sous, un dîner à vingt-

einq sous, un dîner à trente, un dîner à trentecinq; quelques-uns même allaient jusqu'à deux francs! Elle m'expliqua que pour deux francs, on avait tout ce qu'on pouvait désirer de plus exquis, quatre plats, dessert, et bon vin, et eau-de-vie; C'était à ne pas s'y reconnaître.

— Donnez-moi , lui dis-je , une soupe aux choux et un morceau de lard , et un verre de vin , s'il vous plaît.

— J'entends, dit-elle, monsieur veut dînera vingt sous. Et elle me servit du pain trempé dans de l'eau chaude, un morceau de bœuf bouilli , et une bouteille de bierre. Triste repas!

Après le repas, je demandai une chambre. On jugea de la chambre que je voulais, parle dîner que j'avais mangé; on me conduisit par un escalier étroit et malsain. C'était dans toute la maison un mouvement empressé et continu. Au premier étage, il y avait des femmes qui sortaient à la hâte, oubliant de fermer leur chambre, peut-être parce qu'elles portaient toute leur fortune avec elles, ces femmes en Falbalas <i( en vieux souliers; au second étage, des jeunes gens sortaient en riant el sans

fermer leur chambre, peut-être parce qu'ils n'y devaient plus rentrer; personne ne fermait sa chambre dans cette maison , comme dans l'âge d'or d'Ovide. A travers les portes ouvertes, on pouvait apercevoir l'intérieur de ces chambres en désordre, et dans ce pèle-méle , qui est triste à voir , même chez nous où les meubles sont si rares et les vêtements si peu nombreux 1 A la fin , à force de monter et de monter toujours, j'arrivai à une chambre qui m'était destinée. L'homme qui l'occupait encore, et que je devais remplacer, n'était pas encore parti ; ce homme-là était un original dont je veux te raconter l'histoire. Aussi bien j'ai ie temps de causer avec toi , Christophe , et je suis si triste que je ne demande qu'un prétexte pour rester là à l'écrire tout un jour s'il le faut.

Mon original était de Lyon, du même pays que Fanny la Lyonnaise; mais il avait apporté en naissant fort peu de moyens de faire fortune. II était à Paris depuis dix-huit mois, sollicitant une place, n'importe laquelle; comme j'arrivais , il venait enlin de l'obtenir ce bienheureux emploi, après lequel il avait tanteouru, il en était encore radieux et

tout essoutlé, mais c'était tout ; i! 11c contenait pas sa joie, il eût été jusqu'à l'insolence s'il avait pu ou s'il avait osé; mais pendant dix-huit mois , ce pauvre diable avait passé à travers toutes les humiliations de l1 antichambre ; l'insolence était donc poui* cet homme un fruitqui n'était pas encore nuu\ qui était trop élevé pour qu'il y put atteindre, et qu'il ne regardait encore que de loin. En attendant l'insolence, il était affable et bon, contant son heureuse fortune à ses voisins, à ses voisines, au domestique de la maison , au chevet de son lit; enfin à moi le dernier venu et qui venais, à l'entendre , tout exprès pour assister à son bonheur,

— Vous voilà ! me disait-il , vous venez prendre ma chambre enfin, je vous ai attendu bien longtemps. Moi , je pars, je suis enfin à ma place. Le Sjrand ministre me la enfin donnée ma place, et iout de suite , monsieur. J'ai ma place, enfin , vive le ministre 1 Vous venez sans doute chercher une place à Paris, monsieur?

Puis, sans attendre ma réponse: — Faites comme moi , me dit-il , soyez intelligent et docile, el attendez un an, deux ans vous aurez votre place

enfin, Il n'y a qu'à aller au faubourg Saint-Germain, rue de Grenelle, la seconde porte vis-àvis la cour qui est coupée en deux; vous saluerez poliment M. le concierge, et vous irez tout droit dans les bureaux ; tout droit devant vous. Allez donc! et demandez; on vous dira : Non! c'est bon. Le lendemain vous allez, on vous dit : Non! c'est bon.

Et toujours non! toujours non ! toujours non! Oh ! s'écriait-ii : non! non! non! — * Et alors il gambadait comme un fou dans sa chambre, il se vautrait sur son lit , il parlait à mots entrecoupés. — Dans quatre jours, disait-il, j'irai voir ma femme! Ma femme viendra me saluer! ma fdle me saluera : mes voisins diront : — C'est lui ! le préfet médira bonjour! car c'est moi, je suis moi, moi, lui-même! En même temps il faisait le geste d'un homme qui tient un papier et qui met sa qualité au-dessous de sa signature. Je suis sûr qu'il est homme à s être adressé à lui-même quatre lettres par la poste , avec son nouveau titre , depuis qu'il est nommé.

En même temps, i! faisait sa valise. ?! v plaçait

chaque chose en son ordre après en avoir fait une revue attentive. C'était plaisir de lui voir plier ses bas de soie ; la pluie , le ruisseau et le temps les lui avaient rendus jaunes, de noirs qu'ils étaient, plus d'une inaille s'était échappée; il les considéra long-temps : c'était la partie de sa toilette qui lui avait donné le plus de peine à tenir présentable ; c'était celle aussi à laquelle il tenait le plus.

Il passa dédaigneusement la main sur sa culotte, elle était d'un noir douteux, mais solide encore; et comme elle lui avait donné peu d'inquiétude, il ne la regardait pas, l'ingrat!

Ce qu'il regarda bien long-temps, ce fut son habit; un vieil habit qui avait conservé sa forme, le collet en était propre, le poil en était bien lisse, a tout prendre c'était un habit présentable ; cependant rien qu'à le voir, vois-tu, Christophe, on sentait qu'on avait froid dans cet habit et qu'on y devait être misérable. On me donnerait tout au monde pour endosser un pareil habit, seulement pendant une heure, que je dirais non! J'aimerais mieux embrasser un lépreux sur la joue; cet habit me faisait horreur.

Et il faisait aussi horreur au pauvre homme; car pendant tout le temps qu'il mit à le plier, le sourire s'effaça de ses lèvres, il fut sérieux , il fut muet; cet habit lui rappelait de si tristes souvenirs 1

il entassa aussi son vieux linge dans sa valise. Moi , que toute cette revue fatiguait , je défis ma valise : j'en tirai, ma veste bleue toute neuve, la veste de notre dernier jour de Pâques; je tirai mon beau pantalon blanc de la dernière iête du village, mon gilet rouge à grandes fleurs, mes bons souliers, mes bas de fil que ma mère a tricotés ellemême, mes bonnes chemises neuves un peu rousses, mais qui blanchiront à la lessive; tout cela est neuf et jeune, et plein de vigueur et de probité. Vraiment , j'aurais voulu voir nos deux valises , celle de mon homme et la mienne, s'animer et se battre l'une contre l'autre ; la mienne aurait battu celle du bonhomme, comme le coq de notre basse-cour bat tous les coqs du village. Je ne croyais pas qu'on pût être si fier de ses bardes, que je l'ai été à cet instant, en vérité.

11 paraît que le solliciteur me comprit, car sans

plus laiiguir; il entassa pèle-méle et sans rien arranger et rien plier, tout ce qui lui restait de sa garde-robe. 11 se hâta de cacher toutes ses guenilles témoins de toutes ses misères , il ferma son sac, il mit sa casquette sur sa tête, et il chercha de côté et d'autre dans sa chambre, pour voir s'il n'avait rien oublié.

Alors, au coin de sa chambre, sur le marbre tendu de la commode, il découvrit son chapeau, tremblant et frileux comme son habit. A l'aspect de ce chapeau si humble et si froissé sur les bords, les douleurs de notre homme, qu'il croyait enfermées dans son sac de nuit, se réveillèrent de plus belle. — Toute sa vie d'antichambre, de laquais, d'huissiers, de bureaux et de ministres, se réveilla, à l'aspect de ce chapeau. Il se rappela en un clin d'œil toutes les humiliations qu'il avait subies, et «pie de (ois ce vil chapeau avait été à sa main au lieu d'être sur sa tête! 11 se rappela tout cela , et alors sa colère, contenue long-temps, déborda tout à coup; il lui fallait une victime expiatoire de toutes ses souffrances; il saisit son chapeau et le déchira en mille pièces, avec les doigts , avec les

— ig»â —

«lents, il le foula aux pieds, il le couvrit de crachats et d'opprobre. 11 éclata , il se vengea tant qu'il put de ses douleurs , il fut sublime! En effet, c'était beau à voir cet homme tout à l'heure si mesquin, si médiocre, si humble et si plié en deux; cet employé à genoux, cette créature courbée jusqu'à terre, qui se met en colère une fois enfin, et qui se redresse sur ses deux pieds enfin ; cette joue toute chaude du soufflet, qui s"enfle d'orgueil, ce regard soumis si bas, qui s'élève, ces mains suppliantes qui se lèvent pour frapper, ces deux genoux meurtris qui se redressent ; toute cette ignoble nature agrandie un instant, jusqu'à ce que cet homme retombe sous le regard de sa famiile ou sous la main de son chef de bureau ! C'était venir à temps dans ma chambre , n'est-ce pas , pour assister à ce grotesque spectacle? C'était comprendre de bien bonne heure ce que c'est en effet que la carrière des emplois publics, et les juger à leur juste valeur! Mon homme partit un peu honteux des excès auxquels il venait de se livrer, mais sans lien dire. Quand il a été parti, j'ai mis mes gants et j'ai ramassé un morceau de sou chapeau . que

j'ai attaché contre la muraille avec une épingle, je le regarderai souvent comme une leçon.

Au reste, cet homme revenu de sa colère et de sa promenade, s'est occupé de moi en homme et en bon homme. 11 m'a indiqué le fort et le faible de ma chambre, qu'il a étudiée avec plus de soin que tu n'étudies les explications des vieux commentateurs d'Homère. — Prenez garde, m'a-t-il dit , d'ouvrir trop long-temps votre porte, vous seriez infecté par le plomb des voisins. — Prenez garde d'ouvrir trop long-temps votre fenêtre, vous seriez asphyxié par les émanations de la cuisine; quant à votre cheminée , bouchez-la avec soin si vous ne voulez pas avoir toute la fumée de la maison; puis après avoir cherché quelles recommandations il pouvait ajouter à celles-là : — Je vous préviens, me disait-il, que la glace vous donnera la jaunisse à coup sûr, c'est à vous à ne pas vous en effrayer; en vain chercheriez-vous à monter la pendule, il y a soixante ans au moins que le grand ressort est cassé; ayez bien soin de faire remarquer à voire hôtesse , que ce carreau est en papi quanl à Notre lil . prenez bien t];)v\o d'eu laisser la

tète du côté de la porte, malgré le vent qui vient de là , autrement vous seriez exposé à être réveillé toutes les nuits à onze heures et demie par le garçon dont la mansarde donne justement audessus de vos pieds î Voilà , disait-il , mes principales recommandations ; il m'en a coûté six grands mois de longues et douloureuses expériences pour connaître cette chambre comme je la connais; profitez tout d'un coup de cette science qui m'est venue peu à peu, à force de rêver, de souffrir, de passer des jours sans résolutions et des nuits sans sommeil. Moyennant quoi, sauf l'espionnage d'en bas et les conversations d'en haut , sauf la chaleur en été, le froid en hiver, et l'humidité le reste du temps; sauf le manque d'eau, de (eu , de luminaire et de linge blanc , sauf l'absence d'un fauteuil et d'un tapis, sauf les rats qui dansent dans la tapisserie décollée, sauf ces horribles gravures des Qualre-Saisons que vous avez sans cesse sous les yeux comme une amère ironie des quatre saisons qui sont absentes , sauf cet abominable paravent rouge et bleu, où le Temps fait passer l',Amour , même avant que l'amour n'ait fait

passer le temps , sauf tout cela , et bien d'autres choses encore, vous serez le jeuue homme le plus heureux et le plus tranquille et le plus commodément logé de l'univers !

Disant cela, il se frottait les mains de joie et de bonheur comme un homme qui échappe à sa prison.

Comme un homme qui reverra bientôt le buffet de sa salle à manger et la commode en noyer de sa chambre à coucher , et son lit rouge paré avec deux traversins remplis de paille! Moi, je F écoutais et je me plaisais à l'écouter.

Ayant tout dit, il ajouta à ses recommandations utiles , quelques présents non moins utiles ; il était si heureux , qu'il me donna sans me connaître tout son ménage dhôtel-garni.

Car il y a un ménage dholel-garni dont nul ne saurait se passer, pas même moi qui me passe de tant de choses l

Mon homme me donna donc :

Sa souricière encore garnie d'un morceau de lard bien rance.

Son dernier paquet cTallumettes , Son briquet phosphorique ,

Son tire-bottes , meuble de luxe dont il ne s'était pas servi depuis long-temps,

Un porte-manteau en bois avec lequel il ménageait les plis de son habit,

Il me donna encore deux clous tout posés , auxquels on pouvait suspendre une montre quand on avait une montre.

Il me donna un réchaud économique avec lequel on peut faire bouillir une tasse de lait , sans avoir besoin d'autre combustible que d'un morceau de papier ; instrument fort commode pour faire soi-même son déjeuner.

Que ne me donna-t-il pas, ce brave homme , et que de reconnaissance je dois au gouvernement qui Ta placé si à propos pour lui et pour moi !

Il me donna le reste d'un cent d'épingles qui dansaient en rond sur la pelotte de l'établissement.

Il me donna aussi l'adresse de tous ses marchands , fournisseurs , et l'adresse de sa blanchisseuse hors Paris.

Enfin , il me donna une poignée de main en signe d'adieu , et je crois que de tous ses dons ce fut celui auquel j'ai été le plus sensible. On a bien tort de dire que tous les hommes sont ingrats.

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