‹ Le chemin des écoliersChapitre 101 sur 259 · TROISIÈME PARTIE. B · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. B

Chose bizarre, dans la plaine formant le Tond de l'entonnoir comme sur ses pentes, ces bandes de mélomanes ne semblaient préocoipées que de leur soif et de leur fkim. Le concert, je l'aurais cru ajourné indérmiment si je n'avais, par hasard, aperçu deux grosses basses et quelques étuis à violons se dirigeant vers les ruines de l'abbaye , interdites encore au public, même au public muni de billets de premières.

Si on faisait foule autour des tables , on ne courait pas moins aui buvettes, organisées le long d'un petit mur k moitié renversé et dont les décombres servaient de sièges aux buveurs.

C'était là vraiment un tableau très-vif, très-animé ; il ne devait que trop s'animer encore.

Moi , je continuais de me mêler à la foule , toujours à la piste de Brascassin et de mon chapeau , et ne pouvant mettre la main ni sur l'un ni sur l'autre. J'en conviendrai volontiers, mon chapeau n'était pas l'objet principal, déterminant de mes recherches; il ne jouait là qu'un rôle secondaire, un prétexte plutAt qu'un but. Une curiosité inexplicable, invincible, rae poussait à la rencontre de Brascassin ; elle m'y poussait dans

une mauvaise direction, k ce qu'il paraît, puisqu'il m'était impossible de le découvrir.

Depuis une demi-heure je me dépitais en vain , les yeax grands ouverts aux quatre points cardinaux de l'entonnoir, quand j'entendis sauter des bouchons; je me dirigeai aussitôt de ce côté.

Ues étudiants parlaient, chantaient, criaient tous à la fois au milieu de libations de vin de Champagne; je pense à ceux qui, la veille, au dire de l'hôtelier, ont soupe avec firascassin; mais dans leurs chants comme dans leurs cris ne distinguant que des sons gutturaux, j'hésite à leur adresser la parole. Un d'eux , avisant du coin de l'œil ma boîte de fer-blanc, se tourne brusquement vers moi et, soulevant sa casquette :

ï Vous êtes botaniste, monsieur? » me ditil en excellent français.

Après avoir salué modestement, j'allais profiter de l'ouverture pour entamer le chapitre Brascassin. 11 reprit sur-le-champ ;

< Moi aussi je suis botaniste-; j'étudie pour être apothicaire. Si vous voulez faire une bonne herborisation, allez à deux lieues d'ici, à la base du Tiberg : l'anagalUs arvensis y croit en abondance. A votre santé, monsieur. »

Tous se levèrent, trinquèrent et quittèrent la table en éclatant de rire, non sans quelque raison; l'anageUlis arvensis, cette plante décorée d'un si beau nom latin , n'étant autre que le mouron, humble végétal , plus recherclié par les serins que par les botanistes.

Évidemment le futur apothicaire s'était moqué de moi. Avais-je le droit de m'en iacher? Moins excusable que lui , vu mon Âge, ne m'étais-je pas raillé aussi du géographe et de l'homœopathe? Indulgence dans le ciel comme sur la terre aux esprits railleurs! j'y trouverai mon compte. La table laissée vacante par nos étudiants venait d'être en-

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