‹ Le chemin des écoliersChapitre 112 sur 259 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

sur toutes les pipes. Pour ce dernier point c'est justice; sans lui , qui jamais eût entendu parler de la ftPE du Diable ?

Waldhantz était un garçon de belle humeur, courant après les jolies filles, mais amoureux seulement de la chasse; d'une dévotion parfaite, mais surtout envers saint Hubert, dont on voyait l'image toujours appendue à la boutonnière de sa veste. C'est saint Hubert qui rabattait le gibier pour lui; c'est saint Hubert qui lui faisait éviter la rencontre des garde-chasse ; bref, saint Hubert et Waldhantz étaient au mieux ensemble.

De son métier légal et reconnu , Waldhantz , horloger et mécanicien, avait su se confectionner un petit fusil facile à dérober aux yeux de l'autorité , et dont la forme trompeuse était loin de faire pressentir une arme meurtrière.

Un jour, sur Tune des cimes les plus élevées de la forêt, un homme à la chevelure noire et hérissée paraît tout à coup devant lui.

« Bonjour, Waldhantz.

— Bonjour, Satan , lui répond le hardi braconnier, qui l'a reconnu rien qu'à l'odeur de soufre répandu autour de lui.

~ Que portes-tu donc à la main?

— C'est ma pipe , milord.

— Singulière pipe! Tu es un homme habile, Waldhantz, on le dit, mais je te croyais plus occupé à la fabrication de pièges et de traquenards qu'à celle des pipes. Voyons, je veux essayer de la tienne ; elle me semble tout à fait originale. »

Waldhantz se trouble d'abord ; puis , il lui passe par la tête le projet le plus audacieux qu'un homme ait jamais pu concevoir. 11 va délivrer le monde , les races présentes et les races futures, de leur plus redoutable ennemi. C'était la réconciliation de la terre et du ciel qu'il osait tenter.

« Ta pipe est-elle bourrée? dit Satan.

— Elle l'est, milord.

— Et comment se sert-on de cet instrument? » Waldhantz lui mit le canon du fusil au bord des lèvres , non

sans trembler un peu , mais plus d'aise que de crainte.

< Tu as ton briquet ? allume maintenant. >

Après une prière mentale, faite à saint Hubert, le jeune homme pressa la détente. Les échos des montagnes hurlèrent tous sous une effroyable détonation.

Waldhantz était tombé à genoux en pressant contre son front l'image de saint Hubert. Quand il se releva , le diable était encore debout devant lui, clignant de Tœil, hochant la tête, comme quelqu'un pris d'une forte envie d'étemuer.

Il éternua en effet , et , en étemuant , il expectora quelques chevrotines dans un nuage de poudre et de fumée , ce qui parut le soulager beaucoup.

< Mille torchons brûlés! quel mauvais tabac est le tien, mon garçon 1 il m'est tombé dans la gorge. Quand tu viendras me voir aux enfers , ce qui ne peut tarder, je t'en ferai fumer de meilleur.

— Je tâcherai de me dispenser du voyage , milord.

— Bast! Quel braconnier n'est exposé à tuer son garde forestier un jour ou l'autre, par conséquent à être pendu! Au revoir donc, Waldhantz. »

Waldhantz eut la gloire de la tentative, non celle de la réussite. Cette gloire lui a sufQ.

Mais* pourquoi Waldhantz appelait-il son terrible interlocuteur milord? Dans la conscience du peuple, peut-être le diable a-t-il le droit de siéger à la chambre haute du parlement anglais.

Je ne puis m'expliquer la chose autrement.

Le soleil commençait à jeter sur les collines des regarda obliques. Armés de bâtons tetrés (pour la première fois cette arme du franchisseur de montagnes se trouvait entre mes mains) et accompagnés d'un guide, nous nous dirigions vers le Mumel-See, en suivant les bords du ruisseau qui en descend.

J'avais projeté d'accoster Brascassin durant la route; mais la montée était rude et longue, elle interdisait la causerie. Quoique m'appuyant sur le bras du guide, je haletais, et pour comble d'humiliation, tandis que je gravissais péniblement le terrain, je

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