‹ Le chemin des écoliersChapitre 177 sur 259 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

macien mystérieux, un grand mouvement se fit dans la salle, on démasqua la muraille principale, où figurait en relief un semblant de temple grec; une chaise fut placée sur une table, comme un trône sur une estrade. Un des plus âgés de la bande, un étudiant de dixième année, je suppose, y prit place en qua-

lité de président. La cérémonie allait commencer; et je m'applaudissais de pouvoir à Heidelberg, aussi bien qu'à Ëpemay, jouir d'un spectacle interdit aux profanes, quand un frère terrible s'avança vers^a croisée qui nous faisait face! Fronçant le sourcil, et m'adressant un regard provocateur : > Mort aux Philislinsl » s'écria-l-il ; et la fenêtre refermée avec fracas nous ramena Junius et moi au simple tète-à-téte.

Cbassés du temple ou plutôt de l'estaminet, nous poursuivons notre course vers la place de Louis, devant laquelle s'élè-

vent les bâtiments de TUniversité. Nous ne pouvions pénétrer dans le sanctuaire sans un guide. Notre guide était un sousportier, grand garçon maigre , de vingt-cinq à vingt-six ans , portant une chemise de couleur et une cravate rouge; du reste, tout vêtu de noir jusqu'au bout des ongles.

L'Université d'Heidelberg se divise en six facultés : la théologie, la jurisprudence , l'économie politique, la médecine, la philosophie, et les beaux-arts, fils d'Apollon, comme nous le dit notre sous-portier.

A vrai dire , la philosophie et la théologie , en guerre ouverte l'une contre l'autre, s'annihilant l'une par l'autre, on ne devrait plus compter que quatre facultés à fleidelberg. Cependant , les théologiens ont eu beau lancer les foudres de leurs Églises sur la tête des philosophes , les philosophes faire éclater leurs négations incendiaires sous les pieds des théologiens , les deux chaires, quoique un peu fracassées, restent debout.

C'est dans la chaire vide qui se dressait devant nous que l'incrédulité avait été prêchée publiquement avec autorisation de M. le maire.

Junius, me sachant peu versé dans ces matières, crut devoir m'expliquer comment, vers la fin du dernier siècle, quelques hardis novateurs s'étaient déclarés disciples de Voltaire; mais ainsi que l'âne imitant les gentillesses du chien, avec leur pesanteur allemande , ils brisèrent ce que le maître n'avait fait qu'écorner. Déroulant alors devant moi la grande Genèse philosophique de l'Allemagne, il me dit comment Kant, auteur du rationalisme, engendra Pichte, auteur du panthéisme, qui en- , gendra Schelling, et le naturalisme, qui engendra Hegel, et l'athéisme, qui engendra enfin Peuerbach, le diable en personne. •

Effrayés de leur propre audace, d'abord obscurs et inintelligibles à dessein, ces inspirés de l'enfer ne sortaient de leur nuage que devant leurs adeptes. Durant cette première période, la démoralisation , résultant de leurs doctrines , ne descendit pas vers le peuple; elle remonta vers les lettrés, et jusqu'aux

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