CINQUIÈME PARTIE
diable au prix de quelques années de jouissances matérielles.
De quoi vous plaindriez- vous maintenant, maître Faust? Persécuté de votre vivant, vous voilà après votre mort déclaré vassal de TEnfer, et cela par Wolfgang, qui ne devint grand et célèbre que grâce à votre ingénieuse invention I
Tout en rêvassant , après avoir tourné encore sur ma droite, j'aperçus un haut clocher hexagone, surmontant une église, puis deux églises, puis trois églises, lesquelles, réunies, forment la cathédrale de Mayence.
J'y entrai.
Sa principale décoration consiste en tombeaux d'archevêques. Ils tapissent les murs des chapelles, les piliers de la nef; les abords du maître autel en sont pavés. Au milieu des tombeaux de ces hauts et puissants seigneurs ecclésiastiques, dont autrefois le pays reconnaissait l'autorité temporelle, pourquoi ma pensée, au lieu de s'assombrir, s'arrêta-t- elle exclusivement sur la coiffure de quelques femmes agenouillées çà et là, ou se tenant par groupes à l'entrée du chœur? Un léger mouchoir de fll ou de soie, jeté flottant sur leur tête et dont les extrémités retombent aux quatre points cardinaux de leur personne, voilà de quoi se composent ces coiffures qui, certes, ne présentent d'extraordinaire que leur simplicité même. Cette simplicité, contrastant avec le luxe de toutes ces tombes archiépiscopales, me rappela une petite historiette assez curieuse, contée devant moi, une heure auparavant, à la table d'hôte.
Vers 1780, un archevêque de Mayence, usant de son droit de souveraineté pour prévenir l'invasion des mauvaises mœurs, avait décrété que tout séducteur serait légalement forcé d'épouser sa victime. Quoi de plus sage, quoi de plus juste qu'une pareille loi? Notre bon archevêque cependant en prévoyait peu les conséquences.
Un mois plus tard, invoquant l'arrêt précité, une servante d'auberge devenait la femme légitime d'un galant magistrat , lequel l'avait fait tomber en faute.
Peut-être n'avait-il pas encore eu le temps de bien étudier la loi nouvelle.
A partir de ce moment, toutes les filles de Mayence, les filles sans dot , les filles m^eures et montant en graine , les filles déjà compromises, les laiderons, les petites ouvrières ambitieuses se mirent sous les annes. Le luxe envahit. toute la population féminine de la cité; pas une boui^eoise de troisième ordre , pas une servante qui ne portât dentelles et broderies, avec fleurs, paillon, velours, broches et flèches d'or ou d'argent sur leur chignon. Une chasse générale était organisée contre les fils de famille , contre tout possesseur d'une rente , d'une boutique , d'une maison , ou même d'un mince emploi passablement rétribué. Plusieurs honnêtes citoyens donnèrent dans le piège; les demoiselles à marier couraient les yeux fermés au-devant d'une défaite que la légis-
lation transformait en victoire. La panique prit aux hommes. Par un revirement bizarre, la pudeur, le sentiment de la résistance , passèrent du camp des fliles dans celui des garçons. Parmi ceux-ci quelques-uns s'imaginèrent de diriger leurs batte- , ries du cété des femmes mariées ; de là bruit et scandales publics.
0 philanthropes irréfléchis , songez à ce bon archevêque de Mayence t
Monseigneur, reconnaissant combien cette loi si équitable, si morale en apparence, entraînait de désordres à sa suite, la supprima, laissant aux filles le soin de se défendre elles-mêmes. Il la remplaça par un édit somptuaire, interdisant, excepté