‹ Le chemin des écoliersChapitre 210 sur 259 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

aui ^andes dames et aux bonnes bourgeoises, les excès de toilette.

C'est depuis cet édit somptuaire que les femmes du peuple à Mayence portent sur la tête ces mouchoirs flottants, devenus de mode aujourd'hui.

J'avais inspecté tout ce que la ville renferme de curieux , à l'exception de la fortereSfee et de la poudrière ; mais comme la poudrière avait fait sauter la forteresse , je crus pouvoir me dispenser de cette double visite. D'ailleurs, tous ces engins de guerre , les parcs d'artillerie , les arsenaux , même la vue des casernes , des prisons et des hôpitaux militaires , ne me charment que médiocrement.

Pliant déjà sous le poids de mes courses opérées dans la matinée h Francfort, je rentrais à l'hôtel; dans la rue du Rhin , sur le mur même formant rempart , une inscription en lettres romaines^ en style lapidaire, me sauta aux yeux. Je n'aurais pas été fâché d'égayer la relation de mon voyage par un peu d'archéologie ; je la recueillis donc précieusement, projetant de consulter sur sa date el sur l'importance de sa signification le savant M. Beulé. Cette inscription, la voici avec son texte exact :

Quant à moi , je serais disposé k lui donner cette interprétation vulgaire : Roulage a grande vitesse; j'espère que M. Beulé saura y trouver une version plus romaine, plus digne de la haute antiquité que je lui présume. En tout cas, il aura à me rendre compte de la valeur mystérieuse de ces lettres majuscules intercalées dans la phrase latine. J'y ai vainement cherché un sens ou une date : mais c'est son métier de trouver et

non le mien ; il a bien trouvé l'Acropole d'Athènes, et peutêtre aujourd'hui celle de Carthage.

Sur cette même place, je devais recueillir autre chose qu'une inscription, un béotisme de Jean. Je le vis passer une lettre à la main, se dirigeant vers la poste.

" A qui viens-tu d'écrire î lui demandai-je.

— A Madeleine, me répondit-il; elle présente ses respects à monsieur. >

Il y a vraiment une curieuse étude métaphysique à faire sur mon vieux Jean, sur le vagabondage de sa pensée, sur cette solution de continuité entre son idée première et celle qui la suit. Jean n'est pas plus sot qu'un autre; il est plus distrait, il se transporte, il possède le don d'ubiquité plus Tacilement qu'un autre, voilà tout. Une demi-heure n'était pas écoulée qu'il me régalait d'un nouveau béotisme du même genre.

J'étais rentré me coucher, quoiqu'il (ït grand jour encore.

De retour de la poste : ■ Si monsieur n'a plus besoin de mes services, me dit Jean, je serais bien aise d'aller faire un tour au prêche.

— Comment, au prêche? m'écriai-je; es-tu donc devenu pro-, testant?

— Oh! je ne suis point un idolâtre, monsieur le sait bien; mais je désire pouvoir raconter à Madeleine comment ces genslà prient le bon Dieu.

— Va pour le prêche! lui dis-je; je serais désolé de priver Madeleine d'un pareil récit. •■

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