CINQUIEME PARTIE
Mais ne serait-ce pas même là l'origine première de notre Chat botté ?
Bod, bot, bouté sont des mots de notre vieux français qui s'appliquaient à tout contenu ayant pour contenant une ma-
tière ligneuse; on appelait boula, du mot latin bota, une futaille, c'est-à-dire le vin sous sa douve; d'où, ensuite, boteil, bouteilie, les premières bouteilles n'ayant été d'abord que de petits barils. Ne peut-on supposer que nos soldais, guerroyant sur les bords du Rhin pour le compte de nos rois, ou, comme
mercenaires, au service des burgraves, n'aient eu connaissance de ce Chat boulé y ou hoté^ puisqu'il était encerclé de palissades de bois, et qu'apprenant comment il avait si bien fait les affaires de son maître, ils nous en aient rapporté le récit joyeux, dont, plus tard , Charles Perrault fit son profit. Quand je communiquai ma découverte à M. John Grant, soit conviction, soit politesse, il la déclara very good^ very fine! et me cita même quelques mots anglais et allemands, qui, aussi bien que les vocabulaires latins et français, me donnaient raison.
Certes, on s'instruit en voyageant, mais en voyageant on fait mieux encore ; on tire parti de ses connaissances acquises , on en trouve l'emploi. Si j'étais resté au coin de mon feu ou dans mon jardin, la France peut-être n'aurait jamais connu l'origine du Chat botté.
Pour compléter l'histoire du Chat, je dirai celle de la Souris, mais en trois mots.
Jean de Katzenelbogen , le maître du Chat, à force de déprédations, finit par se brouiller avec son puissant voisin, Kuno de Falkenstein; celui-ci fit construire un château fort, non entouré de palis, mais de bons remparts de pierres, non à mi-côte de sa montagne , mais au sommet , et il la nomma : la Souris , déclarant que , cette fois , par exception à la règle , la Souris mangerait le Chat. C'est ce qui eut lieu en effet.
Nous longions la rive gauche devant Braubach , admirant le solide château de Mark'sburg , posé sur son piédestal de roches et sur lequel flottent les couleurs de Nassau. J'entendis audessous de nous du remue-ménage dans la cabine ; j'allais y descendre; un front pâle, des joues pâles, des yeux brillants et hagards m'apparurent dans la pénombre de l'escalier. C'était Jean. Il fit un pas encore pour franchir la dernière marche, en me criant : « Monsieur! monsieur! mon grain de beauté !» et il tomba dans mes bras, évanoui. Je le