‹ Le chemin des écoliersChapitre 233 sur 259 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

— Est-<:e que tu comprends qu'un sourd soit musicien? me dit Antoine.

— Pourquoi pas ? lui répliquai-je ; la statue de Memnon rendait des sons harmonieux que, certes, elle était incapable d'apprécier.

— C'est ce que j'allais dire , » reprit le guide ; et il continua son programme : » A l'Université, musée de peinture, musée romain^ salle des statues, salle des médailles.... »

Antoine ouvrit de grands yeux.

« Y verrai-je des médailles à la marque s. p. q.. b. ?

— La salle des statues et celle des médailles sont fermées aujourd'hui , mais demain ....

— Passons !

— A l'observatoire....

— Qu'y verrons^nous?

— Une magnifique allée de marronniers d'Inde....

— Passons 1

— Au château de Clemensruhe, au village de Poppelsdor?....

— Qu'y verrons-nous?

-^ D'abord^ une magnifique allée de sapins....

— Passons!

— Au Kreutzberg...,

— Qu'y verrons-nous?

— Les corps de vingt-cinq moines, parfaitement conservés. » A mon tour, j'avais les paupières béantes. Je songeais à

prendre ma revanche du vieux cimetière de Francfort, où je n'avais vu qu'une jolie fillette rose et un gardien bon vivant tressant des couronnes funèbres. Je votai pour le Kreutzberg. Antoine opina du bonnet.

Il s'agissait de se procurer une voiture; M. Schmitz mit galamment la sienne à notre disposition. Je commence à croire qpie la mauvaise plaisanterie d'Antoine était excellente.

Tandis qu'on attelle , nous allons visiter la statue de Beethoven y et la maison où il est né , rue du Rhin. Elle porte le numéro 934 ; après quoi , prenant congé de notre cicérone , que

le cocher pouvait remplacer facilement , nous nous mettons en route.

Seul avec Antoine y je ne manquai pas de lui raconter Thistoire de Son Altesse ducale , mon élève apothicaire , comment je l'avais rencontré d'abord aux ruines d'Aller-Heiligen, où j'étais à la recherche de bion chapeau et de Brascassin....

Je le croyais très-attentif à mon récit :

< A propos de ce^Brascassin, dit-il en m'interrompant, c'est un fort aimable garçon, et un peu chimiste, sais-tu? ce qui ne peut pas nuire à un fabricant de vin de Champagne. As-tu répondu à son invitation pour ce mariage?

— Tu sais bien que non; où aurais-je adressé ma réponse?

— Mais à Ëpernay , à tout hasard.

— Je lui écrirai aussi bien de Marly-le-Roi. On a toiyours le temps de répondre quand il s'agit d'un relus.

— Ainsi tu refuses?

^ Je refuse net 1 je ne retarderais pas mon retour à Harly de deux heures, même pour assister à tes propres noces, àtoil

— Tu as peut-être raison , me dit Antoine ; à ton âge , il est sage de ne plus assister aux mariages ni aux enterrements ; on peut se laisser entraîner par l'exemple.

— Quoi 1 à mon âge? J'ai quarante-cinq ans I

— Au moins ! *

Et nous parlâmes d'autre chose.

En arrivant devant la petite église de Rreutzberg, nous trouvâmes le sacristain occupé à rattacher la vigne qui en décorait le fronton. Il descendit de son échelle , mit sa botte de joncs sous son bras, sa serpette dans sa poche, et, sans quitter même son tablier de travailleur, nous introduisit dans l'église. Là, il alluma une chandelle, une simple chandelle de suif (j'aurais préféré une torche), et souleva une dalle en avant du mattre autel; j'entrevis des marches de pierre , en petit nombre , mais inégales et glissantes une voûte sombre, et quelque chose de blanc, de vague, de rigide, qui s'espaçait sur le sol de chaque côté du

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