CINQUIÈME PARTIE
maison; il l'habitait seul avec sa ramille; sa femme donc devait en occuper le principal appartement. Est-il présumable qu'elle ait grimpé dans un ga'etas pour mettre au monde son dernier enfant?
— Très-bien ! dis-je ; mais galeiai ne signitie pas absolument grenier, et l'appartement de la mère de Rubens, confortable en 1597, je l'admets, a fort bien pu, par la suite du temps, se transtonner en un séjour à peine habitable.
— Gela serait possible , reprit Antoine , mais cette maison où il était né, Rubens, plus riche encore que n'avait été son père, la posséda après celui-ci jusqu'à la fin de ses jours, comme
Cgliie des Sainls-ApOIreg , i CologDS.
vient de me l'apprendre mon marchand de bric-à-brac. Maintenant, rappelle-toi, si tu l'as jamais su , sache-le, si tu l'ignores, Rubens avait été le protégé, l'obligé de Marie de Médicis; il lui avait dû son chef-d'œuvre; est-il probable que dans sa position de fortune, naturellement généreux el reconnaissant, comme tout grand artiste, il ait été installer sa locataire, sa
bienfaitrice, une reine 1 dans un taudis? Non! Raye donc de ta mémoire le galetas de Marie de Médicis ; la veuve de Henri IV n'est pas morte dans la misère. M. Anquetil et M. le président Hénault, qui te Tont dit, t'en ont grossièrement imposé. Si tu en doutes encore, jette les yeux au bas de cette inscription , tracée sur place par des contemporains. »
Au bas de la seconde inscription, je lus : c Elle a fait beaucoup DE BIEN AUX PAUVRES. > Je me déclarai convaincu ; Antoine a toujours raison.
Deux heures sonnent, nous courons au grand Hôtel-Royal chercher le vieux Jean que nous trouvons en train d'achever son second déjeuner, et nous dirigeons en toute hâte vers l'embarcadère.
Çn quittant Cologne pour gagner Aix-la-Chapelle, on tourne le dos au Rhin, la voie ferrée traçant un angle aigu avec la rive du fleuve. L'Allemagne elle-même semble s'effacer devant nous. Noble Allemagne , accroupi , assoupi peut-être , dans l'encoignure de mon wagon , je songeais à toi , à tes bons et loyaux habitants, à ta jeunesse enthousiaste , à tes aspirations vers la liberté, vers l'unité; je ne t'avais pas quittée encore que je te regrettais déjà; je me sentais reconnaissant de ton beau soleil, qui avait presque constamment réchauffé ma route, de tes vertes forêts, de ton beau fleuve, et de la courtoisie de tes hôteliers; pour compléter mon voyage près de s'achever, j'évertuais mon imagination à me montrer de toi ce que je n'avais pu voir; je visitais ta province du Harz et ses vallées ombreuses, noircies de sapins; j'escaladais les hautes montagnes oix ton vieux roi Witikind, où ton vieil empereur BarberouSse dorment en attendant le jour du réveil national, ce grand jour où les feuilles doivent reverdir au front des arbres morts. Tout à coup, une obscurité profonde se fît autour de moi ; à travers les ténèbres, j'entendis des voix crier sourdement: « Teutonia! Teutonia!... » Aux lueurs d'une flamme rougeâtre qui semblait courir sur la terre, j 'aperçus Barberousse et Witikind, avec leurs longues barbes traînantes, et s'apprêtant à s'en dépouiller et à