‹ Le chemin des écoliersChapitre 249 sur 259 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

Brascassin , jusqu'alors, n'avait pas adressé un mot d'amour ù ■ Thérèse; il se savait aimé cependant; sa ferme volonté était d'en faire sa femme; mais il ne voulait l'épouser qu'à Bruielles même, après entière et complète réhabilitation.

Lorsqu'il se sentit près d'atteindre le but, il écrivit k Thérèse, lui faisant part tout à la fois et de son amour et de ses pro-

Ce Alt cette lettre qui la mit en si grande joie lors de mon départ de Carlsruhe.

Le prétendu ravisseur de Thérèse, celui qui lui avait fait si brusquement abandonner la maison Lebel , n'était point un jeune homme, ainsi que l'avaient avancé i tort quelques-uns de messieurs les granmiairiens, mais un vieux, comme l'avaient justement soutenu quelques autres. Ce vieux séducteur, c'était le père Perrière, venant sansbruitenleversafille, pour la conduire auprès de sa marraine , dont la porte lui était rouverte à deux battants. A la suite de notre traversée de la forêt Noire, si Brascassin s'était arrêté à Wildbad (le Bain sauvage), c'est qu'à Wildbad se trouvait Mme de X..., dontlapré- ___„^

senceétait indispensable -- — —

au succès de la cause. Elle n'avait pas hésité à suivre celui-là qui s'était fait l'ange gardien de son enfant mort.

Voilà comment elle s'était mise en route pour un mariage et non pour se marier , ainsi que je Tavais compris sottement ; voilà comment, au bout de mon télescope, j'avais pu l'entrevoir, se promenant dans les environs d'Heidelberg, où Brascassin devait séjourner ; comment je la rencontrais ensuite avec lui à Schwetzingen , où il espérait lui trouver une compagne de voyage, qui lui avait fait défaut, et que j'avais remplacée.

Quant à Brascassin, s'il s'était vu impérieusement forcé ^l'abandonner sa charmante compagne à ma protection, pour retourner le même soir à Heidelberg, c'est que le terme fatal était arrivé où l'Américain devait se suicider ou signer sa honte. Il se décida à prendre ce dernier parti. Je soupçonné fort que si ce jour-là il m'avait obstinément cherché querelle au sujet de ma phrase de portefeuille, c'est qu'il me supposait peut-être assez habile bretteur pour lui épargner la corvée, toijyours pénible, de se tuer soi-même. Il me connaissait bien peu !

Quand Perrière eut fini de débrouiller son écheveau : « Thérèse doit m'attendre à présent sur la place du Théâtre, me dit-il ; ça vous va-t*il de la voir? Je vais la chercher. »

Je m'opposai vivement à cette présentation peu convenable, et sortis aussitôt de la chambre avec lui pour courir au-devant de la future mariée. Sur l'escalier je rencontrai Jean. La façon toute gracieuse avec laquelle il nous salua, me dit suflisamment que Jean m'avait de nouveau rendu son estime. Donc , il avait écouté à la porte.

La place du Théâtre touche presque à l'hôtel de Suède; nous y trouvâmes Thérèse, en compagnie de Brascassin et d'Antoine Mon farouche ami Antoine Minorel présentait alors un spectacle auquel, certes, il ne m'avait jamais fait assister à Paris. Il avait des souliers vernis, comme le père Perrière, et des gants paille y comme son cousin Junius. Il est curieux d'observer combien l'influence d'une noce agit sur les êtres les plus sauvages.

Thérèse m'accueillit avec les plus vives démonstrations de

joie. Sa toilette était charmante, et, elle, plus charmante mille fois que sa toilette; le bonheur lui allait à ravir; il lui fleurissait les joues , il lui brillantait les yeux , il donnait à sa phjsionomie, ainsi qu'à tous ses mouvements, une grdce incomparable.... Heureux Brascassin!

Nous la reconduisîmes chez sa marraine, à laquelle Brascassin me présenta comme un ancien ami de la famille Perrière : - Ma chère filleule m'a souvent parlé de vous , monsieur, me dit Mme veuve Van Reben ; ah 1 je vous connais bien 1 moins cependant par votre nom que par votre surnom; vous êtes l'homme aux poules, n'est-ce pas? •

Je ne sais quelle réponse je lui fis , mais ce qu'il lui plaisait d'appeler mon surnom m'était devenu insupportable. Elle m'invita à dtner, ainsi qu'Antoine, le contrat devant se signer le soir de ce même jour. Nous primes ensuite congé "d'elle pour parcourir la ville; mes fonctions de témoin ne me faisaient pas tout à fait oublier mes devoirs de voyageur.

Course rapide à travers la ville. — Jardin zao10|{ique. ~ La science el la morale par souscriplion. — Sociélé de la reoime qui cracbe le plus loin. — Le Vomilor et le Hannekeupiss. — Du Xerî-Robler, de sa composilion et de ses efTels. — Signature du contrat. — Les deui barons. — Départ.

Je ne dirai de Bruxelles que ce que j'y ai vu, etjele dirai rapidement. Qui ne connaît Bruxelles par cœur? D'ailleurs, je me sens dans la même disposition que ces braves chevaux de fiacre, qui, fatigués d'une longue course, reprennent tout à coup le galop en se rapprochant de l'écurie. A travers les riches monuments de Bruxelles, au milieu des flèches el des tours de ses églises, malgré moi, je ne cherche plus que le clocher de mon village.

C'est donc en courant que j'ai visité la célèbre cathédrale de Sainte-Gudule, et la merveilleuse place de l'Hûtel-de- Ville, et le

monument élevé aux patriotes belges de 1830. ÈUvé, n'est pas le mot propre , creusé conviendrait mieux , car au milieu de la

place dite des Martyrs, d'une grande excavation en parallélogramme régulier sort l'effigie en marbre de la Patrie éplorée.

La figure de cette statue ressemble beaucoup, selon moi, à celle de la soi-disant Vénus de Milo, ce qui me parait devoir confirmer l'opinion de Mme de X.... Quel sculpteur voudrait ravaler la patrie à n'être simplement qu'une jolie femmeî

Parmi les constructions du Bruxelles moderne nous comprimes aussi dans notre tournée le passage Saint-Hubert, le palais des Représentants, et surtout le Jardin zoologique.

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