PREMIÈRE PARTIE
A Carlsrûhe, le peuple ne boit guère que de la bière. L'absorption de la bière constitue plutdt le buveur que l'ivrogne ■" - ~ V ^ proprement dit. 11 est vrai que
Brauerie - Uaiibaus , 1 CarliniIiB.
à l'un et à l'autre ; excetlBnte habitude, qui satisfait au goût sans
nuire à la aanté. J'ai essayé de ce système, et le crois bon. Qu'importe, en effet , pour la raison d'hygiène, que le confluent des deux liquides ait lieu dans la bouche ou dans l'estoraacî
Les brasseries badoises sont presque toujours en plein air, avec abris pour les buveurs, en cas de mauvais temps; dans plusieurs il y a bal chaque soir. Le plein air leur est indispensable pour éviter les inconvénients qui pourraient résulter de tant de pipes flambantes à la fois.
Si l'Allemagne n'est pas le pays des ivrognes, elle est celui des fumeurs. La figure d'un Allemand se compose invariablement de deux yeux, d'un nez, d'une bouche et d'une pipe. La pipe y paraît être à poste fixe, tout aussi bien que les autres organes naturels.
La brasserie où je me suis arrêté est une des plus renommées de Carlsruhe. Au milieu des bour-
'^^^ geois, des étudiants, des ouvriers,
des soldats, attablés pèle-m?te, j'y ai vu de belles dames, avec plumes et dentelles sur leur grand chapeau de paille, venir y boire leur cli'ope de bière, sans être même sous la protection d'un cavalier. Cette dernière circonstance surtout m'a beaucoup étonné; mais ce qui m'a plus étonné encore, c'est qu'autour de moi chacun s'étonnait de mon étonnement.