PREMIÈRE PARTIE
dont les pétales sont mieux soudés, les tiges 'plus allongées et plus solides. C'était d'ailleurs une preuve de bon goAt. Elle ne voulait combattre avec ses compagnes qu'à armes égales.
« Depuis une (juinzaine déjà Frank observait strictement, quoique à contre-cœur, la défense à lui faite. De son côté, Bettina commençait à penser que six mois de retraite, puis quinze jours en sus , étaient bien suffisants pour des Hançailles brisées d'une volonté mutuelle.
« Vers ce temps, il y eut grande fête à Dourlach, près Carlsruhe. Une partie de la population d'Ettlingen s'y rendit; Bettina Ait du nombre; cependant elle n'avait pas repris les fleurs.
Cette fois encore, elle était résolue h rester simple spectatrice durant les danses. Mais quand elle fut là, clouée sur son estrade, la joie des autres lui fit mal, et elle déserta l'emplacement du bai pour se dépiter à son aise.
• Elle suivait, rêveuse, la lisière d'une colline, lorsqu'à l'extrémité d'un chemin creux, elle aperçut de loin son beau Frank. Pauvre Frank! il se refusait aussi le plaisir du bal, qu'il ne pouvait partager avec elle. Ahl l'heure des temporisations est passée I Ce jour même , aux yeuX de tous , ils danseront ensemble, et on le reconnaîtra pour son verlopel
> Elle chercha aussitAt. autour d'elle les fleurs qui devaient
annoncer k son poète qu'il pouvait parler en6n. La colline était aride, crayeuse, et le chemin creux seulement parsemé de pierres. Elle se jeta vivement dans un encloS ouvert à sa gauche ; les fleurs y abondaient.
> C'était un cimetière.
• Son désir surescilé l'aveuglant , ou ne lui permettant pas de songer à la profanation , elle dépouilla ù la hâte la première tombe qui s'offrit à elle , et un bouquet à la main , le front orné de quelques touffes de rouges coquelicots, sous lesquels ressortait vivement le noir lustré de ses cheveux , elle apparut aux regards de l'heureux postulant.
( Ce jour-là les habitants d'Ettlingen, venus à Dourlach, purent voir, à trois reprises consécutives, Frank, l'air radieux et vainqueur, tenant Bettina pressée contre sa poitrine, l'entraîner avec lui dans les tourbillons vertigineux de la valse allemande.
• Durant la nuit, épuisée par les fatigues de la route et du bal , comme la fille du jardinier dormait , Wilhem , ou plutôt son ombre, lui apparut :
■ "Tu as cueilli les fleurs qui croissaient sur mon tombeau ,