‹ Le chemin des écoliersChapitre 50 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

passa au doig:t la bague nuptiale, à sa profonde épouvante, elle sentit, elle sentit cette foist une main glacée s'emparer de sa main , en retirer l'anneau de Frank pour le remplacer par un autre. Alors, avec un vif mouvement d'horreur, se rejetant en arrière, faisant de deux côtés à la fois un geste de répulsion, en proie à une sorte de délire, haletante, désordonnée, elle s'enfuit de l'église en poussant des cris lamentables.

« Telle est, me dit, en terminant, mon narrateur, l'histoire vraie et authentique , que vous pouvez appeler une légende , si bon vous semble , mais ' Bettina habite encore Ëttlingen ; c'est aujourd'hui une vieille Tille de trente ans ; et quoiqu'elle ait toujours longs cheveux noirs sur blanche peau , elle n'a plus songé à prendre un autre veriope que son défunt Wilhem. Tous les dimanches elle va entendre une messe à Dourlach, et passe le reste de sa journée à soigner, à refleurir le tertre placé à la droite de la porte du cime^ tière. »

J'étais ravi; non-seulement je venais de recueillir une légende contemporaine, chose rarel mais j'avais fait connaissance avec un des mots les plus intéressants de la langue allemande, le mot verlope.

Je me Mtai de le franciser, et même, à tout hasard, je le transformai de substantif en verbe : le verbe verloper. Je verlope^ tu verlopeSyiiousverlopons'^Us verlopent; que je verlopasse; verlopant. De ce verbe nouveau je comptais faire hommage aux grammairiens de la maison Lebel.

Rentré au logis, je m'informai d'abord s'il était venu pour moi une lettre d'Heidelberg. Rien I Ce silence devenait inquiétant. Non-seulement j 'espérais en Junius Minorel pour la délivrance de mon passe-port, mais aussi pour le ravitaillement de ma bourse.

Après le souper, auquel je fis peu honneur, j'avais déjà à la main mon bougeoir et ma clef, me disposant k regagner ma chambre, quand Thérèse passa devant moi avec un petit hochement de tête familier. La mémoire encore fraîche de l'opinion unanime de mes compagnons, j'essayai de garder vis-à-vis d'elle un maintien digne et sévère. Tout aussitôt, je me demandai pourquoi je la tiendrais en mépris plus aujourd'hui qu'hier, où je la soupçonnais véhémentement de provocation galante envers ma personne, ce qui n'avait nullement excité mes fureurs vertueuses.

Notre conscience est assez semblable au chien de la maison qui aboie contre les étrangers, et se montre toujours .souple et accommodant envers le maître du logis.

Ces réflexions faites, je crus plus convenable de ne jouer vis-à-vis de Thérèse que le rôle d'un moraliste indulgent, et après l'avoir rejointe dans son petit salon aux sonnettes, d'un air aussi paterne que possible , ses mains dans les miennes: « Écoutez, mon enfant, lui dis-je, prenez mes observations en bonne part. A votre âge, une liaison imprudente.... »

Elle baissa la tête et rougit. Sautant alors par-dessus toutes les préparations oratoires :

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