‹ Le chemin des écoliersChapitre 53 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Je le trouvai bouclant uneitnalle de voyage : « Je pars avec vous, « me dit-il aussitôt, sans remarquer mon air contrit et abattu , et me tendant un beau passe-port tout neuf , bien en règle ; il ajouta : « Rien ne me retient impérieusement ici ; je vous accompagnerai donc jusqu'à la station d'Oos, et tandis que vous continuerez votre route vers notre cher Paris, j'irai finir mon congé à Bade, où quelques soins de santé me réclament. »

Bade!... ce mot me sonna dans Toreille avec un bruit argentin. A Bade, il y a une maison de jeu célèbre.... J'ai toujours eu du bonheur au jeu.... au whist surtout. Le whist ne ressemble guère à la roulette; n'importe ! j'ai un pressentiment, et mes pressentiments ne me trompent jamais. Je n'ai plus besoin de m'humilier comme emprunteur devant qui que ce soit!... J'irai à Bade !

Je courus chez Thérèse , pour régler mes comptes avec elle. Elle se montra chagrinée de mon départ. Avec moi , elle avait pu causer de son père et de sa première jeunesse.

Quand elle me vit tirer mon mince porte-monnaie pour solder sa note, sa note si modérée que, de fait, j'avais reçu sous son toit moins un refuge salarié comme voyageur qu'une hospitalité libérale comme ami : « Monsieur Canaple, me dit-elle avec son doux air suppliant, je le sais, vous avez quitté Paris sans penser devoir franchir la frontière; si vous avez besoin de quelque avance; je suis en fonds; disposez de moi; je vous en serai bien reconnaissante. »

Chère âme! cet argent après lequel j'avais tant couru, elle me l'oflfrait en me parlant de sa reconnaissance. J'étais ému, attendri. Qu'avais-je de mieux à faire que d'accepter? Pour moi toutes les difficultés étaient aplanies.... Mais je me rappelai mes propositions de la veille; moi aussi, je lui avais offert de puiser dans ma bourse, déjà à sec; ne sembler ais-je pas avoir voulu par une feinte générosité, la pousser à me faire une offre semblable ? Après mon sermon de pédant, allais-je consentir à * prendre ma part de l'argent de Brascassin? Cette idée me révolta.

D'ailleurs, de quoi avais-je à «n'inquiéter? Ne possédais-je point une lettre de change tirée sur Bade? Chez moi l'espérance fleurit toujours en certitude; je suis ainsi fait, et ne me fAt-il resté que la valeur de deux florins i!s m'auraient suffi à faire sauter la banque du jeu , si tel avait été mon bon plaisir I

A unf heure vingt minutes, je quittais Carlsruhe avec Junius Minorel.

Lorsque nous descendîmes à Bade, k VMtel du Cerf (Gastof zum Hirsch), j'étais, grâce à la vente des débris de mon clironomètre, à k tête de cinquanle-trois francs quatre-vingt-dix centimes. Une heure plus tard , je ne possédais plus que trentehuit sous dont le croupier de 44. Bénazet n'avait pas voulu.

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