DEUXIÈME PARTIE
leurs appartements et s'y font servir à huis-clos , préférant
la solitude à ce curieux pèle -mêle de la table en commun. Ces gens-là ne sont ni philosophes ni observateurs.
Buflbn nous dit n'avoir jamais causé un quart d'heure avec un sot sans apprendre de lui quelque chose de nouveau. Il y a beaucoup ' à apprendre aux tables d'hâte.
J'en aime surtout les incidents variés, les intermèdes. Un Tyrolien , entré à la sourdine, vous fait bondir sur votre siège aux sons de son aigre trompette; les chanteurs et les chanteuses se succèdent les uns aux autres. Ce sont les chanteuses et les blondes distributrices de petits bouquets, qui ont fait la plus lat^e brèche à mon ai^nt de poche. Il ne me reste plus que soixante - quinze centimes. Je m'en inquiète peu. "'ÎD ;:->" '^
Je suis tout à fait réconcilié avec Bade. C'est, en effet, une
décoration d'opéra-comique ^ je ne m'en dédis pas; mais ici les machinistes et les machines sont invisibles.
Durant les trois jours qui viennent de s'écouler, j'ai visité l'ancienne Trinkhalle, où se trouve la source principale, la mère des autres sources minérales du pays; aussi la tient-on sous clef de peur qu'elle ne s'échappe. Chose sin^lièrel Son eau, d'une chaleur de soixante-dix degrés, brûle la main et non les lèvres. Les croyants de Bade, Junius en tète, la boivent à pleines tasses.
En face de l'ancienne Trinkhalle est l'ancienne galerie des buveurs, devenue le dépât général de toutes les pierres bimu-
laires, de tous les fragments de statues, de tous les vieux tessons romains , débris du bain des Césars. J'y ai vu un Mercure ù oreilles d'âne, trouvé sur la cime du grand Stauffenbei^ , qui lui a dû son nom moderne de mont Mercure. Avec Junius, j'ai visité le Stauffenberg, le Premersberg et d'autres berg encore. Le vieux cimetière lui-même a eu notre visite, quoique les touristes ne le visitent guère, et à tort, selon moi.
On y voit un Calvaire, monument sculptural de l'art le plus naïf. Les apôtres dorment dans le jardin des Oliviers; le Christ, de grandeur naturelle, prie, et, derrière lui, sur une montagne de deux mètres de hauteur, apparaît un ange, dont la taille ne dépasse point vingt à vingt-cinq centimètres. L'artiste candide a cru sans doute accuser l'élévation de la montagne par la petitesse de l'ange; peut-être a-t-il copié son Calvaire sur un