DEUXIÈME PARTIE
mierSy retrouvèrent les fragments du voile ou les traces de Tador, donnèrent le signal d'appel, et quand Wolf sortit de Neu-Ébernstein , quelques-Uns en occupaient déjà les abords; il les culbuta et passa outre.
« Lida , vous repentez-vous de votre consentement à m'accompagner?
— Je ne me repens de rien, messire. »
II changea de route; dans un carrefour du bois, un groupe nombreux d'archers, l'arc tendu, se préparait à lui disputer le passage. Il trembla pour elle :
« Lida, voulez-vous que je vous reconduise à votre père?
— Il vous ferait prisonnier, Messire, et me forcerait d'épouser votre rival. »
Il évita les archers et gagna la plaine.
Dans la plaine, Éberhard et son neveu, avec leurs forces réunies , occupaient tous les points abordables ; c'était comme un cercle de fer qui allait en se rétrécissant autour des fugitifs. Il ne restait plus de libre qu'un étroit sentier frayé au milieu d'une colline rocheuse; mais ce sentier n'aboutissait qu'à une haute falaise , élevée à pic au-dessus des flots de la Mourg, qui formaient là un gouffre béant.
« Lida, veux-tu mourir avec moi? dit le comte.
— Je le veux, mon ami, » répondit Lida.
II se tourna vers elle; un baiser les unit. Alors, il pressa de ses éperons les flancs de Tador, qui sembla comprendre la pensée de son maître. Il s'élança dans l'espace. Tous trois disparurent, aux cris d'effroi poussés par leurs poursuivants.
Quand du haut de la falaise, Éberhard osa sonder l'abtme, les flots avaient entraîné le corps de sa fille; il ne vit que Wolf et son fidèle Tador, tous deux gisant étendus sur le rivage. Avec un mouvement d'épouvante , le comte de Wurtemberg aperçut alors le fantôme armé de son fils, tel qu'il lui était apparu déjà au tournoi des fiançailles, tel que, depuis, il l'avait revu vingt fois, vision effrayante! s'asseyant silencieusement à sa table, devant la nappe coupée, ou à l'heure des
196 LE CHEMIN DESj ÉCOLIERS.
balailles, toujours la lance au poing et dans les rangs de l'ennemi. Aujourd'hui, Uiric venait recueillir le dernier soupir de celui qu'il eût voulu nommer son frère.
Éberhard avait tué ses deux enfants, l'ua par la guerre, l'autre par l'amour.
Le rocher du haut duquel Wolf d'Ébernstein s'est précipité dans la Hourg est appelé a^^ourd'hui encore U Saut du Comu (Grafensprung).
GiinsBACH, la Venise des enriroDs da Bade. — Un gaslbausjde mauvais pugure 7- Les Iles Clotlanles du Rhin. - Ecluses el débâcle. — LI torii de Macbeth.
— NouTcUe rencontre aicc l' Anglais phénoménal. — Un Testin panUjjruélique.
Dans la situation lâcheuse où nous nous trouvions devant la porte close du nouvel ltbemstein> une légende, même une ballade, fût-elle en beaux vers, ne pouvait tenir lieu d'un dinar.
n nous fallait 'deux heures pour retourner à Bade; noua y serions arrivés étiques.
Une petite ville, située sur la Houi^, entourée, traversée par vingt autres cours d'eau, comme inondée au milieu de ses prairies marécageuses, Gernsbach, était la seule ressource qui fût h notre portée. Mais qu'espérer de cette piètre Venise, liabitée seulement par une population de pécheurs, débucherons, de flotteurs, où l'on n'entend que le brait de la cognée qui déracine les sapins, de la longue scie qui les divise en planches et des eaux grondantes qui les charrient sur la rivière? Notre cocher ne connaissait pas le pays sous le rapport des subsistance^; Junius, quoique devenu presque Badois, n'avait jamais mis les pieds à Gernsbach, sans doute dans la crainte de se les mouiller. Sous les excitations de la faim, nous devînmes soudainement modérés dans nos désirs comme dans nos espérances; nous ne demandâmes à Gernsbach que quelques couples d'œuls, un plat de goujons et du pain pas trop anisé. Avec ces dispositions d'anachorètes, après avoir descendu les pentes rapides de la montagne plutôt en haquet qu'autrement , car notre voiture glissait alors sur