‹ Le chemin des écoliersChapitre 87 sur 259 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

la reine douairière de Suède l'appela à sa cour, résolue à le donner pour époux à sa pelite-fille, héritière) du trône, laquelle n'avait pu jusqu'alors trouver un prétendant à son goût. Mais il était si libertin, et, pendant les quelques moisqu'ilpassaàStockholm il yscandalisa tellement les vieilles dames, qu'il se vit forcé de renoncer à la fille comme au trône du roi Charles XI.

A vingt-trois ans , sous les ordres de Louis-Guillaume, son parent, Oharles-Guillaume se distinguait au siège de- Landau. Blessé assez grièvement, il quitta l'armée, et, pour achever sa guérison, dut venir prendre les eaux ft Bade, où Sibylle-Auguste lui fit un accueil de mère et le logea dans le Château-Neuf.

A cet Alcide-^upidon les grandes dames et les bourgeoises ne suflîsaient déjà plus. Comme don Juan de Maraha , non content de ■'^~ s

tromper les maris de la cour et de la ville, il osa s'attaquer aux épouses mêmes du Christ.

Un jour, une jeune augustine de Lichtenthal tomba aux pieds de son directeur, l'abbé Bénédict, et se confessa à lui d'avoir été tentée par le diable. Le bon abbé s'arrangea pour que le diable n'y revint plus, et il s'y prit si bien, que Charles-Guillaume lui en garda une rancune profonde. '' '

A cette époque, les malheurs de la guerre, qui se continuait sur le Rhin , avaient resserré toutes les bourses. Les pauvres augustînes, ne recevant plus de secours, allaient se voir ré-

duites à abandonner les orphelines dont elles s'étaient chargées. L'abbé Bénédict, malgré ses quatre-vingt-sept ans, alla de maison en maison, de chaumière en chaumière, quêtant pour ses protégées; mais il s'en fallait de beaucoup que la moisson fût suffisante. Il songea alors à ce noble baigneur, à l'habitant du Château-Neuf, et résolument il alla lui tendre son aumônière.

« J'alloue dix mille florins pour venir en aide aux religieuses de Lichtenthal, dit Charles-Guillaume; j'y mets toutefois une condition expresse ; pendant dix ans , et dix fois par chaque année, vous, monsieur l'abbé, vous direz, au maître autel des sœurs augustines, une messe à mon intention et à la bonne réussite de tout ce que je puis désirer. Dieu, qui doit vous avoir en grande estime, vous exaucera, je l'espère. »

L'abbé lui fit observer que, quasi nonagénaire, s'engager, contre toute probabilité , à vivre dix ans encore , serait à lui téméraire , impie , déloyal ; il ne voulait point mourir banqueroutier et demandait une condition acceptable. Le jeune margrave tint bon pour que ce fût l'abbé lui-même, lui seul, qui officiât, dût-il revenir tout exprès de l'autre monde pour satisfaire à son engagement.

L'abbé se signa, comme si le diable en personne eût été devant lui , et poursuivit ses quêtes impuissantes.

Cependant ses chères orphelines allaient se trouver sans pain et sans asile; elles gémissaient; les bonnes religieuses pleuraient plus fort qu'elles ; Charles-Guillaume s'obstinait dans ses conditions. Attendri, navré de pitié et de douleur, le saint homme risqua son âme, souscrivit à tout et se hâta de porter les dix mille florins au couvent. Le soir même , à la suite de tant d'émotions , il mourait frappé d'apoplexie.

L'impitoyable Charles-Guillaume, déjà vengé de l'abbé, voulut encore se venger sur toute la communauté des rigueurs de sa belle augustine. Il intenta aux religieuses de Lichtenthal un procès en restitution , la clause principale du traité passé entre

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