‹ Le chemin des écoliersChapitre 88 sur 259 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Bénédict et lui n'étant plus exécutable. La supérieure proposa de faire dire la messe susdite par un autre ecclésiastique, au choix du requérant. Il refusa. L'évêque offrit de s'en charger lui-même. Nouveau refus. La princesse Sibylle-Auguste intervint et menaça son cher neveu de sa colère. Il en fut d'elle comme de Tévéque et de la supérieure. Le procès s'instruisit.

Enfin arriva le saint jour du dimanche, marqué dans le tr^té pour la célébration de la première des dix messes annuelles. Les religieuses et la margrave Sibylle étaient déjà installées dans la chapelle, où, en dépit des refus de ce bienfaiteur impie , l'évêque devait remplacer l'abbé Bénédict. Mais l'heure passait, et l'évêque ne paraissait pas , non plus que ses acolytes. La margrave venait de dépêcher un serviteur au-devant de lui, lorsque, à la grande surprise de l'assemblée , les portes de l'église roulèrent d'elles-mêmes sur leurs gonds; un homme, les traits violemment contractés, l'œil hagard, les cheveux collés aux tempes , entra tout à coup. Poussé par une force étrangère plutôt que par sa propre volonté , il se dirigea tout haletant vers le chœur. C'était Charles-Guillaume.

A peine était-il dans l'église que, derrière lui, les portes se refermèrent, comme devant lui elles s'étaient ouvertes, par leur propre impulsion. Une musique délicieuse, non celle de l'orgue, car la sœur organiste était pour le moment au milieu des autres, et, comme les autres, restait immobile et pétrifiée de surprise ; mais de douces vibrations de harpes et de violes remplissaient l'air et semblaient être produites par l'air lui-même. Du côté de l'autel, dans les intervalles de la musique, on entendait le murmure d'une voix et comme des frémissements d'ailes.

Cette voix fit tressaillir le jeune homme; il crut la reconnaître. L'oreille tendue, il suivit lentement du regard une forme indécise; peu à peu, à travers le vide, il crut distinguer, il distingua le simulacre d'un prêtre , d'un vieillard couvert de l'étole et de la chasuble. Deux anges se tenaient à ses côtés, gravis-

sant avec lui les marches de l'autel , avec lui glissant le long du saint parquet pour le seconder dans ses pieuses fonctions.

Cependant les nonnes, sortant de leur torpeur, commençaient à prendre part h ce grand élonnenient manlTesté par l'étranger. Elles n'entendaient point comme lui les sons d'une voix; le fantôme de l'ofliciant ne se mouvait point sous leurs yeux, mais d'autres effets, non moins étranges, leur révélaient l'apparition merveilleuse. Les plis de la nappe d'autel obéissaient aux mouvements d'un corps qui les frôlait en passant; le livre sacré s'ouvrait spontanément à l'endroit voulu ; ses signets multicolores semblaient d'eux-mêmes en retourner les feuil-

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