‹ Le chemin des écoliersChapitre 90 sur 259 · DEUXIÈME PARTIE. Sî · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. Sî

cousin Antoine, il me tendit la main, puis, de lui-même, il m'embrassa.

C'était mon baiser de Carlsruhe qu'il me rendait.

Dans ce mouvement affectueux, certes, son avenir diplomatique n'était pour rien. Je suis fâché de l'avoir parfois jugé avec peu d'indulgence. En dépit de ses discussions de portefeuille, de son petit-lait, de ses jus d'herbes, de sa cravate blanche, de ses idées absolutistes et rétrogrades , Junius est un excellent gar(an.

Adieu donc, Bade, paradis de ce paradis du grand-duché; adieu Capoue; de tes délices Je n'ai savouré que les plus douces elles moins dangereuses; adieu Charybde,je n'ai plus rien à craindre de tes syrènes; je pars avant qu'elles soient arrivées; adieu monsieur Bénazet; je ne regrette point ce premier impôt que vous avez levé sur moi. Aujourd'hui je cesse d'être votre sujet et votre contribuable ; je pars!

Sissatca. — Le tombeau de Turenne. — Achehn. — Aventures de m peiu. — Une chambre à <leui lits. — chemin de Ter apuulypiique. lellis iveniure» de man chapetu. *

Le chemin de fer aurait pu me conduire de Bade à Achern en moins d'une heure; mais j'avais résolu de mettre à prorit mes derniers instants de vagabondage en traçant ma route par

Otteraweieret Sassbach;j'avai3 mes raisons. Je pris donc une voiture.

A Ottersweier je pensais retrouver les traces de Louis-Guillaume. Les archives de cette ville, m'avait-on dit, contiennent, par rapport à lui, les pièces les plus curieuses, récemment transportées là des grands dépôts historiques d'Heidelberg. A Ottersweier, je me présentai à la maison des archives. La porte était fermée; je frappai. Une vieille dame, à l'air revéche, ou-

vrit sa fenêtre et me déclara que je n'entrerais pas, toujours pour cause de dimanche. Je fus forcé de me contenter de l'inspection d'une église assez curieuse par ses peintures murales et la profusion de ses ornements et de ses anges de stuc.

A Sassbach, j'allai faire «ne visite à Turenne. C'est laque, le 27 juillet 1675, ce grand homme est tombé, ayant devant lui, comme adversaires, Montecuculli et Louis-Guillaume de Bade, ce dernier alors âgé de vingt ans. A Sassbach aussi bien qu'à Ottersweier je devais subir des mécomptes.

Pourquoi , à l'aspect de cette colonne droite et silencieuse, suis-je resté froid comme elle , sans pulsation de cœur comme elle? Je ne sais qui m'avait conté que Turenne, en tombant sur ce terrain , l'avait conquis à la France ; que , du consentement de tous, il y avait ainsi en Allemagne un fragment de terre française ; qu'un poste de soldats français, relevé de temps en

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