‹ Le chemin des écoliersChapitre 109 sur 245 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

— Thérèse ! je l'ai vue enfant. Je lui ai même porte des nouvelles de son père, que j'ai rencontré dernièrement à Xoisy.

— Attendez donc! me répliqua-t-il. J'y suis!... J'ai vu Perrière le même jour que vous, comme vous veniez de le quitter. Et moi aussi, monsieur, j'ai l'honneur de vous connaître ! »

Je saluai.

« Vous êtes l'homme aux poules ! »

Cette désignation vulgaire, qui semblait ne faire de moi qu'un marchand de poules, commençait à me devenir insupportable ; elle termina notre entretien.

Athanase et les siens venaient de nous rejoindre. La foule désertait l'entonnoir; le vieux cloître, jadis consacré à tous les saints, rentrait peu à peu dans sa solitude habituelle.

Nous n'avions encore pris part qu'à une des fêtes de la journée.

Le tombeau de l'enfant. — Cascades d'Aller-Heiligen. — Espiègleries de M. de La Fléchelle. — Modes de Paris et modes de la forêt Noire. — Vallées de Kappel et de Seebach. — Réveil en sursaut.

<r II y a quatre ou cinq ans, une jeune femme, une Française, traversait la Belgique avec un enfant dans ses bras; la mère était malade, l'enfant aussi. En arrivant à Bruxelles l'étrangère fut forcée de s'aliter; et tandis qu'une fièvre délirante lui ôtait la connaissance d'elle-même, l'ange de la mort vint lui prendre

son enfant et emporta la pauvre petite créature éteinte dans le cimetière de Laaken. Quand la malade eut recouvré la raison, puis à peu près la santé, forcée impérieusement de rentrer en France, elle alla faire ses adieux, ses adieux éternels à son enfant. A deux genoux sur sa fosse fraîchement remuée, le visage en larmes, d'une voix heurtée par les sanglots : « 0 mon enfant! s'écria-t-elle, il va donc falloir « me séparer de toi !... retourner en France seule!... a Ah! que ne m'est-il permis de vivre ici.... de ne « pas te quitter? Quel rep^ard ami s'arrêtera sur la <r terre qui te cache , puisque ta mère elle-même « t'abandonne?... Qui prendra soin de ta tombe?

« — Moi! » dit une voix qui sembla vibrer avec le vent.

« L'étrangère regarda autour d'elle et ne vit personne, a Cette voix vient-elle de descendre du ciel? c< se dit la mère; alors, Dieu soit béni ! il veillera sur « mon enfant. Mais si elle n'avait résonné que dans " ma tête, sous l'influence d'un reste de délire?... »

« Deux jours après, l'étroit espace où dormait l'enfant avait un entourage de fer pour le préserver de l'envahissement des grandes tombes voisines; de jolies fleurs, roses ou blanrhes, le décoraient. Un jeune homme , à l'encolure vigoureuse , mais aux traits fatigués et empreints de tristesse, rêvait ^ un coude appuyé sur le grillage. Interrompant sa rêverie, il se découvrit la tête et murmura tout bas : a Cher petit, « c'est au nom de ta mère ! »

« Depuis, il ne se passa pas une semaine sans qu'il revînt visiter le dernier berceau de l'innocente créature.

« Ce jeune homme, c'était un réfugié français com-

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