‹ Le chemin des écoliersChapitre 108 sur 245 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

réalisant la pièce de Byron, the Deformed transformedy avait convaincu La Fléchelle qu'il pourrait lui redresser la taille, la rendre droite et souple comme une baguette de coudrier, non par la science orthopédique, applicable tout au plus aux enfants, mais par une science nouvelle, le magnétisme végétal appliqué à rhomœopathie. Gi'âce à celte science miraculeuse , Baldaboche rajeunissait les vieillards en faisant passer dans leur sang appauvri la force séveuse des jeunes arbres , et se chargeait de rectifier les courbures de l'épine dorsale au contact d'une tige droite et élancée. Le dirai-je? Témoin de quelques expériences soidisant concluantes . mon ami Athanase ne paraissait nullement convaincu de la vanité de ces prétentions homœopathico-magnétiques ; il avait vu La Fléchelle, en présence du maître et sous ses aspersions magnétiques , entrer en communication avec un jeune et beau peuplier, le presser longtemps entre ses mains et contre sa poitrine ; à la suite de cette étreinte prolongée, l'arbre, épuisé de forces, criant grâce, avait témoigné de son affaiblissement par l'inclinaison de ses rameaux, par la flétrissure de son feuillage, et le petit bossu, plein de sa vigueur d'emprunt, rêvait un complet redressement, et, quoique touchant à la trentaine, espérait grandir encore.

0 Espérance ! ô railleuse éternelle !

Voici pour la présence de l'homœopathe au milieu de nos gens d'Épernay. Maintenant, comment tous se trouvaient -ils dans le sanctuaire des orphéonistes, sans droit aucun à pareil honneur?

Transportés par le chemin de fer de Bâle jusqu'à Fribourg en Brisgau, Athanase etsesamisavaientdécidé de traverser à piedcette partie de la forêt Aoire qui

sépare Fribourg d'AHer-Heiligen. En route, ils avaient rencontré une troupe philharmonique se rendant à la grande assemblée ; on avait marché ensemble , puis ensemble dîné et soupe, couché dans la même grange, sur la même paille. Le lendemain on s'était réveillé amis, et l'on avait trouvé bon de ne se point séparer.

Tandis qu'Athanase, en mettant fin à mes étonnements, m'en inspirait de nouveaux, je ne perdais point de vue Brascassin qui causait en ce moment avec le forestier-aubergiste, sans doute pour affaire de vin de Champagne. Leur colloque terminé, je l'abordai en lui présentant son chapeau.

« Ah ! ah ! me dit-il en riant, c'est donc vous, monsieur, qui ce matin étiez couché dans cette chambre de la Couronne cVort Vous avez dû me croire un voleur?... Mais où donc vous ai-je vu déjà?

— A Strasbourg, lui répondis-je, à Strasbourg, oi^i j'ai déjeuné à la même table que vous, ainsi que votre nouvel initié Yan Baldaboche, ici présent.

— Ne parlons plus de ces folies, me dit -il de l'air le plus grave. J'en finissais avec ma vie de garçon.

— Songez-vous donc à vous marier ? repris-je avec une vivacité qui sembla le surprendre.

-- - Qui sait ?

— Pardon, ajoutai -je aussitôt, avec une certaine habileté de transition ; mais si je n'ai pas l'honneur de vous être connu, j'ai eu du moins, il y a peu de jours, l'occasion de m'entretenir de vous, et longuement.

— Où cela?

— A la maison Lebel, à Carlsruhe. » Il rougit légèrement.

« Vous connaissez la personne qui tient cette maison? me dit-il.

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