PREMIERE PARTIE
ma boîte de fer-blanc, où elle savait trouver pour elle un gâteau et un petit pot de confitures de Bar.
Puis, je quittai Belleville, et les années passèrent. Une dernière fois, me trouvant à Charonne pour certaine affaire contentieuse, je poussai jusqu'à la demeure de mes anciens amis. La chaumière s'était métamorphosée en une maisonnette couverte de tuiles, avec volets verts; elle embaumait. Au champ de luzerne avait succédé un champ de roses. Les roses sont d'un bon produit dans la banlieue parisienne, et le ci-devant bohémien, à ses états de voiturier, de messager, d'architecte et de constructeur, avait ajouté celui de jardinier-fleuriste. Sur le seuil de la porte extérieure, la gentille Thérèse, déjà grandelette, offrait aux passants des bouquets de roses, ce qui lui attirait quotidiennement vingt madrigaux, tous brodés sur un thème invariable.
Tels étaient les souvenirs que j'avais laissés au Trou-Vassou, lorsque, douze ans après, au début de mon voyage de Paris à Marly-le-Roi, sous l'ombre du fort de Noisy-le-Sec, je retrouvai mon ancien Perrière.
Mais qu'était devenue ma petite marchande de roses?
Tout en déjeunant avec lui, lorsque je parlai d'elle à son père, la figure de celui-ci, un instant auparavant joviale et rayonnante, se crispa tout à coup.
a Thérèse? me dit-il brusquement, comme s'il eût cherché qui je voulais désigner par ce nom. Est-ce de ma femme que vous parlez? Elle se nommait Thérèse, en effet.... Eh ! bien, elle est morte; tant mieux pour elle !
— Je vous parle de votre fille, père Ferrière.
— Ahl ah! ma fille?... ma fille Thérèse?... Depuis beau jour elle nous a quittés, pour aller vivre bien loin d'ici, auprès de sa marraine, qui est riche, et qui, n'ayant pas d'enfants, l'avait adoptée pour lui donner une belle éducation.
— Et vous n'avez pas revu votre fille depuis?
— Oh ! que si ! ... Il y a deux ans, elle est revenue. . . Son éducation était faite.
— Ne la verrai-je point?
— Elle est repartie.
— Pour rejoindre sa marraine?
— Non! sa marraine ne la recevrait plus.... N'allez pas croire que ce soit une méchante enfant, reprit-il tout à coup ; elle, si douce, si bonne, le vrai portrait de la défunte! Vous l'avez connue cette autre Thérèse-là? mais assez causé là-dessus ; vous ne voudriez pas me faire de la peine ? »
C'est ainsi que mon ancienne connaissance du Trou-Vassou excita ma curiosité sans la satisfaire. Enfin, je dus prendre congé de lui, et, après une double et affectueuse poignée de main, je poursuivis ma promenade en me dirigeant vers Noisy.
Les illustrations de Noisy-le-Sec. — La Saint-Athanase. — Des noms de baptême. — Changement de route. — Un Sardanapale en guenilles. — Mystères de la ville d'Épernay. — L'ordre de la Pure Vérité. — Deux mystifiés au lieu d'un.
Le village de Noisy n'a pas traversé les siècles sans quelque éclat. Parmi ses anciens seigneurs il compte