‹ Le chemin des écoliersChapitre 111 sur 245 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

Loaken et rétribua largement le gardien, lui confiant le soin du petit tombeau pendant son absence. Qu'elle fut fille ou femme, il l'avait promis à la mère! »

Cette histoire me toucha vivement. Athanase me la racontait tandis que, pour nous rendre aux cascades, nous gravissions ensemble les jolies collines blondes déjà entrevues par moi à travers les ogives démantelées de la chapelle. Puis, s'arrêtant :

a Eh bien, mon cher Augustin, croyez-vous que Brascassin (car c'était encore de l'éternel, de l'inévitable Brascassin qu'il s'agissait ici), croyez-vous que Brascassin, même avec les idées de mariage que vous lui supposez, puisse jamais songer à prendre pour femme cette Thérèse, la fille séduite de Bruxelles?

— Je ne sais ce que je pense, lui dis-je, mais votre joyeux ami, dont jusqu'ici je n'avais qu'une mince opinion, je vous le déclare, vient d'entrer brusquement dans mes affections. C'est un noble cœur, et sa conduite au tombeau de l'enfant... »

Ici, j'interrompis ma phrase par un cri. C'était un cri d'admiration.

De l'endroit où nous étions , les cataractes d'Alîer- Heiligen se développaient sur une longue étendue. On eût dit vingt rivières étagées les unes sur les autres. C'était magnifique, c'était sublime! De ma vie de Parisien je n'avais rien vu de plus beau, même les grandes eaux de Versailles. Quand la nature s'en mêle, elle distribue ses largesses avec plus de prodigalité encore que le grand roi Louis XIV.

Nos compagnons nous attendaient un peu plus haut, à demi-portée de fusil ; c'était de là que nous devions partir pour descendre le long des cascades.

En abordant Brascassin, par un mouvement involontaire, je lui tendis la main.

Il ne sut trop ce que cela voulait dire. Mais je songeais au cimetière de Laaken.

Alimentées par la Mourg, par l'Enz et les nombreux 'cours d'eau descendus des pentes de la forêt Noire, les cascades d'Aller -Heiligen se sont frayé leur route à travers un terrain rocheux qui, par ses résistances, les a transformées en immenses cataractes, reliées entre elles sur près d'un kilomètre d'étendue.

Autrefois, pour oser les côtoyer dans tout leur parcours, il fallait s'aventurer le long des berges escarpées et glissantes : on y risquait sa vie.

Naguère encore, des échelles, ayant pour points d'appui d'énormes rochers mis à découvert par les eaux torrentueuses, facilitaient la route aux curieux. Si la visite n'entraînait plus un péril de mort, elle causait du moins une grande fatigue et tentait seulement sinon les plus braves , du moins les plus robustes.

Aujourd'hui, tout le monde est appelé à jouir du spectacle; des escaliers commodes, quoique un peu rapides, avec rampes et garde-fous, ont remplacé les échelles. C'est plaisir que de descendre ainsi, de cascade en cascade , au milieu du bruit assourdissant de toutes ces masses d'eau qui, en passant, vous saluent par une aspersion d'abondante rosée. Jamais je ne m'étais trouvé à pareille fête.

Les populations campagnardes accourues au festival remplissaient les escaliers; les riches fermières avec leur taille sous les aisselles, leurs grands chapeaux de pailje ornés de fleurs champêtres, les dames

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