‹ Le chemin des écoliersChapitre 112 sur 245 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

bûcheronnes, leur petit feutre sur la tête, les ouvrières, en bonnefde soie, rouge ou bleu, la plupart tenant leurs enfants à la main ou dans leurs bras; les villageois avec leurs longs bâtons blancs, leurs redingotes amples et flottantes ; les forestiers avec leurs vestes d'uniforme et leurs grandes guêtres à la souabe; tous ces groupes, mêlés à des groupes de citadins aux habits étriqués , aux petits chapeaux ronds, à la casquette universitaire, cheminant, ayant près d'eux leurs femmes ou leurs sœurs , au buste allongé sur une base arrondie et volumineuse, présentaient le plus singulier mélange de formes et de couleurs.

Une partie de la foule, venant du plateau de l'abbaye, montait; l'autre, ayant, comme nous, escaladé les collines, descendait, et ce remous humain, le contraste entre tous ces costumes , les modes de Paris et celles de la forêt Noire confondues ensemble, les bruits , les murmures de cette foule, couverts par les murmures et les bruits des cascades , tout cela encadré dans la sévérité d'un paysage alpestre revêtait les allures d'une grande mascarade défilant au milieu d'une noble et majestueuse décoration.

J'essayai d'en reproduire quelques détails par le crayon. Ce petit diable bombé de M. de La Fléchelle, à force de tourner, de gambader autour de moi , et de s'extasier sur l'œuvre avant même qu'elle fût commencée, m'en rendit l'exécution impossible.

Il fallut enfin dire adieu à ces merveilles d'Aller- Heiligen. Comme souvenir, je cueillis sur la rive de la dernière cascade une superbe pédiculaire, m'apprêtant à l'insérer précieusement dans ma boîte. Dans ma boîte, je trouvai un paquet d'orties. Décidément,

le nain en voie de devenir géant m'avait pris à partie pour ses malices. Je lui fis du doigt un signe de réprimande. 11 pouffa de rire. Peut-être en grandissant deviendra-il plus raisonnable.

A l'entrée du petit bois où j'avais abordé le matin, nous trouvânnes non-seulement des voiturins, mais des chars à bancs. Athanase, Brascassin, l'homœopathe, La Fléchelle, deux autres convives d'Épernay, un ami de rencontre qu'Athanase avait détaché de l'orphéon et moi, nous formions une bande de imit individus. Nous prîmes deux chars à bancs. Je pensais retourner à Achern :

« Et le Mumel-See ! me dit Athanase.

— Est-ce là que nous devons dîner, demandai-je, songeant à mon déjeuner si fatalement interrompu.

— Nous dînerons au Hirsch , me répondit Brascassin.

— Pourquoi pas à Achern ? Je compte bien ce soir prendre le chemin de fer pour Paris.

— Nous aussi, parbleu! sinon pour retourner à Paris, du moins à Épernay, reprit Athanase. Mais, malheureux 1 vient-on à AUer-Heiligen sans visiter le Miuncl-See?

— Qu'est-ce que le Mumel-See ?

— C'est le lac des Fées! me dit La Fléchelle.

— Et où est situé ce lac des Fées?

— Au Mumel-See.»

,Te ne jugeai pas nécessaire de prolonger de pareilles explications. D'ailleurs, ce mot de lac des Fées avait doucement résonné à mon oreille.

Nous voici dans la délicieuse vallée de Kappel. Au lieu du tumulte de l'entonnoir, du tapage, des bruits de toutes sortes, cris de la foule, vacarme des cas-

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