‹ Le chemin des écoliersChapitre 128 sur 245 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

de quelques-uns; réunie en faisceau elle s'empare du monde.

Une légère brume du matin commençait à tomber. A deux cents pas de nous, un groupe de magnifiques châtaigniers dessinait une vaste salle de verdure; l'orphéoniste, courant toujours en avant, s'y état, déjà installé. C'était un abri; la commission du Dictionnaire s'y assembla.

Je fournis mon album et mon crayon pour les notes; La Fléchelle, soupçonné de quelque teinture des langues du Nord , nommé secrétaire, secrétaire perpétuel, fut le Villemain de notre académie improvisée. Sous forme de discours d'ouverture, quand nous eûmes pris place, il nous adressa ces mots, du meilleur augure , qui nous étonnèrent et nous charmèrent tout d'abord :

a Meine Herren ,

« Guten Morgen ; wie befinden Sie sich ? Ich befînde mich wohl , Gott sei Dank. Haben Sie die zeitung nicht gelesen ? ich bin es zufrieden ; wie viel Uhr ist es ? 3>

La traduction qu'il nous en donna immédiatement refroidit quelque peu notre enthousiasme.

« Messieurs , '

« Bonjour, comment vous portez-vous? Je me porte bien , Dieu merci ; avez-vous lu le journal? Je le veux bien ; quelle heure est-il ? »

C'est tout ce qu'il avait retenu de ses dialogues allemands.

Ceci me rappela que, à Garlsruhe, j'avais été tenté défaire emplette d'un petit livre du même genre. Je l'ouvris au hasard; j'y lus ces deux phrases signiflcatives :

<< Madame la comtesse est sur le lac avec son frère le chevalier; voulez-vous prendre une yole et aller la rejoindre? — Pourquoi n'avez-vous pas mis votre habit écarlate ? »

N'ayant ni un habit écarlate à mettre , ni une yole à prendre, ni une comtesse à rejoindre, je fermai le petit livre aux dialogues et ne songeai plus à l'acheter.

Néanmoins, si on ne vota pas l'impression du discours d'ouverture de La Fléchelle, il nous fit espérer que notre secrétaire perpétuel était capable de coopérer utilement à l'œuvre.

A tour de rôle, chacun apporta son offrande.

Pour ma part, malgré mes quelques études commencées dans une voiture de louage, je ne pus fournir que les mots : tvifyl? combien? — Schloss, château; — ait, vieux; — Gasthaus , hôtel; — Hirsch, cerf; — Ebernstein, sanglier de pierre ; — 5at7î, ruisseau; — Berg , montagne. J'y ajoutai Trinkgeld, pourboire, que j'avais appris du garçon de bains de la Closerie des Lilas, et cette locution que j'avais vue inscrite sur un grand nombre de cours et de jardins : verbotener Eingang , entrée défendue. Mais franchement, avec des sangliers de pierre et des entrées défendues, nous ne pouvions guère espérer nous renseigner sur la route à suivre, ou voir s'ouvrir les portes devant nous.

Il en fut à peu près de même d'Athanase et des deux indigènes d'Épernay.

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