‹ Le chemin des écoliersChapitre 153 sur 245 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

le Débonnaire, et hantée, dit-on, par le diable depuis les aventures d'une certaine Léonore de Luzelstein, nous entendîmes les sons d'un piano.

Près de là, une autre tour, à moitié écroulée, montrait ses fenêtres garnies de vitres non plombées; derrière ses vitres, pendaient de petits rideaux blancs; une cage de serins était accrochée au balcon gothique.

Signes de vie , très-bien , mais , je le déclare , serins, piano et choucroute déparaient un peu pour moi le vieux géant mutilé , couché au milieu de ses débris.

Dans la tour de la Bibliothèque (car tout procède par tours et tourelles dans cet antique manoir des Palatins) on trouve peu de livres, mais on y voit un personnel complet, un mobilier considérable, un musée composé des objets se rattachant aux souvenirs de l'ancien château. Ce sont des trophées d'armes , des porcelaines , des tableaux , des gravures , des médailles romaines, des boulets et des éclats d'obus.

Antoine s'arrêta devant les médailles, moi devant les tableaux. Cn d'eux surtout attira mon attention. C'est le portrait du célèbre Salomon de Caus, auquel aujourd'hui on s'obstine à attribuer l'invention de la vapeur, et que Richelieu, dit-on, étouda avec son secret au fond d'un cachot.

J'ai vu son nom sur une locomotive et sur une liste des bienfaiteurs de l'humanité; on lui a voté une statue, sans savoir où on la placerait, ignorant le lieu de sa naissance.

Or, Salomon de Caus, ou plutôt de Caux, car il était Normand, remplissait à Heidelberg, sous l'élec-

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teur Maximilien de Bavière, les fonctions d'ingénieur et d'architecte, avec le titre de directeur des jardins et bâtiments; il n'a jamais rien inventé, et termina tranquillement ses jours dans son pays natal, où il était allé jouir des bienfaits de Maximilien.

Pour cette nouvelle trouvaille historique, Junius ne viendra pas me contredire, j." Tespère; c'est de lui que je la tiens.

A Heidelberg, il nous restait à voir le gros tonneau, aussi extraordinaire dans son genre que le château lui-même.

Sous la conduite de notre jeune diplomate, nous nous dirigeons vers un angle formé par les palais de Frédéric IV et de Frédéric V, et nous descendons dans la cave électorale.

Au lieu d'un, nous trouvons trois tonneaux.

Comparé à une de nos grosses futailles, le moindre des trois paraîtrait énorme; placé près de ses frères, il semble n'être plus qu'un petit baril d'anchois ou d'huîtres marinées. Une image de la Vierge, sculptée sur son bondon, le décore. La dame officielle, notre guide dans la visite aux caves, nous en expliqua la raison; mais, préoccupé alors d'Olhon-Henri, de Louis XIV, de Turenne et de Salomon de Caux, je n'y compris rien.

Le maître tonneau d'Heidelberg reste en grand honneur dans toute rAllemagne vineuse; le buveur, à sa première rasade du matin, s'oriente vers lui comme le musulman vers la Mecque, le Parsi vers le soleil.

Pour l'acquit de leur dîme, les vignerons du Palatinat devaient le remplir chaque année; mais il subit nécessairement le sort du château ; l'un fut pillé,

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