‹ Le chemin des écoliersChapitre 152 sur 245 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

leur servirent de cible, comme au tir de l'arquebuse. Au cri d'indignation poussé par la France, répondit bientôt le cri d'agonisant du Palatinat.Turenne venait de le traverser comme une trombe, détruisant sur sa route cinq villes et vingt- cinq villages. C'était le devoir de la politique, c'était un droit : il fallait frapper un coup de terreur !

— Sapristi ! Il ne fallait pas frapper si fort, » grommela Antoine, en dégustant une seconde cigarette ; et il ajouta: « Il parle bien, mon cousin Junius! un peu comme nos orateurs de la Chambre; c'est égal, ce qu'il dit n'est pas dépourvu de sens.

— Mais, le château, m'écriai-je, Turenne l'eût respecté s'il n'avait reçu les ordres positifs....

— Permettez, permettez î répéta Junius en se frisant la moustache ; nous faisons ici confusion, cher monsieur Canaple ; la destruction de la forteresse d'Heidelberg ne fut accomplie que quinze ans après la mort de Turenne, dans l'hiver de 1689, si j'ai bonne mémoire.

— Turenne ou un autre, qu'importe'/ répliquai-je assez vivement ; il n'en est pas moins vrai que le palais d'Othon-Henri, l'œuvre de Michel-Ange, cette merveille des arts , a été sacrifié au palais de Versailles !

— Pardon, pardon encore, cher monsieur, poursuivit le blond diplomate avec son même ton railleur. Le général comte de Mélac, fort peu connu en France aujourd'hui, trop connu en Allemagne, car il a dépassé Turenne dans ses dévastations, s'est contenté cependant de démanteler Heidelberg; quant au palais d'Othon-Henri. il l'a lai>-sé à peu près intact, si bien que, plus tard, les électeurs Jean-Guillaume,

Charles-Philippe, Charles-Théodore, purent, tour à tour, y fixer leur résidence. Ce ne fut qu'en 1764, par conséquent à une époque où le roi Louis XIV habitait depuis près d'un demi-siècle la basilique de Saint-Denis, et non plus son château de Versailles, qu'un orage furieux s'abattit sur le corps principal du palais d'Othon et l'incendia, ne laissant que cette magnifique façade, que nous venons d'admirer ensemble. Votre hypothèse touchant le château de Versailles et celui d'Heidelberg était fort ingénieuse sans doute; mais, vous le voyez, elle ne tient pas contre les dates, qui sont des faits.

— Augustin! Augustin! murmura sourdement Antoine, en tournant vers moi ses yeux chargés de sombres éclairs, qu'es-tu donc venu nous conter? Des rèvesï encore des rêves! Mais, poëte que tu es , tu as failli compromettre la Numismatique, sais-tu?»

Revenant à sa thèse, Junius essaya ensuite de nous prouver que, malgré Turenne, Mélac et de Lorges, tout n'était pas mort dans le vieil Heidelberg, qu'une pulsation de vie s'y faisait sentir encore dans quelques-unes de ses artères; il nous parla de ses jardins, toujours bien entretenus, et fréquentés par les promeneurs de la ville; de sa population, non seulement composée de chouettes et de couleuvres , mais aussi d'un assez bon nombre de locataires bourgeois, outre les personnes des deux sexes attachées à Félablissement.

Gomme il parlait, le long d'une galerie en ogive, une servante passa portant un plat de choucroute, signe de vie irrécusable.

A la tour de Ruprecht, qui date du temps de Louis

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