‹ Le chemin des écoliersChapitre 158 sur 245 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

curieux de violer les secrets de l'État, je soulevai d'une main discrète le premier feuillet; le nom de Fritz Hoël-Jagœrn frappa mon regard. Le doute ne m'était plus permis.

Le début m'apprit que c'était bien à Frédéric le Victorieux que j'avais affaire; mais plus j'avançais dans ce grimoire plus je n'entrevoyais qu'une biographie sèche, aride ; du repas sans pain, il n'en était point question; la légende semblait complètement absente de cet insipide récit oi^i les germanismes et les barbarismes gallicans se heurtaient Tun contre l'autre aussi bien que les armées belligérantes, où rien ne s'adressait à l'imagination. Découragé, j'allais jeter là le manuscrit, que je ne consultais plus que du pouce, lorsque, comme un point lumineux, le nom de Claire de Têttingen se détacha d'une des pages et m' apparut!

Je tenais rna légende.

La propriété littéraire jouissant aujourd'hui, dans leur plénitude, de ses droits internationaux, je me vois contraint, à ma profonde humiliation, de reconnaître ici pour mon collaborateur M. Fritz Hoël-Jagœrn, cet affreux gamin enragé que l'on sait.

Si des erreurs de faits ou de chronologie déparent ce récit, c'est à lui, à lui seul, qu'on devra les attribuer.

Claire de Tettingen.

Un jour, du côté d'Heidelberg, dans cette partie de la forêt Noire qui, alors, descendait jusqu'au Necker, des valets de vénerie, après avoir exercé leurs chiens, leur distribuaient la pitance. Un de ces chiens, braque énorme, au ràble épais, aux crocs acérés, s'était écarté des autres pour n'être point troublé dans son repas, ou pour l'enfouir dans quelque terrier.

Les valets l'entendirent bientôt pousser des aboiements furieux; courant au bruit, ils. le trouvèrent aux prises avec une jeune lille qui , quoique mordue et déjà tout ensanglantée, lui disputait obstinément sa miche de pain noir.

Depuis plusieurs jours, la malheureuse enfant n'avait eu d'autre refuge que les roches buissonneuses de la forêt, d'autre nourriture que des fruits sauvages ; ses vêtements, maculés de fange, tombaient en lambeaux. Les valets la conduisirent devant le maître chasseur, qui arrivait en ce moment, suivi d'une escorte.

« Qui es-tu? lui dit celui-ci.

— Je me nomme Claire; mon pays est la Souabe; j'habitais notre métairie de Tettingen avec ma mère, lorsque, tour à tour, les bandes armées de l'évêque de Metz, du duc des Deux-Ponts et les archers de Lutzelstein vinrent s'y établir. Ils ont tout brûlé, tout saccagé. Un fidèle serviteur nous restait; ils l'ont

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