‹ Le chemin des écoliersChapitre 18 sur 245 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Strasbourg. — Courses à travers la ville. — Kléber et le maréchal de Saxe. — Conversation entre le nez rouge et l'habit bleu barbeau. — Leçon de haute géographie. — Comment ce sont les Américains qui ont découvert l'Europe. — Question turque , question indienne, question chinoise. — Quatre hommes pour le service d'une pipe. — Encore Brascassin!

Je n'ai jamais su me fâcher d'une plaisanterie. Celle-ci cependant me parut dépasser les bornes. Athanase lui-même le comprenait; la nuit, sans doute, lui avait porté conseil , et ce fut d'un air embarrassé qu'il m'aborda au débarcadère.

a Vous avez voulu me souhaiter ma fête, me dit-il en essayant de donner à son allocution une forme légère, qui contrastait avec le ton ému de sa voix; nous voici au 1" mai; la Saint-Athanase est venue, et nous la fêterons ensemble, joyeusement, à V hôtel Weber, face à face avec la chute du Rhin. Vous êtes des nôtres, n'est-il pas vrai, cher parrain? »

Cette date du 1" mai me rappelait suffisamment que ce jour même , mon excellent Antoine Minorel devait me rejoindre à Marly-le-Roi.... et j'étais à Strasbourg !

Je dus répondre, et je répondis par un refus formel. En vain x\thanase insista, en vain il me déclara que toute sa vie il se reprocherait de rn'avoir amené indûment à Strasbourg, si je ne devais pas l'accompagner à Scliaffouse, je demeurai inébranlable. Le

pauvre garçon me fit vraiment de la peine , tant il avait l'air contrit.

Je le consolai de mon mieux , et nous nous séparâmes. Accompagné de ses amis , il alla prendre le chemin de fer de Bâle; moi, je restai avec l'ingénieur, que ses devoirs militaires retenaient momentanément dans la capitale de l'Alsace. A son tour, ce dernier me quitta; nous devions nous rejoindre bientôt.

Il était sept heures du matin. Le premier convoi, express, était déjà en route; le second, un convoi omnibus, trajet non direct, ne devait partir qu'à midi quarante-cinq minutes. J'avais cinq heures quarantecinq minutes à mon entière disposition. Tout en maugréant, il me fallut bien essayer de les mettre à profit.

Strasbourg est une belle et noble ville, une ville généreuse, guerrière, artistique, commerçante, une de ces villes rares qui ont conservé leur physionomie spéciale; elle est par-dessus tout la ville de France où l'on parle le plus allemand.

Je visitai la cathédrale , le palais impérial , le théâtre, l'église Saint-Thomas, la place Rléber, quelques marchés, une brasserie. Dans la cathédrale j'admirai la fameuse horloge astronomique; si j'avais voulu rester là jusqu'à midi, j'aurais vu défiler la procession des apôtres et entendu le coq chanter; sur le théâtre, de forme grecque, je vis six muses dépareillées; à Saint-Thomas, le mausolée du maréchal de Saxe; sur la place Kléber, le vainqueur d'Héliopolis, qui , en sa qualité d'ancien architecte, de l'air un peu matamore qui lui était habituel , semble fulminer contre le peu de symétrie et d'élégance de l'endroit. Dans les marchés , je vis des campagnards avec gilet rouge, culotte courte, petit tablier blanc, et un tiers

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