‹ Le chemin des écoliersChapitre 181 sur 245 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

ter en Tair sa longue lance, l'implanter dans le sol d'une main vigoureuse, et adresser à ses soldats quelques mots dont ces derniers seuls parvinrent à son oreille.

« Franken-Furth! »

Cet homme de six pieds, c'était l'empereur Gharlemagne.

Tombé dans une embuscade de Witikind, cerné par la double armée des Saxons et des Danois, il rendait grâce à Dieu de sa délivrance inespérée, et prenait devant lui l'engagement d'établir là une forteresse qui porterait le nom de Franken-Furth, le gué des Francs.

Nul ne paraissait plus songer à la biche au pelage fauve, et sans elle, cependant, c'en était fait du grand empire carlovingien, et même de la religion chrétienne en Allemagne.

Je sais bien que l'histoire est pleine de biches qui frayent ainsi la route devant des armées conquérantes ou fugitives, demandez à M. Michelet; mais la biche de Franken-Furth est une biche aulhentiquement historique.

Autour de la lance de Charlemagne s'était élevée Ift forteresse du Franken-Furth; autour de la forteresse, et sous sa protection, les maisons et les cabanes vinrent se grouper; plus tard, autour des maisons et des cabanes, des fortilications se dressèrent.

Ainsi naquit Francfort, le gué des Francs. Cette ville, née française, comme bien d'autres villes en deçà et au delà du Rhin, eut une croissance tellement rapide, que notre jeune oiseleur-sabotier y demeurait

déjà avec sa femme dès leur second enfant. On le nommait Hans du Sansonnet, parce que devant sa porte se tenait dans sa cage un sansonnet très-intelligent, qui disait : Bonjour, monsieur (guten morgen, mein herr), à tous les passants, hommes ou femmes. A son neuvième enfant, Hans était un des notables de l'endroit. Alors, les sabotiers jouaient un rôle à Francfort, où tout le monde portait des sabots. Aujourd'iiui, lés banquiers et les libraires y ont le pas sur les sabotiers.

Francfort est une république non démocratique, une république sid generis, et Lycurgue y serait le trèsmal venu. Le peuple s'y divise en deux classes. Dans' la première sont les millionnaires; dans la seconde, ceux qui sont en train de le devenir. J'y ai parcouru la rue des Millionnaires, le boulevard des Millionnaires, promenade délicieuse, édifiée sur les ruines des anciennes fortifications de la ville. La Zeil est la rue où s'étalent les boutiques les plus splendides, les plus riches de Francfort; si ce n'est pas la rue des Millionnaires, c'est du moins celle des millions.

Je lui préfère cependant la Judengasse, la rue des Juifs, sa voisine, une rue de millionnaires encore, mais où les millions se cachent sous des haillons, et d'un petit air piteux semblent demander l'aumône. Autrefois c'était une longue rue noire, étroite, tortueuse; l'air et la lumière y pénétraient à peine; les logis, bas et serrés, semblables à des alvéoles dans une ruche d'abeilles, se pressaient poltronnement comme pour se prêter une assistance mutuelle. Là régnait l'activité de cette forte race indomptée, invincible, endurcie au martyre, qu'une loi stupide, en lui interdisant la propriété du sol et de tous biens im-

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