QUATRIÈME PARTIE
temps; si elle ne possède pas le privilège exclusif de faire des millionnaires, quoique république, elle eut seule autrefois celui de faire des empereurs ; c'est à Francfort qu'ils étaient élus et couronnés, dans le vieux palais de Charlemagne, le Rœmer, aujourd'hui rhôtel de ville.
En toute hâte je me dirigeai de ce côté.
D un gothique modéré, entouré de diverses constructions historiques assez remarquables, le Rœmer, comme un paladin au milieu de ses écuyers et de ses pages, se présente avec un certain air de miajesté aux regards du visiteur.
En sa qualité d'hôtel de ville, je pensai que l'entrée en était facile à toute heure; je me trompais; la porte était fermée , comme celle de la maison de Gœthe, comme celle du bureau de la poste aux lettres.
Un individu en blouse et en casquette de toile , lequel, selon toute apparence , quoique Francfortois , n'était pas encore venu à bout d'amasser son million, se promenait sur la place, fumant sa pipe, le nez en l'air et les bras croisés derrière le dos. Pour dissimuler mon désappointement, j'examiinais les Ones sculptures d'une jolie fontaine placée près du Rœmer, quand il vint s'y laver les mains, ce qui témoignait de ses bonnes habitudes. Je lui demandai s'il y avait moyen, pour un étranger, de se faire ouvrir cette porte close. Il ne me répondit qu'en ôtant sa pipe de sa bouche et en l'y remettant aussitôt; après quoi, d'un pas délibéré, il alla tirer une mince chaînette de fer, que je voyais et dont j'appréciais l'usage tout aussi bien que lui. Un son de cloche se fit entendre, la porte s'ouvrit, mais devant cette porte l'homme à
la blouse se plaça et me tendit sa main encore mouillée. Dans cette main, je déposai, du bout des doigts, une petite pièce d'argent. Pouvais-je me montrer ingrat après le service signalé qu'il venait de me rendre?
Entré sous une voûte sombre, je m'arrête en entendant une voix me crier : « Qu'est-ce que foulezfous?
— Je voudrais visiter la salle des Empereurs.
— Bas encore ouferte. »
Alors la voix prend un corps, ce corps passe sa tête par une lucarne; cette tête était surmontée d'un bonnet de coton, autant que j'en pus juger à travers l'obscurité de la voûte :
« On ne déranche bas les tames de si pon matin, » reprend la voix.
Malgré le bonnet de coton, malgré l'ampleur et la sonorité de l'organe, convaincu que j'ai affaire à une femme :
«< Pardon, madame , lui dis-je, mais je suis étranger....
— Étrancher?
— Oui , madame , et devant bientôt reprendre le chemin de fer, le temps me presse.
— Alors, fous êtes bressé?
— Oui, madame. »
Je multipliais ainsi ce malencontreux qualificatif, quand au beau milieu de la figure placée sous le bonnet de coton, la vive lueur d une pipe resplendit, découvrant à mon regard une barbe touffue, d'épais sourcils et de longues moustaches.
C'était le concierge du Rœmer.
L'n instant après, il était près de moi; une toque