‹ Le chemin des écoliersChapitre 186 sur 245 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

à galons d'argent avait remplacé le bonnet de colon.

ce Ce n'être bas moi que che chuis la tame, > me dit-il.

Je commençais à m'en douter.

Il poursuivit : « La tame qui faire fuir le Kaisersaal n'être bas brête, mais meinherr être bressé.... »

Et d'une voix vibrante il appela Retha.

A ce nom, une petite fille, du type allemand le plus prononcé , ses longs cheveux blonds en désordre, et mordant à même dans une longue tartine de fromage à la pie, parut sortir soudainement de derrière un pilastre comme d'une boîte à surprise. Il la chargea du message auprès de la dame officielle, en ajoutant : « Tis lui que meinherr être étrancher, être bressé, et qu'il saura reconnaître.... »

Il n'acheva pas la phrase, mais j'avais compris.

Pendant que Retha s'acquittait de sa commission en continuant de mordre dans sa tartine, le concierge eut la complaisance de me faire parcourir quelques salles basses du rez-de-chaussée, destinées aux ventes publiques et parfaitement insignifiantes. Il me montra même, appendus à la muraille, le long d'un large escalier tournant, style Louis XIII,. quelques tableaux médiocres, sans cadre, de divers genres, de diverses manières, et qu'il m'affirma être tous du célèbre Albert Durer.

Albert Durer a un culte à Francfort; pas une salle d'hôtel qui ne soit décorée de son portrait, et même du portrait de la maison où il est né, à Nuremberg.

J'examinais ainsi les parois du grand' escalier, quand je vis Retlia, ou Gallierine, du premier étage.

me faisant signe de monter, tout en achevant sa tartine. Je pris aussitôt congé du concierge, en lui prouvant que je savais reconnaître....

Sur le palier du premier étage, je rejoignis la petite Ketha, en train alors de sauter à cloche-pied, en léchant ses doigts , sur lesquels le fromage à la pie avait laissé trace. Elle était seule, mais elle me fit comprendre par gestes que la dame officielle n'allait pas tarder à descendre. Elle eut de plus la complaisance de m'indiquer elle-même la porte du Kaisersaal, ou salle des Empereurs, placée justement devant nous, avec son titre inscrit en lettres majuscules et flamboyantes à vous crever les yeux. Après quoi elle essuya ses doigts à sa robe et prit tout à coup un petit air quémandeur. Avec elle aussi je sus reconnaître....

Mais de compte fait, c'était le troisième trinkgeldt que me coûtait le Rœmer, et je n'y avais rien vu autre chose que des tableaux d'Albert Durer, qui ne sont pas de lui.

J'entendis alors un frôlement d'étoffes venir à moi du haut de l'escalier. C'était la dame cicérone, encore en peignoir, en coiffe de nuit. J'étais vraiment confus d'avoir, en me levant de si bon matin, jeté ainsi le désordre dans ce vieux palais des rois francs. Enfin, la porte du Kaisersaal s'ouvrit.

Chose étrange qui , ainsi que bien d'autres , tendrait à faire du hasard l'agent de la fatalité, l'architecte constructeur du Kaisersaal, pour la régularité de son œuvre, avait tracé, à partir de la votàte, trente-deux nervures symétriques, aboutissant par le bas à trente-deux encadrements , dont chacun devait renfermer le portrait en pied d'un empereur

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