QUATRIÈME PARTIE
joyeux et vraiment enchanté de ma visite au vieux cimetière.
Avec Mme de X...., toujours sous sa direction, je visitai le musée Bethmann, le musée Staedel, la cathédrale, la Bourse et le pont du Mein.
Au pont du Mein, nous eûmes la représentation d unCharlemagne en grès rouge, haut de douze pieds, et Mme de X.... rit beaucoup de ses mollets monstrueux. A la cathédrale, ce qui attira spécialement son attention, ce fut une boiserie ouvragée de la fin du treizième siècle, qu'elle déclara charmante, et que je trouvai affreuse ; à la Bourse, cinq grandes dames de pierre figurent l'Europe, l'Asie, l'Afrique, l'Amérique, l'Australie; en cinq minutes nous eûmes visité les cinq parties du monde : au nmsée Stcedel, un buste d'Albert Durer et la reproduction en plâtre des portes du baptistère de Florence, attirèrent surtout son attention.
Je m'étais arrêté devant une statue de Gœthe, non en bronze cette fois et une couronne à la main, mais en plâtre, et les bras croisés derrière le dos, à la Xapoléon. C'est une copie en diminutif de celle de Weimar. Mme de X.... l'examina un instant, trouva la face puissante : « Mais, dit-elle, on n'accusera pas celui-là d'être costumé à l'antique ; on jurerait qu'il vient de se faire habiller dans une maison de confection. D
Évidemment; ma belle compagne, qu'à bon droit je soupçonnais déjà d'être artiste, devait s'occuper de sculpture. Gomme mon musicien de la veille, comme moi-même, relativement à Gœthe, elle ne trouvait digne d'attention dans une ville que ce qui lui parlait de son art favori. Voilà pourquoi, selon elle, je
n'avais encore rien vu à Francfort. Si j'avais pu conserver un doute sur la noble profession embrassée par Mme de X...., la conviction m'en serait venue au musée Bethmann.
Là se trouve la fameuse Ariane de Danecker, sorte devenus marmoréenne étendue, les jambes croisées, sur la panthère antique. La belle Ariane, abandonnée par Thésée, puis consolée par Bacchus, présente un sens symbolique facile à pénétrer. Tout porte à croire que cette auguste princesse, à la suite d'un désespoir d'amour, s'était jetée dans l'ivrognerie, et cette supposition ne la poétise guère, il faut en convenir.
Danecker, en artiste habile, s'est bien gardé de trop rappeler le symbole. Il a évité de même une grande difficulté par la pose horizontale de son sujet. Debout, si elle se fût tenue sur une ligne correctement verticale, elle n'appartenait plus à Bacchus, c'était une nymphe; appuyée sur un thyrse etVÉvohé aux lèvres, c'était une bacchante. Il n'a emprunté au divin Dionysius que sa panthère; cela suffisait. Du reste, Ariane n'est ici qu'une jolie veuve, nouvellement remariée et s'abandonnant tout entière au charme des" secondes amours. S'il y a de l'ivresse dans sa physionomie et dans son attitude, il est permis du moins de l'attribuer à une autre cause qu'au jus de la grappe.
Tel fiit le premier jugement que ma charmante compagne porta sur l'œuvre de Danecker. Ce jugement, sachant à qui j'avais affaire, je l'attendais avec impatience, afin d'y conformer le mien. Je laissai alors éclater mon admiration.
CTrAce à un mécanisme ingénieux et à ceFtains moyens d'optique, peu en usage dans nos musées.