‹ Le chemin des écoliersChapitre 195 sur 245 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

aux quatre points cardinaux de leur personne, voilà de quoi se composent ces coitïures qui, certes, ne présentent d'extraordinaire que leur simplicité même. Cette simplicité , contrastant avec le luxe de toutes ces tombes archiépiscopales, me rappela une petite historiette assez curieuse, contée devant moi, une heure auparavant, à la table d'hôte.

Vers 1780, un archevêque de Mayence, usant de son droit de souveraineté pour prévenir l'invasion des mauvaises mœurs, avait décrété que tout séducteur serait légalement forcé d'épouser sa victime. Quoi de plus sage, quoi de plus juste qu'une pareille loi ? Notre bon archevêque cependant en prévoyait peu les conséquences.

Un mois plus tard, invoquant l'arrêt précité, une servante d'auberge devenait la femme légitime d'un galant magistrat, lequel l'avait fait tomber en faute.

Peut-être n'avail-il pas encore eu le temps de bien étudier la loi nouvelle.

A partir de ce moment, toutes les filles de Mayence, les filles sans dot, les filles majeures et montant en graine, les filles déjà compromises, les laiderons, les petites ouvrières ambitieuses, se mirent sous les armes. Le luxe envahit toute la population féminine de la cité; pas une bourgeois de troisième ordre, pas une servante qui ne portât dentelles et broderies, avec fleurs, paillon, velours, broches et flèches d'or ou d'argent sur leur chignon. Une chasse générale était organisée contre les fils de famille, contre tout possesseur d'une rente, d'une boutique, d'une maison, ou même d'un mince emploi passablement rétribué. Plusieurs honnêtes citoyens donnèrent dans le piège ; les demoiselles à marier couraient les yeux fermés

au-devant d'une défaite que la législation transformait en victoire. La panique prit aux hommes. Par un revirement bizarre, la pudeur, le sentiment de la résistance, passèrent du camp des tilles dans celui des garçons. Parmi ceux-ci quelques-uns s'imaginèrent de diriger leurs batteries du côté des femmes mariées; de là bruit et scandales publics.

0 philanthropes irréfléchis, songez à ce bon archevêque de Mayence !

Monseigneur, reconnaissant combien cette loi, si équitable, si morale en apparence, entraînait de désordres à sa suite, la supprima, laissant aux filles le soin de se défendre elles-mêmes. Il la remplaça par un édit somptuaire, interdisant, excepté aux grandes dames et aux bonnes bourgeoises, les excès de toilette.

C'est depuis cet édit somptuaire que les femmes du peuple à Mayence portent sur la tête ces mouchoirs flottants, devenus de mode aujourd'hui.

J'avais inspecté tout ce que la ville renferme de curieux, à l'exception de la forteresse et de la poudrière ; mais comme la poudrière avait fait sauter la forteresse, je crus devoir me dispenser de cette double visite. D'ailleurs, tous ces engins de guerre, les parcs d'artillerie, les arsenaux, même la vue des casernes, des prisons et des hôpitaux militaires, ne me charment que médiocrement.

Pliant déjà sous le poids de mes courses opérées dans la matinée à Francfort, je rentrai à l'hôtel; dans la rue du Rhin, sur le mur même formant rempart, une inscription en lettres romaines, en style lapidaire, me sauta aux yeux. Je n'aurais pas été lâché d'égayer la relation de mon voyage par un peu d'archéologie; je la recueillis donc précieusement, projetant de consul-

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