‹ Le chemin des écoliersChapitre 226 sur 245 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

Voilà ce qui m'a été affirmé à Cologne même, par un indigène du lieu, qui regrettait fort de ne point se nommer Farina, autant que j'en ai pu juger à sa mine piteuse et à son habit percé au coude.

J'ai eu l'honneur de voir plusieurs membres de cette glorieuse famille des Farina; ils n'ont ostensiblement rien qui les dislingue des autres hommes.

Quant à la cathédrale, il faudrait plus de temps pour la décrire qu'il n'en a fallu pour la construire, et elle date du treizième siècle, quoique inachevée encore.

Me trouvant à Cologne , je ne pouvais manquer de m'apitoyer sur le sort de l'infortunée Marie de Médicis, veuve de Henri IV, mère de Louis XIII, qui y est morte de misère clans un galetas, ainsi que me l'ont répété tous mes historiens classiques.

Antoine n'aimait point Marie de Médicis; sur ses médailles, il lui trouvait la lèvre pincée et l'air faux; d'ailleurs il prétendait avoir sur elle les plus fâcheux renseignements. Il lui refusait même, comme expiation de ses fautes, sa fin malheureuse.

Selon lui, le galetas de Marie de Médicis était une figure de rhétorique, un mythe impossible, un de ces canards comme il en barbote tout le long des rivages de la grande histoire. Moi , je tenais à mon galetas ; il m'avait été affirmé par tous mes professeurs, solidement appuyés eux-mêmes par nos annalistes les plus recommandables, Anquetil, le président Hénault, gens dignes de foi.

Comme son cousin Junius, Antoine aurait eu honte de reculer d'une semelle dans la discussion. En dépit de ces graves témoignages, il tenait bon, s'obstinant à nier le galetas.

Mais nous étions à Cologne sur le lieu même de la scène.

Nous nous dirigeâmes tous deux vers la maison Jabach, où Marie de Médicis avait fini ses jours. J'y entrai seul , Antoine s'étant arrêté en route devant une boutique de bric-à-brac , décorée sur sa devanture d'une sébile pleine de vieux sous.

Dansla maison Jabach, j'essayai d'abord derecueillir quelques renseignements du concierge; il était absent; je m'adressai au rez-de-chaussée, occupé par un marchand de tabatières; j'y vis des tabatières en bois, en carton, en métal, en cuir, en corne, et même en fécule de pomme de terrer mais je n'y vis pas le marchand. Cependant je tenais à trouver mon galetas. Vainement je frappai à toutes les portes, je n'en pus faire sortir que des cuisinières blondes qui m'écoutaientd'un air effaré, ouvraient la bouche et restaient muettes.

Découragé, je regagnai la rue. La première personne que j'y vis , ce fut Antoine ; il m'appelait à lui et paraissait en extase devant la façade de la maison Jabach. « J'avais donc raison, mille fois raison, me dit-il; tiens, lis, voici mes preuves; elles me suffisent. •> Et il m'indiqua du doigt l'un des pilastres latéraux de la porte cochère.

J'y lus ces mots, inscrits en français : « En cette maison, le 29 juin 1597, est né Pierre-Paul Rubens, le septième enfant de son père. Il est mort à Anvers le 30 mai 1640. -

Cette première preuve me semblait peu convaincante ; je passai à l'autre inscription :

« Dans cette même maison, en 1642, est morte Marie de Médicis, en cette même chambre où était né Pierre- Paul Rubens. »

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