‹ Le chemin des écoliersChapitre 230 sur 245 · CINQUIEME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIEME PARTIE

reste de sommeil, j'hésitais à répondre à l'appel des mains qui se tendaient à la rencontre de la mienne.

Je regardai Antoine, il était radieux : il paraissait enchanté de lui-même, et, chose incroyable! il pariit d'un grand éclat de rire; après quoi, se penchant mystérieusement vers Brascassin , il lui murmura quelques mots à l'oreille, comme un conspirateur qui rend ses comptes à son chef.

A Heidelberg, entré en relation avec Brascassin, grâce à l'affaire Yan Reben, mon grave ami, comme les autres, comme Thérèse, comme Mme de X=.,, comme moi-même, subissait son influence fascinatrice. Il avait répondu de mon consentement à Tinvitation matrimoniale, et, me trouvant rétif, pour parer à toute objection de ma part, il avait trouvé bon de me mener à la noce à mon insu et presque malgré moi.

Tu quoque? lui dis-je; et remis enfin de mes étonnements, de mes stupéfactions, je rendis à mes cidevant compagnons de voyage les poignées de main que je venais de recevoir d'eux.

Bruxelles. — Je reçois une visite. — Ëtonnements successifs et réciproques. — Lhydre à cinq têtes. — Explication, éclaircissements. — Je suis présenté à Mme veuve Van Reben.

Le lendemain, à huit heures du matin, je me réveillais dans une chambre de Vhotel de Suède, retenue exprès pour moi par Brascassin. Antoine était déjà en

course. Mon vieux Jean prenait son café au lait avec les domestiques de la maison. Je me levai, je fis ma barbe; tout en me rasant, je songeais avec amertume à cette complication d'incidents qui me forçait d'assister au mariage de Mme de X.... avec un autre 1...

Plus que jamais j'étais convaincu que cette femmelà eût fait le bonheur de ma vie.

De l'air le plus mystérieux, marchant à pas de loup, Jean entra dans ma chambre :

« Monsieur est-il visible? me dit-il à voix basse.

— Pourquoi? lui demandai-je, tout en continuant de me raser.

— C'est qu'il y a là un homme qui sachant monsieur arrivé ici d'hier au soir, veut absolument lui parler.

— Le connais-tu?

— Parfaitement! mais je ne sais pas son nom; n'importe! c'est bien lui! monsieur sait, une espèce de mendiant, avec une voiture, et une belle femme qui boitait un peu de la main droite, ou de la main gauche. Dieu! qu'il est changé! il a l'air d'un prince aujourd'hui ! Est-ce que monsieur ne sait pas qui je veux dire ? Il logeait autrefois dans les environs, de Belleville ; même que monsieur a fait avec lui un commerce de volailles....

— Le père Ferrière! » m'écriai-je.

A l'appel de sonmom, Ferrière (car c'était bien lui) parut sur le seuil de la porte. Il portait en effet un costume splendide et tout à fait de cérémonie, quoiqu'il fût bien matin encore; habit et pantalon noirs, chapeau de soie, souliers vernis; les gants seuls faisaient défaut.

Encore barbouillé de savon, j'allai au-devant de lui.

« Vous, à Bruxelles!... par quel hasard?

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