‹ Le chemin des écoliersChapitre 231 sur 245 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

— Comment, par quel hasard? dit-il en s'immobilisant dans un geste de surprise ; mais puisque c'est demain que je marie ma tille, et que nous comptons bien que vous nous ferez l'honneur d'être à la mairie, à l'église, et au dîner, s'il vous plaît 1

— Vous mariez votre fille, mon cher Ferrière ! » repris-je avec un nouveau point d'exclamation. Et revenant à mes premières suppositions d'un mystère d'amour entre Thérèse et le Yankee Van Reben : «. J'éprouve une vive satisfaction de cette bonne nouvelle, ajoutai-je.

— Quoi! une bonne nouvelle! quoi! par hasard! répéta le bonhomme, dont l'étonnement semblait s'accroître de mes étonnements successifs ; vous ne le saviez donc pas?

— Pas le premier mot! je n'en suis pas moins charmé, croyez-le, de voir l'affaire en question aboutir à un dénoûment par-devant notaire. Quant à votre invitation pour la. noce, vous vous y prenez un peu tard, mon brave, car demain, justement demain, 29 mai, je dois forcément figurer, comme témoin, au mariage d'un de mes amis, M. Brascassin.

— Ah! la farce est bonne! dit Ferrière, partant d'un éclat de rire, et me frappant familièrement sur l'épaule, ce qui ne laissa pas que de faire froncer le sourcil à mon vieux Jean. Eh bien, vrai, j'y ai été pris, poursuivit mon ex-bohémien; vous vouliez me faire peur et badiner un peu, il n'y a pas de mal; touchez là, ajouta-t-ilen me tendant la main, vous serez à la noce de ma fille si vous allez à celle de M. Brascassin, puisqu'ils s'épousent tous deux.

— Pas possible! » m'écriai-je en faisant un pas en arrière.

Ce fut au tour de Ferrière de froncer le sourcil : « Pourquoi, pas possible? » Puis il courba la tête et secoua le front, comme sous le poids d'une pensée pénible. « Ah! oui, voilà! reprit-il. les yeux toujours fixés au parquet, vous aussi, vous soupçonniez de mal ma pauvre Thérèse, à cause de l'Américain?...

— Plutôt une appréhension qu'un soupçon, lui dis-je.

— Mais la tante le connaît aujourd'hui, votre Van Reben....

— Quelle tante?

— Pardine! la marraine. Il a tout avoué, jusqu'à signer un papier de sa propre main.... Tenez, le jour même où vous deviez vous battre avec lui....

— Pardon, mon cher Ferrière, dis-je en l'interrompant; mais, voyons, entendons-nous bien. Pour ce mariage, n'avait -il pas d'abord été question de Mme de X...?

— Il le fallait, puisqu'elle est la mère de l'enfant.

— Mme de X.... a un enfant? m'écriai-je.

— Elle en a quatre ; mais elle n'en est pas moins accourue tout de suite ici avec ses preuves. Mme Van Reben a bien été obligée de se rendre.

— Quoi! Mme Van Reben?... L'Américain est donc marié?...

— Ehl non, c'est la marraine.

— Quelle marraine?

— Pardine, la tante, vous comprenez? «

Je ne comprenais rien du tout, mais j'avais besoin de comprendre. Des propos incohérents de Ferrière, une seule chose ressortait pour moi, claire, évidente; c'est que depuis un mois je piétinais au milieu d'une histoire mystérieuse; j'avais cru la pouvoir démêler

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