CINQUIÈME PARTIE
Jean m'avait de nouveau rendu son estime. Donc, il avait écouté à la porte.
La place du Théâtre touche presque à l'hôtel de Suède ; nous y trouvâmes Thérèse en compagnie de Brascassin et d'Antoine. Mon farouche ami Antoine Minorel présentait alors un spectacle auquel, certes, il ne m'avait jamais fait assister à Paris. Il avait des souliers vernis, comme le père Ferrière, et des gants paille, comme son cousin Junius. Il est curieux d'observer combien l'influence d'une noce agit sur les êtres les plus sauvages.
Thérèse m'accueillit avec les plus vives démonstrations de joie. Sa toilette était charmante, et, elle, plus charmante mille fois que sa toilette; le bonheur lui allait à ravir; il lui fleurissait les joues, il lui brillantait les yeux, il donnait à sa physionomie, ainsi qu'à tous ses mouvements, une grdce incomparable.... Heureux Brascassin !
Nous la reconduisîmes chez sa marraine, à laquelle Brascassin me présenta comme un ancien ami de la famille Ferrière : « Ma chère filleule m'a souvent parlé de vous, monsieur, me dit Mme veuve Van Reben; ah! je vous connais bien! moins cependant par votre nom que par voire surnom; vous êtes l'homme aux poules, n'est-ce pas ? ^>
Je ne sais quelle réponse je lui fis, mais ce qu'il lui plaisait d'appeler mon surnom m'était devenu insupportable. Elle m'invita à dîner, ainsi qu'Antoine, le contrat devant se signer le soir de ce même jour. Nous prîmes ensuite congé d'elle pour parcourir la ville ; mes fonctions de témoin ne me faisaient pas tout à fait oublier mes devoirs de voyageur.
Course rapide à travers la ville. — Jardin zoologique. — La science et la morale par souscription. — Société de la femme qui crache le plus loin . — Le Vomitor et le Mannekenpiss. — Du Xeri-Robler, de sa composition et de ses effets. — Signature du contrat. — Les deux barons. — Départ. — Conclusion.
Je ne dirai de Bruxelles que ce que j'y ai vu, et je le dirai rapidement. Qui ne connaît Bruxelles par cœur? D'ailleurs, je me sens dans la même disposition que ces braves chevaux de fiacre, qui, fatigués d'une longue course, reprennent tout à coup le galop en se rapprochant de l'écurie. A travers les riches monuments de Bruxelles, au milieu des flèches et des tours de ses églises, malgré moi, je ne cherche plus que le clocher de mon village.
C'est donc en courant que j'ai visité la célèbre cathédrale de Sainte-Gudule, et la merveilleuse place de l'Hôtel-de-Tille, et le monument élevé aux patriotes belges de 1830. Élevé n'est pas le mot propre, creusé conviendrait mieux, car au milieu de la place dite des Martyrs, d'une grande excavation en parallélogramme régulier sort l'effigie en marbre de la Patrie éplorée. La figure de cette statue ressemble beaucoup, selon moi, à celle de la soi-disant Vénus de Milo, ce qui me paraît devoir confirmer l'opinion de Mme de X.. . . Quel sculpteur voudrait ravaler la patrie à n'être simplement qu'une johe femme?
Parmi les constructions du Bruxelles moderne nous comprîmes aussi dans notre tournée d'inspection le