CINQUIEME PARTIE
Mais à quoi bon nous arrêter sur les inutiles détails de cette histoire ?
Enfin, au bout de deux ans, le Yankee, après avoir, tant bien que mal, réglé ses mauvaises aflaires, rentra en Europe pour prendre à jamais, seul et sans partage, possession de sa précieuse tante. A Strasbourg, il rencontra Brascassin lui barrant la route. x\lors eut lieu ce triple duel à l'épée, au pistolet, et aux dominos, qui plaça le Yan Reben dans cette fâcheuse alternative de faire la déclaration de son infamie et de la signer, ou de se brûler la cervelle.
Brascassin, jusqu'alors, n'avait pas adressé un mot d'amour à Thérèse ; il se savait aimé cependant ; sa ferme volonté était d'en faire sa femme; mais il ne voulait l'épouser qu'à Bruxelles même, après entière et complète réhabilitation.
Lorsqu'il se sentit près d'atteindre le but, il écrivit à Thérèse, lui faisant part tout à la fois et de son amour et de ses projets.
Ce fut cette lettre qui la mit en si grande joie lors de mon départ de Garlsruhe.
Le prétendu ravisseur de Thérèse, celui qui lui avait fait si brusquement abandonner la maison Lebel, n'était point un jeune homme, ainsi que l'avaient avancé à tort quelques-uns de messieurs les grammairiens, mais un vieux, comme l'avaient justement soutenu quelques autres. Ce vieux séducteur, c'était le père Ferrière, venant sans bruit enlever sa fille, pour la conduire auprès de sa marraine, dont la porte lui était rouverte à deux battants. A la suite de notre traversée de la forêt Noire, si Brascassin s'était arrêté à Wildbad (le Bain sauvage), c'est qu'à Wildbad
se trouvait Mme deX. .., dont la présence était indispensable au succès delà cause. Elle n'avait pas hésité à suivre celui-là qui s'était fait l'ange gardien de son enfant mort.
Voilà comment elle s'était mise en route pour un mariage et non pour se marier^ ainsi que je l'avais compris sottement ; voilà comment, au bout de mon télescope, j'avais pu l'entrevoir, se promenant dans les environs d'Heidelberg, où Brascassin devait séjourner; comment je la rencontrais ensuite avec lui à Schwetzingen, où il espérait lui trouver une compagne de voyage, qui lui avait fait défaut, et que j'avais remplacée.
Quant à Brascassin, s'il s'était vu impérieusement forcé d'abandonner sa charmante compagne à ma protection, pour retourner le même soir à Heidelberg, c'est que le terme fatal était arrivé où l'Américain devait se suicider ou signer sa honte. Il se décida à prendre ce dernier parti. Je soupçonne fort que si ce jour-là il m'avait obstinément cherché querelle au sujet de ma phrase de portefeuille, c'est qu'il me supposait peut-être assez habile bretteur pour lui épargner la corvée, toujours pénible, de se tuer soi-même. Il me connaissait bien peu !
Quand Ferrière eut fini de débrouiller son écheveau : « Thérèse doit m'attendre à présent sur la place du Théâtre; me dit-il; çavous va-t-il de la voir? Je vais la chercher. >>
Je m'opposai vivement à cette présentation peu convenable, et sortis aussitôt de la chambre avec lui pour courir au-devant de la future mariée. Sur l'escalier je rencontrai Jean. La façon toute gracieuse avec laquelle il nous salua, me dit suffisamment que