‹ Le chemin des écoliersChapitre 241 sur 245 · CINQUIEME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIEME PARTIE

receveur des contributions à Creil, et je n'espère même pas l'obtenir! >»

Antoine consola de son mieux le malheureux voyageur, puis, se tournant de mon côté : « Et toi, me dit-il, de quoi me parlais-tu? Quel voyage comptestu entreprendre?

— Celui de Fontainebleau, » lui répondis-je.

A Creil, nous laissons notre voyageur, et changeant de train nous nous dirigeons sur Pontoise. Là, quittant le chem.in de fer, nous prenons une voiture, nous traversons la forêt de Saint-Germain, alors toute riante sous sa parure de printemps. Dans la forêt, il y avait grand bruit, grande chasse aux panneaux; le son des cors, des fanfares, les hourras des rabatteurs, semblaient un joyeux accueil fait à mon retour. Mon cœur se dilatait sous mille impressions de bien-être. Je commençais à trouver que les taillis d'Herblay, les clairières des Loges, les coteaux de Louveciennes , pouvaient soutenir la comparaison avec toutes les magnificences de Bade et d'Heidelberg. Le château où naquit Louis XIV se dresse tout à coup devant moi. La ville franchie , nous descendons la chaussée, nous tournons, à droite, la route de la Bègue, nous côtoyons la villa de Monte-Cristo, naguère habitée par notre illustre romancier; j'entrevois les hauts peupliers servant de limites à mon petit domaine du côté des grandes terres. Vivat 1 hurra! huzzal Je sentais mes paupières se gonfler, j'allais céder à l'émotion, lorsque mon vieux Jean, non moins ému que moi, me dit :

a Si monsieur veut faire un vif plaisir à Madeleine, il ne lui parlera pas du nouveau voyage qu'il compte entreprendre.

— Sois tranquille, elle va être bien heureuse, car je ne lui en soufflerai pas un mot. »

Et de droite et de gauche, j'adressais des saluts et des sourires à mes bons voisins, qui, du seuil de leurs portes ou de leurs fenêtres, applaudissaient à mon arrivée. Je ne leur avais pas donné le temps de m'oublier, à ceux-là !

Au bruit de la voiture qui s'arrêtait devant la maison, Madeleine accourut, suffoquée et tout en larmes, ce qui ne lui permit pas de me gronder comme je le méritais; mon chien me dévorait de caresses; mon jardin se mettait de la partie en m'envoyant ses parfums. Tuez le veau gras, l'enfant prodigue est de retour !

Et c'est ainsi que j'accomplis mon voyage de Paris à Marly-le-Roi, en passant par Belleville, Noisy-le- Sec, Épernay, Strasbourg, Bade, la forêt Noire, Heidelberg, Francfort, les bords du Rhin, la Belgique, Amiens, Pontoise et Saint-Germain en Laye.

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