‹ Le chemin des écoliersChapitre 30 sur 245 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

sans bagages, suspect par conséquent. La police mise en éveil, c'est avec accompagnement de gendarmes que je me serais présenté à la Légation de France.... Fi d'un pareil cortège !

Heureusement, l'invention ne m'a jamais fait défaut.

En parcourant la ville pour mes emplettes, j'avais avisé le parc du château, avec ses épais massifs d'arbres et ses rares promeneurs. Je prends la route du parc. A la grille d'entrée, le soldat en sentinelle me fait signe d'arrêter. Va-t-il aussi me demander mon passe-port ? Non ; du doigt il frappe sur ma boîte de fer-blanc, mon unique valise. Pensant qu'il veut en connaître le contenu, je m'apprête à l'ouvrir. Il me répond par un branlement de tête négatif et un bon gros rire de brave homme. Il paraît que dans les États de Bade il est permis de rire sous les armes. Cependant, tout en riant, il continuait de frapper sur ma boîte. A ses yeux, ma boîte était un paquet, et dans le parc grand-ducal, pas plus que dans nos parcs impériaux, il n'est permis de passer avec bagage; je le compris. Qu'à cela ne tienne ! je me débarrasse de ma boîte, et par une pantomime expressive, je demande à ce gai militaire la permission de la déposer dans sa guérite ; je la reprendrai en sortant. Il ferme les yeux, fait une inclinaison de lète et sourit.... C'est un consentement! Je le remercie de la main. Mais au moment de déposer ma boîte de fer- blanc, je songe que ma chemise, mon faux-col, ma cravate y sont renfermés. Or, je ne voulais pénétrer dans le parc que pour y chercher un endroit solitaire où je pusse changer de linge sans blesser la pudeur publique. Par ma foi 1 je ne songeais guère alors à la prome-

nade; je songeais à la Légation de France, h mon passe-port à obtenir, à mon départ de Garlsruhe surtout, à mon ami Antoine Minorel, à ^Madeleine, ma cuisinière, et à mon vieux Jean, qui, tous trois, devaient commencer à s'inquiéter de mon retard. Je reprends brusquement ma boîte ; je vais m'éloigner . . . . Témoin joyeux de mes évolutions et contre-évolutions, la sentinelle riant encore, riant toujours, m'annonce, par un dernier geste, que ma boîte et moi nous pouvons passer.

Brave soldat ! au besoin, je témoignerais, main levée, de l'excellence de ton caractère comme de ton intelligence. Du premier coup d'œil, tu as deviné qu'un pur natif de Paris était devant toi, incapable d'articuler ou de comprendre un mot de ta langue caillouteuse; par la mimique tu as suppléé à la parole inutile ; par la science du physionomiste, tu as su reconnaître à qui tu avais affaire, et, sans ouvrir la bouche, tu t'es montré à la fois perspicace, charitable et de belle humeur. Puisses-tu bientôt devenir caporal, et même capitaine ! Si les soldats badois avaient, comme les nôtres, les grosses épaulettes dans leur havre-sac, je te souhaiterais le généralat. Certes, le grand-duché aurait alors en toi un des généraux les plus gais qu'il ait eus jamais.

Me voici donc dans le parc. J'épie un endroit favorable. Mon premier coup d'œil m'avait abusé. La journée avait été chaude; le soleil couchant conservait encore une partie de sa force; si les promeneurs ne m'étaient point apparus d'abord dans les allées découvertes, je les trouvais de tous côtés maintenant sous l'ombre des massifs.

Leur présence me gênait, je l'avout?. J'allais de ci

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