‹ Le chemin des écoliersChapitre 34 sur 245 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

îre; c'était une ressource. Néanmoins, je ne ressentais plus la moindre indulgence pour la plaisanterie d'Athanase, qui, à Épernay, m'avait subrepticement enwagonné pour Strasbourg, quand je pensais retourner à Paris.

YÎI

Notes de voyage. — Observations de mœurs. — Des serrures, du poêle et des miroirs obliques. — Perrette, la laitière. — Le vaudeville et la romance. — Un maçon badois. — Bain à domicile. — Table d'hôte académique. — Ma jolie hôtesse. — Suppositions insensées. — La chambre aux sonnettes. ,

Aujourd'liui , 2 mai, je me suis éveillé au chant des fauvettes et des pinsons, ce qui, en partie , a dissipé les brumes de mon cerveau. Mon premier soin a été d'écrire aux deux Minorel, à l'un à Marly-le-Roi , à l'autre à Heidelberg. A Minorel I", j'ai raconté, et, ma foi! fort gaiement, comment, depuis Épernay, j'avais joué le rôle du voyageur malgré lui. Pauvre humanité! nos désastres de la veille deviennent facilement pour nous, le lendemain, un sujet de plaisanterie. Je l'engageais à planter son pavillon chez moi, à m'y attendre, et je le confiais aux bons soins de Madeleine et de mon vieux Jean. A Minorel II , j'ai annoncé mon arrivée à Carlsruhe et reproduit exactement, pour les détails plaisants, ce que je venais d'écrire à son cousin. Dans le cas où il devrait rester à Heidelberg plus de deux jours encore , je l'ai prié de correspondre en ma faveur avec la Légation, pour la délivrance de mon passe-port.

Voici mes deux lettres en route pour la poste. Je me sens tout à fait soulagé; je respire plus librement; je reprends possession de moi-même! Chantez joyeusement petits oiseaux; un ami est là qui vous écoute !

Avec deux jours de loisirs devant soi, peut-être trois, il est permis de songer à tirer parti de certaine dose d'observation dont, en pays étranger, le voyageur, volontaire ou involontaire, se croit toujours suffisamment pourvu.

Le voyageur à poste fixe, celui qui durant des mois entiers séjourne dans un pa3'S, peut juger sainement de ses institutions, de ce qui fait sa force et son essence, étudier à fond son organisation morale ou politique; mais pour juger des surfaces, des oppositions de mœurs et d'habitudes avec les autres pays, le voyageur au pied levé a l'avantage. Il n'a pas eu le temps de participer aux coutumes de la localité, de s'y faire ; tout ce qui est étrangeté (j'emploie ici le mot dans sa bonne acception) le saisit brusquement et au vif.

Sans sortir de ma chambre, allons à la découverte ! Je regarde ma porte, et déjà je m'étonne. A la partie supérieure de ma serrure s'élève horizontalement une branche de fer, qui joue là le rôle du pêne chez nous. Vous laissez tomber votre main dessus, la porte s'ouvre. Vous n'avez pas à tirer un bouton , souvent rétif, ou à tourner une poignée qui vous laisse aux doigts une odeur de cuivre. Le poids de la main suffit ; au besoin on ouvrirait avec le coude.

Je trouve ce mécanisme bien supérieur aux nôtres dans les instruments du même genre. Autre perfectionnement! Ma serrure est compliquée d'un verrou,

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